‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 2)Chapitre 9 sur 58 · XI · texte numérisé non relu

XI

possible aux Français de tout ravir : ils en jouirent même d'abord sans payer d'impôts ; seulement ils étaient obligés de faire la guerre à leurs dépens , de loger les officiers qui marchaient pour le service de l'état, de les défrayer et de leur fournir des voitures. Mais cette obligation était commune aux Français.

Les Ganioîs Clovis Icur kissa encore leurs lois , soit par

conservent leurs , . . •■•1

•«'« df ilTs politique, soit parce qu'il ne lui était pas possible * f*""*- jg igyj. Q^ donner de nouvelles. Mais, comme ces lois n'étaient pas connues des Français , ce premier avantage qu'on leur accordait mit dans la nécessité de leur en accorder encore un autre : ce fut de les établir eux-mêmes juges des différens qui naîtraient parmi eux. On traita dans la suite de la même manière les peuples qui furent soumis à Ta domination fii-ancaise.

Gouvemem^ns Lcs proviuccs étaicut gouvernées par des ducs,

des provinces et ^ O 1

4es villes. \q^ villcs paF dcs comtes, et les divisions subordonnées du territoire l'étaient par des vicaires , des centeniers et des dizeniers ou doyens. Ces noms centeniers et dizeniers marquaient le nombre de familles comprises dans le district de ces officiers subalternes.

tes ducs et les Les ducs , Ics comtcs , ctc. , étaient en même

comtes com- -^ '

3pete7ren! tcmps capitaiucs et magistrats , comme autrefois

daient la justice -y -\ •% \

desasses- ics procousuis daus les provinces romaines. Il est vraisemblable qu'ils furent d'abord tous choisis parmi les Français. Ils étaient donc trop ignorans

avec seurs.

MODMRNF. 67

pour juger d'après Tautorité des lois romaines; et d'ailleurs il n'eut pas été raisonnable de confier la fortune des citoyens aux lumières et aux caprices d'un seul juge. Il fut donc ordonné que celui qui commandait dans un district, soit duc, soit comte, etc., ne porterait un jugement qu'avec le concours d'un certain nombre d'assesseurs, pris dans la nation de celui contre qui le procès serait intenté; et c'est proprement ce tribunal qui faisait la sentence. Voilà comment les Gaulois partagèrent la magistrature avec les Français , et eurent la plus grande influence dans les causes qui intéressaient leur nation.

Les Français n'adoptèrent pas les lois romaines pourquoi i» comme avaient fait les Goths ; mais ils se gou- 1" . ^"nç*»» vernaient par leurs lois, qu'on nomme saliques et '"*"*'* ripuaires. Cela avait son avantage et son inconvénient. L'avantage est que cette distinction mettait entre les deux peuples une barrière (Jui empêchait les Français de^se confondre avec les Gaulois , d'en prendre les mœurs et de s'amollir comme eux. Mais cette multitude de lois toutes différentes avait aussi l'inconvénient de répandre beaucoup de confusion , et de donner par conséquent naissance à bien des désordres; abus qui s'accrut encore à mesure que les Français étendirent leur empire. Pour former un code moins défectueux, il eût fallu, ou que les vaincus eussent <

été aussi barbares que les vainqueurs , ou que les

vainqueurs eussent été aussi policés que les vaincus. Car si les lois pour être bonnes doivent être adaptées au peuple pour qui elles sont faites , il est évident qu'il n'était pas possible de rien faire en ce genre qui fût en même temps bt)n pour les Français et pour les Gaulois. Ainsi, par la nature des circonstances, on se trouva dans la nécessité de ne faire qu'un peuple de plusieurs nations qui ne pouvaient pas être gouvernés par les mêmes lois. C'était allier les contradictoires , et je crois que Solon même ne se serait pas tiré de là. Vous pouvez donc prévoir que la jurisprudence des Français sera long -temps vicieuse : aussi l'est-elle encore.

