CHAPITRE VI
Continuation du même sujet.
Le mouvement, considéré comme cause de quel- Aciionset ha
rr TT . bitudei.
que enet, se nomme action. Un corps qui se meut, agit sur l'air qu'il divise, et sur les corps qu'il choque : mais ce n'est là que l'action d'un corps inanimé.
L'action d'un corps animé est également dans le mouvement. Capable de différens mouvemens, suivant la différence des organes dont il a été doué, il a différentes manières d'agir; et chaque espèce a, dans son action comme dans son organisation, quelque chose qui lui est propre.
Toutes ces actions tombent sous les sens, et il suffit de les observer pour s'en faire une idée. Il n'est pas plus difficile de remarquer comment le corps prend ou perd des habitudes : car chacun sait, par sa propre expérience, que ce qu'on a souvent répété on le fait sans avoir besoin d'y penser, et qu'au contraire on ne fait plus avec la même facilité ce qu'on a cessé de faire pendant quelque temps. Pour contracter une habitude, il suffit donc de faire et de refaire à plusieurs reprises ; et, pour la perdre, il suffit de ne plus faire. (Cours d'études, Leçons prélim., art. 3. Traité des Anim. , part, i , chap. i . )
D'aprësiesac- Ce sont les actions de l'âme qui déterminent
tions du corps, x
uôiïêdedrame" celles du corps ; et d'après celles-ci, qu'on voit on juge de celles-là, qu'on ne voit pas. Il suffit d'avoir remarqué ce qu'on fait lorsqu'on désire ou qu'on craint, pour apercevoir dans les mouvemens des autres leurs désirs ou leurs craintes. C'est ainsi que les actions du corps représentent les actions de l'âme, et dévoilent quelquefois jusqu'aux plus secrètes pensées. Ce langage est celui de la nature : il est le premier, le plus expressif, le plus vrai ; et nous verrons que c'est d'après ce modèle que nous avons appris à faire des langues.
idées de laver- Les idées morales paraissent échapper aux sens : elles échappent du moins à ceux des ces philosophes qui nient que nos connaissances viennent des sensasions. Ils demanderaient volontiers de quelle couleur est la vertu, de quelle couleur est le vice. Je réponds que la vertu consiste dans l'habitude des bonnes actions , comme le vice consiste dans l'habitude des mauvaises. Or ces habitudes et ces actions sont visibles.
idées de ïamo- Mais la moralité des actions est-elle une chose
ralité des ac- ., 1 .
tbns. qui tombe sous les sens t Pourquoi donc n y tom-
berait-elle pas? Cette moralité consiste uniquement dans la conformité de nos actions avec les lois : or ces actions sont visibles, et les lois le sont également, puisqu'elles sont des conventions que les hommes ont faites.
Sileslois,dira-t-on, sont des conventions, elles
sont donc arbitaires. Il peut y en avoir d'arbitraires ; il n'y en a même que trop : mais celles qui déterminent si nos actions sont bonnes ou mauvaises, ne le sont pas et ne peuvent pas l'être. Elles sont notre ouvrage, parce que ce sont des conventions que nous avons faites : cependant nous ne les avons pas faites seuls; la nature les faisait avec nous, elles nous les dictait, et il n'était pas en notre pouvoir d'en faire d'autres. Les besoins et les facultés de l'homme étant donnés, les lois sont données elles-mêmes; et, quoique nous les fassions, Dieu, qui nous a créés avec tels besoins et telles facultés, est, dans le vrai, notre seul législateur. En suivant ces lois conformes à notre nature , c'est donc à lui que nous obéissons; et voilà ce qui achève la moralité des actions.
Si, de ce que l'homme est libre, on juge qu'il y a souvent de l'arbitraire dans ce qu'il fait, la conséquence sera juste : mais si l'on juge qu'il n'y a jamais que de l'arbitraire, on se trompera. Comme il ne dépend pas de nous de ne pas avoir les besoins qui sont une'suite de notre conformation, il ne dépend pas de nous de n'être pas portés à faire ce à quoi nous sommes déterminés par ces besoins; et, si nous ne le faisons pas, nous en sommes punis. Traite des Anim. part. 2, ch. 7.)
36a LA LOGIQUE.