‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 22 sur 51 · DÉFINITION V · texte numérisé non relu

DÉFINITION V

a J'entends par mode , les affections d'une subs- (c tance ou ce qui est dans un autre par lequel il « est conçu. ».

Nous sommes si éloignés de concevoir les modes par un autre, que nous n'avons point d'idée du

sujet qui leur sert de soutien, et par lequel, selon

cette définition , on devrait les concevoir. Au contraire nous n'imaginons le sujet qu'après avoir conçu les modes. Le mouvement, pour apporter un exemple de Spinosa % est conçu dans retendue, mais il n'est pas conçu par elle, car s^ notion renferme, quelque chose de plus que celle de l'étendue.

OÙ l*on se forme ridée d'un mode par l'iropression quon reçoit des objets, ou par les abstractions qu'on fait en réfléchissant sur ces impressions. Dans l'un et l'autre cas , il iest évident qqe le mode est connu indépendamment de l'idée de son siijét. Proprement, les substances ne nous àiFectént que par leurs modes , elles ne viennent à notre côiinàissance que par. eux. Il est donc bien ridicule de 3upposer que le mode ne soit conçu que par .la substance.

Si Spinosa a défiqi lé mode y ce qui est conçu

' Voyez ce qui vient d'être remarqué sur la définition précédente.

par un autre ^ ce n^est pas quHl ait réfléchi à la nature de la chose, c'est qu'il a voulu opposer le mode à la substance qu'il avait définie, ce qui est conçu par soi-même. Or, en opposant l'un à l'autre , il suppose tacitement que la substance existe par sa propre nature. Pourquoi en effet le mode est-il dans un autre par lequel il est conçu? C'est parce qu'il en dépend. Donc la substance étant en elle-même ne dépend que d'elle; c'està-dire qu'elle est, selon Spinosa, indépendante, nécessaire, etc. Quand on supposa dans les définitions ce qu'on se propose de prouver, il n'est pas bien difficile de faire des démonstrations.

DÉFiisriTioisr VI.

a J'entends par Dieu un être aljsolument in- « fini , c'est-à-dire une substance qui renferme oc une infinité d'attributs, dont chacun exprime « une essence éternelle et infinie. »

j^xplication.

« Je dis absolument infini, et non pas en son

« genre ; car on peut nier une infinité d'attributs

« de tout ce qui n'est infini qu'en son genre.

« Mais, quand. une chose est absolument infinie,

« tout ce qui exprime une essence appartient à

« la sienne , et on n'en peut rien nier. »

Spinosa est bien heureux de manier avec Hknt II. i»

t^B TRAITA

4e Êioilité les idées de Pinfini. J'avoue que j'ai de la peine à le suirre , et que , quand il parle d'un

, attribut qui exprime une essence éternelle et infinie, je ne trouve dans le mot .exprime qn'un terme figuré qui ne présente rien d'exact.

Quant à l'idée qu'il prétend avoir de l'infini, c'est une erreur qui est commime à beaucoup d'autres philosophes* Il serait trop long de la détruire ; je remarquerai seulement que Spinosa prend bien ses précautions pour pouvoir conclure de sa définition tout ce qui lui sera avantageux;

. car, selon sa définition, Dieu n'est absolument infini que parce qu'on n'en peut rien nier, et qu'on en peut tout affirmer.

Page 1