Pourquoi le Bacou , vojaut que les abus de la philosophie venaient de ce qu'on raisonnait sur des notions confuses, a dit avec raison : Il faut refaire les idées. Je suis étonné qu'ay arit été chancelier d'Angleterre, il n'ait pas dit : 11 faut refaire les lois , il faut refaire les gouvernemens , il faut tout refaire. I^a chose eût été certainement d'une exécution difficile; mais on ne l'a pas senti, car on n'y a seulement pas pensé. On a toujours travaillé sur de mauvais fondemens; on a étâyé au jour le jour , et comme on a pu , un bâtiment qui menace ruine , et le corps des lois n'a jamais été qu'un édifice informe. Vous avez vu de quelle autorité les prêtres

corpi

ipst lin chaos.

Les évêqiies ont sur les Français

convertis la mê- louissaieut chez les Germains. Or il était naturel

me autontéqu a vaient eue le prêtres païens

vaient eue les q^ç jgg Frauçais , après leur conversion, eussent

MODKRNK. 69

pour les prêtres du christianisme la même sou- «nrUiFrtafau

* ^ ^ idolilrtf.

mission qu'ils avaient eue auparavant pour les prêtres idolâtres. C'est ce qui arriva : les évêques occupèrent la première place dans les assemblées de la nation; ils travaillèrent avec les Français, sous Clotaire l**", à corriger les lois saliques et ripuaires; et ils obtinrent des privilèges particuliers avec une sorte de surintendance sur tous les tribunaux. En Tabsence du roi , on appelait à eux des jugemens des ducs et des comtes.

Plus éclairés, c'est-à-dire moins ignorans que i.enri..H..«nce

. . dans le champ

les rrançais, us eurent sans doute une grande ui- den.ars«iavan-

' ' O lageute aux

fluence dans les délibérations; et comme dans *^'*"'""les commencemens ils étaient tous Gaulois, ils se servirent de leur crédit pour adoucir la condition de leurs compatriotes et de leurs parens. Ils y réussirent : car le sort des Gaulois fut si changé , qu'il ne tint plus qu'à eux d'être naturalisés Français. Quand ils avaient déclaré devant un juge qu'ils renonçaient à la loi romaine pour vivre sous les lois saliques et ripuaires, ils jouissaient aussitôt des privilèges propres aux vainqueurs; ils avaient leur place au champ de mars; ils entraient en part de la souveraineté , et de sujets ils devenaient citoyens. Une chose leur fut encore favorable, c'est que le roi, cherchant à s'attacher les principaux d'entre eux, les rapprocha de sa personne , et leur donna des emplois dans sa maison.

no HISTOIRE

les Français A mesurc quc les Gaulois acquéraient de TaurHÎ^,T™«urê torité , les Français en perdaient ; et parce qu'ils

que les Gaulois ' " ' , . « ; ,

en acquièrent, paptagcaicut k puissaucc avec de nouveaux citoyens, et parce qu'ils n'étaient plus dans une position à pouvoir l'exercer comme auparavant. Ré- • pandus de côté et d'autre dans les pays conquis, ils se trouvèrent trop séparés pour avoir encore les mêmes intérêts. Quelquefois l'éloignement ne leur permettait pas de venir aux assemblées , et d'autres fois ils négligeaient de s'y rendre; chacun d'eux étant moins occupé du bien public que de son établissement particulier. On commença donc à ne pas tenir le champ de mars si régulièrement; bientôt on ne le convoqua plus, et alors les nouveaux citoyens , depuis long-temps accoutumés à la servitude, servirent à forger des fers aux anciens.

Le gouverne- Ccux oui u'avaicut eu jusqu'alors que la puis-

aristocr;.i.que. gaucc cxécutivc , c cst-a-dire le roi et les grands qui composaient son conseil, se saisirent de la puissance législative qui leur était abandonnée, et le gouvernement , de démocratique , devint aristocratique. Mais cette aristocratie ne pouvait pas subsister, et ne subsista pas.

