‹ Œuvres complètes de Condillac (volume 3)Chapitre 28 sur 52 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des idées des choses qui ne tombent pas sous le sens.

En observant les objets sensibles, nous nous comment ies

effets nous font er de l'exisîce d'une eau-

bent pas sous les sens, parce que d'après les effets !Tou.on donnent

élevons naturellement à des objets qui ne tom- {;£;

se d( nous aucune idc'e.

qu'on voit , on juge des causes qu'on ne voit pas.

Le mouvement d'un corps est un effet : il a donc une cause. Il est hors de doute que cette cause existe , quoique aucun de mes sens ne me le fasse apercevoir, et je la nomme force. Ce nom ne me la fait pas mieux connaître : je ne sais que ce que je savais auparavant, c'est que le mouvement a une cause que je ne connais pas. Mais j'en puis parler : je la juge plus grande ou plus faible, suivant que le mouvement est plus grand ou plus faible lui-même; et je la mesure, en quelque sorte, en mesurant le mouvement.

Le mouvement se fait dans l'espace et dans le temps. J'aperçois l'espace, en voyant les objets sensibles qui l'occupent; et j'aperçois la durée dans la succession de mes idées ou de mes sensations : mais je ne vois rien d'absolu ni dans l'espag», ni dans le temps. Les sens ne sauraient me dévoiler ce que les choses sont en ellesmêmes; ils ne me montrent que quelques-uns des

rapports qu'elles ont entre elles, et quelques-uns de ceux qu'elles ont à moi. Si je mesure l'espace, le temps , le mouvement , et la force qui le produit , c'est que les résultats de mes mesures ne sont que des rapports, car chercher des rapports, ou mesurer, c'est la même chose.

Parce que nous donnons des noms à des choses dont nous avons une idée, on suppose que nous avons une idée de toutes celles auxquelles nous donnons des noms. Voilà une erreur dont il faut se garantir. Il se peut qu'un nom ne soit donné à une chose que parce que nous sommes assurés de son existence : le mot force en est la preuve.

Le mouvement, .que j'ai considéré comme un effet, devient une cause à mes yeux, aussitôt que j'observe qu'il est partout, et qu'il produit, ou concourt à produire tous les phénomènes de la nature. Alors je puis, en observant les lois du mouvement, étudier l'univers comme d'une fenêtre j'étudie une campagne : la méthode est la même.

Mais quoique dans l'univers tout soit sensible, nous ne voyons pas tout ; et , quoique l'art vienne au secours des sens, ils sont toujours trop faibles. Cependant si nous observons bien, nous découvrons des phénomènes; nous les voyons, comme une suite de causes et d'effets, former di|férens systèmes ; et nous nous faisons des idées exactes de quelques parties du grand tout. C'est ainsi que

les philosophes modernes ont fait des découvertes qu'on n'aurait pas jugé possibles quelques siècles auparavant, et qui font présumer qu'on en peut faire d'autres. ( Cours d'études, Art de raisonner. Hist. mod. , liv. dernier, ch. 5 et suw. )

Mais comme nous avons jugé que le mouve- comment ;is

J « A nous font juger

ment a une cause, parce qu'il est un effet, nous d'me «ùsequl

Page 1