Privilège des H y avait eu un temps où un Français n'était

leudes ou fidèles i-x a i ^ n 1 f^'

admis a prêter le serment de fidélité au prince , que lorsqu'il s'était distingué par quelque action éclatante. « Par cette cérémonie , on était tiré de « la classe commune des citoyens, pour entrer

a dans un ordre supérieur, dont les membres, « revêtus d'une noblesse personnelle, avaient des « privilèges pau*ticuliers; tels que d'occuper , dans « les assemblées générales , une place distinguée , « de posséder seuls les charges publiques , de for- « mer le conseil toujours subsistant de la nation, « ou cette cour de justice dont le roi était prési- « dent , et qui réformait les jugemens rendus par a les ducs et par les comtes. »Ceux qui jouissaient de ces avantages se nommaient leudes ou Jîdeles : c'étaient les grands de la nation.

Or , lorsque toute l'autorité fut concentrée dans -^^^l^H^^^^^ le conseil des grands, les rois, peu satisfaits de SV»GÎ'ubu! n'être que les chefs de l'aristocratie , créèrent c|e nouveaux leudes, afin d'avoir, dans ce conseil souverain, un plus grand nombre de membres dévoués à leur volonté. Ils admirent donc au sermeut des Gaulois; ils élevèrent même d^s affranchis aux premières dignités.

Les Gaulois, accoutumés depuis long-temps au ^"/i^" '*» joug, n'avaient garde de disputer au prince l'au- Z^tTl 'îê torité absolue, qu'il voulait s'arroger. Ils se représentaient la royauté d'après la puissance qu'ils avaient vue dans les derniers empereurs; et ils croyaient qu'un roi, parce qu'on le nomme roi, est au-dessus des lois.

Si cette façon de penser était encore contredite i,, f.çoi. <i« par quelques rrançais, c était un motii de plus q""«v««ii«»pour les Gaulois, de la défendre et de l'appuyer

y 2 HISTOIRE

par toute sorte de moyens, soit préjugé, soit flatterie de leur part. Les évéques , qui n'avaient pas des idées plus saines sur cette matière , cherchèrent dans l'Écriture , et ils trouvèrent qu'elle recommande l'obéissance la plus entière aux puissances. Cela veut dire qu'il faut obéir aux lois, et par conséquent aux rois et aux magistrats , qui en sont les interprètes. Mais on en conclut que l'autorité des rois est absolue , arbitraire , et qu'ils ont le droit de disposer de tout sans consulter les lois. Cette application aux rois de France était d'autant plus fausse, qu'alors ces rois n'étaient pas encore monarques , mais seulement les chefs de l'aristocratie.

Opinion fa- EuÊu l'opiuiou sc répandit que les rois tien-

rable au des- , i

tisme. nent immédiatement de Dieu toute leur puissance, parce qu'on oublia comment les rois se sont faits chez tous les peuples , et qu'on se souvint seulement que Dieu avait lui-même donné aux Juifs Saûl et David. Si, rapportant tout à Dieu , comme à la première cause, on eût dit qu'il fait les rois , parce qu'il fait tout , cela eût été vrai ; mais parce que d'un pareil principe , on ne peut rien conclure en faveur du despotisme , on supposera que Dieu fait les rois, comme s'il les choisissait immédiatement lui-même, et qu'il ne permît pas aux causes secondes d'y concourir. En prenant cette expression. Bienfait les rois, dans le premier sens, elle a été avec fondement l'opi-

nion (le tous les temps ; mais si nous la prenons dans le second , c est une absurdité dont il n'est plus possible de marquer Tépoque. Elle se trouve établie sans qu'on sache comment ; et c'est ce qui arrive toujours, lorsque les opinions s'établissent par l'abus des mots. C'est^urtout au commencement de la seconde race, que les esprits seront tout-à-fait disposés à l'adopter. Plusieurs causes y concourront : l'ignorance , qui s'est répandue avec les Barbares, la servitude à laquelle les nations policées étaient accoutumées, et l'ambition d'un usurpateur qui, abusant de la simplicité des peuples, voudra paraître avoir été choisi par Dieu même.

Toutes les circonstances étant favorables à l'am- , sous u* u,

df Clovitl'am-

bition des rois , il n'y avait déjà plus d'idée de iTJilonarchîe! liberté sous les tils de Clovis. Les droits de la nation avaient insensiblement disparu ; et l'aristocratie , affaiblie d'un jour à l'autre , ne se retrouvait plus qu'en apparence dans le conseil des grands.

Si les rois trouvèrent encore des obstacles, ils B^n^fice.don-

' nés par le» roi«

achevèrent de les lever , en donnant , à titre de HÏ.loo .""' bénéfice , des domaines qu'ils se réservaient le droit de reprendre , lorsqu'ils étaient mécontens. Tous les grands furent alors subjugués : caries uns désiraient d'obtenir des bénéfices, et les autres craignaient de perdre ceux qu'ils avaient obtenus.

Les guerres civiles, qui commencèrent sous les commepi.vi*.

gneuriet.

seigneurs

Hissent le. $ei- fils clc Clovls , ouvrirciit la porte à de nouveaux désordres et à de nouvelles usurpations. Car les habitans de la campagne, ne pouvant échapper au pillage et à la servitude qu'en se réfugiant dans les châteaux de quelques leudes puissans ou dans les églises dont J'asile était respecté , ils cherchèrent , par des présens , la protection des leudes et des évéques , qui les pouvaient défendre contre le brigandage des soldats. Or ces présens devinrent , avec le temps, la dette d'un sujet k son seigneur; et c'est ainsi que s'établit ce que nous nommons seigneurie.

Comment les Cependant les ducs, les comtes et les autres j uges , profitant des troubles pour faire nn commerce scandaleux de l'administration de la justice , les citoyens qui avaient des procès fureut forcés d'avoir recours à l'arbitrage des seigneurs qui les protégeaient. Peu à peu ces arbitres furent reconnus pour seuls juges; et les magistrats publics n'eurent plus de juridiction dans les terres des seigneurs.

La France se Ccs circonstauces furent encore favorables aux

emplit de ty-

^••- entreprises des souverains; car pendant que les

citoyens puissans songeaient à se faire des seigneuries , ils se mettaient peu en peine des usurpations que le roi faisait lui-même. Ils en firent au contraire à son exemple, et la France se remplit d'une multitude de petits tyrans.

Mauvaise poli- Mais plus la puissance du prince s'élevait à la

viennent seuls juges de leurs sujets.

faveur des troubles, moins elle était affermie. Le •:q««J*«roi.qoi roi, pour dominer au milieu de ces tyrans, dont J"Mi''Tr",Ir.!!! les intérêts étaient opposés , n avait plus que la j^'^j'-» ij.j^ wressource de se mettre tour à tour à la tête des *'*""'^** différens partis , c'est-à-dire de les fortiper Yun après l'autre, et de s'affaiblir tous les jours luimême. On enlevait un bénéfice à un grand qu'on ne craignait plus, pour le donner à un grand quj commençait à se faire craindre ; ou même on faisait périf un leude riche , pour enrichir plusieurs autres de ses dépouilles. C'est en cela que Contran , petit-fils de Clovis, faisait consister l'art de régner.

Cette politique ne pouvait pas répssir long- Traiiéd'Andeu temps. Aussi les leudes ouvrirent-ils les yeux; et, p^iï,!*'""" voyant qu'ils étaient le? dupes du prince, qui donnait et reprenait à son gré les bénéfices, ils songèrent aux moyens de rendre leur fortune plus assurée. Étant donc assemblés à Andeli pour traiter de la paix entre Contran et Childebertll, ils les forcèrent à convenir, dans leur traité, qu'ils ne seraient plus libres de retirer les bénéfices qu'ils avaient conférés ou qu'ils conféreraient dans la su^te aux églises et aux leudes; et on rendit même les bénéfices à ceux qui en avaient été dépouillés à la mort des derniers rois.

Mais les leiides qui n'avaient point de béné- ,, p„,j j„ fices se déclarèrent contre un traité qui leur ôtait '»\4* p«"S

* ^ ■• ' • hénrficrs en-

l'espérance d'en obtenir; et ils se réunirent aux îiViîi'uS^

"FndTsuTu" princes qui, n'ayant contracté que par faiblesse, ^'"' étaient déterminés à n'y avoir point d'égards,

aussitôt qu'ils seraient les plus forts. Ainsi il y eut deux partis ; et, suivant qu'ils prévalurent tour à tour l'un sur l'autre, ce traité fut aussi tour à tour violé ou exécuté. Les grands d'Austrasie ne se soulevèrent contre Brunehaut que parce qu'elle agit comme si le traité d'Andeli n'eût jamais été fait. Ceux de Bourgogne furent ensuite aliénés, parce qu'elle tint encore avec eux la même conduite. C'est pourquoi , lorsque Thiéri fut mort, ils refusèrent de reconnaître les fils de ce prince , craignant que Brunehaut n'exerçât encore l'autorité; et ils donnèrent la couronne à Clotaire II, qui était l'ennemi de cette princesse % et qui la livra au ressentiment des leudes qu'elle avait voulu dépouiller.

Assemblée de C'cst cu 6 1 4 quc Ics évcqucs et les leudes en-

Paris, dans la- ^ -i,

quelle Brune- ncmis dc Bruncuaut tinrent à Pans 1 assemblée

haut est con-

béîlîfices ''sont où ils coudamnèrcnt cette princesse. Son plus

déclarés héréditaires, grand crime, à leurs yeux, fut sans doute d'avoir voulu disposer des bénéfices à son gré. Aussi ne négligèrent-ils rien pour prévenir de pareilles entreprises. C'est alors qu'il fut décidé irrévocablement que les bénéfices seraient héréditaires dans les familles , et que les seigneurs jouiraient dans leurs terres de tous les droits qu'ils avaient acquis.

* Il était fils de Chilpéric et de Frédégoode.-

IVfOnF.RNE. 77

Cepeiulant les leudes et les seiciieurscraienaient . <''""i" " ••

I o c) trouva prfMW*

qui! n'en fut un jour des règlemens faits dans "-"'•'••^• l'aSvSemblée de Paris comme du traité d'Andeli. Clotaire II était encore trop puissant pour ne leur être pas suspect : ils travaillèrent donc tous les jours à diminuer son autorité : ils lui enlevèrent successivement la plupart de ses droits ; ils ne lui laissèrent pas la disposition des principales charges; ils le réduisirent à donner la mairie à celui qu'ils avaient eux-mêmes choisi.

Avant que les bénéfices fussent héréditaires , la orjgîne de u

■*■ ^ noblesse hrfré-

noblesse n'était que personnelle, et les enfans Pilaire. d'im leude restaient dans la classe commune, jusqu'à ce qu'ils eussent prêté le serment de fidélité. Mais lorsque les bénéfices furent héréditaires, les prérogatives, qu'on n'acquérait auparavant que par la prestation du serment, passèrent aux enfans avec les bénéfices, et on s'accoutuma insensiblement à penser que les fils d'un leude naissaient leudes. Telle est l'origine de la noblesse héréditaire parmi les Français.

Cette révolution dans la façon de penser parut Poor acoaerir

•» J 1 çj„g noblesse ,

dégrader les familles illustres , qui pour lors n'a- ^" ev^Kwl* vaient point de bénéfices. Elles cherchèrent donc urré"qao'iî"iûi

' donne.

à se mettre de pair avec les leudes bénéficiers. Rien n'est plus singulier que le moyen qu'on imagina; ce fut de donner au roi une terre, pour la recevoir ensuite de lui en bénéfice.

Mais dans la suite on n'eut pas besoin d'avoir D.«iu«ii«

-y 8 HISTOIRE

on aima mieux recoiiFS à uil artifice aussi bizarre. Comme les

être nol»le par »•! • * i ' 1

ïâr u"\élT- ^îroits seigneuriaux étaient ce qu il y avait de plus ^"' réel dans les bénéfices, les familles qui possé-

daient des seigneuries passèrent bientôt pour aussi nobles que les bénéficiaires. On ne se mit plus en peine de prouver qu'une terre était un bénéfice. Il arriva même dans la suite qu'on aima mieux tenir la noblesse d'une seigneurie qu'on s'était faite que d'un bénéfice qu'on avait reçu du prince.

Les seigneurs Lcs scigucurs étaiciit les seuls juges et les seuls

étaient les seuls t t ■ •

jugesetiesseuis capitaincs des hommes de leurs terres; c'est-à-

capitaines des r '

homrnesdeieurs ^-^^ ^^vj^ s'étaicut rcudus maîtrcs des lois et des forces de l'état. Avec d'aussi grands privilèges, qu'ils tenaient uniquement de la naissance, ils devinrent extrêmement redoutables , et ils portèrent les derniers coups à la puissance des Mérovingiens.

Les abbés et les Lcs seigueurics que les évêques et les abbés s'é-

évêques crurent . ^ . , ,

.ussidevoirêtre taicut laitcs uonuerent encore naissance a une

capitaines.

nouveauté. Il y avait sans doute alors, dans le clergé, beaucoup de Français qui connaissaient peu les canons, et qui, remplis des préjugés de leurs pères , ne faisaient cas que des armes. Ces évêques et ces abbés pensèrent donc qu'ils dérogeraient, si, comme les seigneurs laïques, ils ne commandaient pas eux-mêmes les hommes de leurs seigneuries. En conséquence ils crurent qu'il était de leur dignité d'aller k la guerre, et

ifs clevinreiil capîtainés : abus qui a été funeste à l'ÉglUe et k Tétat.

Tel était le gouvernement sous les successeurs Tooiie«dkr«-

... . narchie«oo»lef

(leClotairelI. Vous voyez combien de révolutions clouf^n! *** il a essuyées en peu de temps, et combien les princes assurent mal leur autorité , lorsqu'ils pensent rétablir sur des troubles qu'ils entretiennent ou qu'ils font naître.

Il n'y eut jamais plus de désordres que sous les successeurs de Clotaire II. Il eût fallu, pour les réprimer, réunir trois choses dans un chef, la puissance, l'amour du bien pTiblic et les lumières nécessaires. Mais l'autorité royale, déjà méprisée, s'avilissait tous les jours. Oh pouvait tout impunément sous des rois enfans, lâches ou vicieux. Les maires du palais, moins occupés de l'état que de leur fortune , ne songeaient qu'à s'éleVer sur un trône dVù les Mérovingiens semblaient tomber d'eux-mêmes. Enfin les grands ne travaillaient qu'à se faire des états indépendans. Les seigneuries se multiplièrent : chaque gentilhomme, chaque évéque, chaque monastère devint le tyran de ses voisins, dès qu'il fut assez puissant pour s'arroger des droits sur eux. Il n'y eut plus de lois : la force décida de tout, et les usurpations furent des titres.

Il semble que les ducs et les comtes auraient •*»<•""««'?»

. I comlfs favori"

dû s'opposer à ces entreprises ; car leur juridic- uonV" «"îîl tion diminuait, à mesure que celle des seigneurs

gneurs.

8o HISTOIRE

augmeiitait.Mais eux-mêmes ils avaient des terres, et ils se dédommageaient, en qualité de seigneurs, de ce qu'ils perdaient en qualité de duc ou de comte, préférant leurs seigneuries, qui étaient hé-

' réditaires , à des dignités qui n'étaient encore que

personnelles, et qui pouvaient leur être enlevées.

Mais les sei- Vous vovcz Quc Ics gcntilshommcs s'établissent

gneurs ne peu- J L O

hurs *usurp" cliacun séparément dans leurs terres. Ils ne font point un corps, ils n'ont point de lien commun : ils ont au contraire des intérêts opposés; et leurs vexations leur font nécessairement des ennemis au dedans et au dehors de leurs possessions. Toute cette noblesse sera donc facilement asservie, si l'autorité, détruite dans les rois, se retrouve tout entière en d'autres mains.

Comment les Lcs maircs, qui n'étaient originairement que les

maires se saisis- ■»• *--^ -^

radminJs'tranon! chcfs dcs officicrs domcstiqucs du prince , obtinrent dans la suite l'intendance générale du palais, et furent les juges de toutes les personnes qui l'habitaient. Ils avaient donc, par leurs fonctions, beaucoup d'accès auprès des rois; et cet accès, comme il arrive presque toujours , leur en acquit la confiance. Ils les flattèrent, ils les occupèrent de plaisirs, d'amusemens frivoles; et, sous prétexte de les délasser, par zèle, des soins pénibles du gouvernement , ils se saisirent peu à peu de toute l'autorité. Ils régirent les finances ; ils commandèrent les armées; enfin ils présidèrent dans le tribunal suprême, où le roi devait rendre

MODKHNE. 8l

la justice aux leudes, et ils jugèrent définitivement les procès qu'on y portait de toutes les provinces.

De pareils ministres semblaient devoir tomber i,"',,"^';**;,' avec la royauté; et cela ftit arrivé sans doute, s'iia d*\\^'!!ùlnr\ll eussent été fidèles à leurs maîtres; mais ils s en «"«énrier» et

' de« Kigncurs.

séparèrent adroitement à mesure qu'ils virent le mécontentement des bénéficiers et des seigneurs. Ils flakèrent les mécontens; ils s'offrirent pour être leurs protecteurs contre les entreprises du souverain ; ils devinrent les ministres des leudes, des évéques et des seigneurs.

, Il était aisé de prévoir que de pareils protec- *^,°"Sj""";;; teurs pourraient un jour se rendre redoutables, p°"''""*'"*mais les grands étaient dans l'habitude de craindre les rois , et l'ombre de la royauté Jes effrayait encore. Ils ne prirent donc aucune précaution contre des magistrats qu'ils choisissaient eux-mêmes , ne devinant pas que l'autorité qu'ils abandonnaient pourrait s'essayer sur eux, après avoir humilié le prince.

Ils eurent d'abord lieu de s'applaudir; car, .chèVentaîu" après la mort de Dagobert, fils de Clotaire II , les î"uiori"/'*"'* maires n'usèrent de la puissance que pour maintenir la tranquillité et conserver à chacun les droits dont il jouissait. Us achevèrent pai* cette conduite d'attirer à eux toute l'autorité ; révolution à laquelle l'enfance et l'incapacité des rois ne contribuèrent pas peu.

g*i HISTOIRE

Alors ils coni- Ceoeiidant plus les grands se croyaient protégés,

mandent aux * t i

humuie'nt *•"''* P^^s Hs sc rendirent odieux par leurs vexations ; et les maires parurent d'abord fermer les yeux sur ces désordres; mais ils cessèrent de dissimuler et ils sévirent lorsqu'enfln ils se furent fait un parti de tous les mécontens et de tous ceux dont ils pouvaient faire la fortune. Le peuple, qui ne gagnait rien à ces révolutions, et qu'on ne caressait que par des vues ambitieuses , applaudissait à la chute des grands, qui étaient tout étonnés ' de se voir un maître. C'est ainsi qu'Ebroin gou-

verna despotiquement la Neustrie sous Clotaire III, et Thiéri III ; si Thiéri fut détrôné , c'est que la noblesse, offensée des hauteurs du maire, se souleva pour se donner à Childéric II, roi d'Austrasie. Usurpation Auparavaut, à la mort de Sigebert II, Grimoalde

de^KoTid" avait tenté d'usurper le royaume d'Austrasie ,

qui en est puni. L J

mais par une révolution brusque, à laquelle les esprits n'étaient pas encore préparés. Les Austrasiens se soulevèrent. Archambaud , maire de Neustrie, vint à leur secours, et punit l'usurpateur. Conduite plus Pcpiu Héristcl, qui fut maire après Grimoalde,

sage de Pépin ^ i • • i

Héristei. eut assez de sagesse pour cacher son ambition. Il ménagea la noblesse et le clergé , et il fit si fort aimer son gouvernement , qu'après la mort de Dagobert II, les Austrasiens le choisirent pour les gouverner ; ayant ensuite paru en Neustrie comme un libérateur, il en réunit la mairie au duché d'Austrasie , et se saisit de toute l'autorité.

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