IX. i
)94 TE^lTJ
sub$jtances qui eussent les mêmes attributs et les mêmes affections, et qui cependant seraient distinctes , parce qu'elles feraient nombre. C'est du moins Je sentiment des cartésiens; un disciple de Descartes ne devait pas oublier de le réfuter.
Je conviens, en second lieu, que si des substances n'étaient distinguées que par la diversité des attributs, il n'y en aurait qu'une du même attribut : mais je dis que par la première proposition, Spinos9 n'a pas prouvé que la substance est en effet antérieure à ses affections : il montre feulement qu'il \^ conçoit antérieure à ses affections. Or cela ne le met p^ en droit dej'aa dépouiller, et de çopcliu^e que plu^ieur» sjubslances d'un même attribqt n^ pourraient .pas être distinguées par la diversité des affectians.
Enfin j^ repaarque qu'il est inutile de recber- <:hç:^ s'il peut y avoir plusieiir.s substances de ^ême nature, t^ que Spinosa n'a piis &it voir ,^'il existe quelque pbose k quoi il p^Ut appliquer l^e jQoin fie sub^tqnce au s^ps qu'il lui donne. • -Il sufil^f de pe point f;^re attention à ce que les ^)ibsUj^ces çnt de partiçuUer,^t de ne considérer que ce qui paraît Lçpr être CQ^nn^uu? poiur se faire de la sutistaxiiçe uue id^ abstraite : il suffit ensuite de r^al^se^ <¥tte absjtraction pour condure qu'il) fl'y^ Q^'uue . sutet^nce. Ou ©'a donc que (^ç, ^ç >t9iMf^ }e§ fM^ét^Mue» ^époionstrations de ^piupw> 9» i¥5Ait, k iWiiw de frais^ feire un sys-
DES STStÈMES. 19^
tème comme le sien : car, plus on le lira, plus on se convaincra que ses raisonnemetis n'aboutissent qu'à réaliser une abstraction*
t>ROPosîTio]ir in,
a Une substance ne peut pas éti^e produite pai" « une autre substance^ »
Démonstration,
« îl ne peut pas j avoir dans k iiatûrte deux subs- « tAhces de même attf'ibut (Prop. précéd.), tf^t- « à-dii'e (ifropos. il), qui aient (jrtelque chose de te comtntiii entre elles» Pat* conséquent (Prdp. lii), « l'une ne peut pas être cause de l'autre ou l'une tr ne peut pas prôduii*e l'autre. »
C'èst-à*dire ^u'utie substance, au àens de Spi-* ti6Sa(, né peut pas? être produite par une auti'e. En effet > quand on s'est fait de la substance Pidée la plus abstraite qu'il soît possible , ou n'en peut plus voir qu'une, et on ne saurait distinguer quelque choèe quî produise, et quelque chose qui soit produit. Mais ce n'est-là qu'un effet de notre manière de concevoir, et on n'en saurait rien conclure quand il s'agit des substances telles qu'elles sont en elles-mêmes, et hors de notre entendement. Ce qui a été dit sur les Propositions ii, ni et V, fait voir combieu cette démonstration est peu solide»
196 TRAITli
Corollaire.
' « Il suit de là qull n*y a rien qui puisse proa dui^e une substance ; car il n'y a dans là nature ce que substances et affections de substances (Ajç. x, a et Définit, ni et v). Or une substance ne peut oc pas être produite par une substance (Propos, ce précéda); donc, etc. »
a Cette proposition se prouve encore par l'abcc surdité de sa contradictoire : car, si une subscc tance pouvait être produite par quelque cause, a sa connaissance devrait dépendre de la cause oc (Axiopie IV ). Donc (Défih. m ) elle ne serait pas ce une substance. »
Ce corollaire n'est pas plus solide que la proposition d'où il est tiré. Voyez ce qui a été dit sur les définitions et sur les axiomes qui lui servant de fondeinent.
pRoposmoir vu.
«c II est de la nature de la substance d'exister. »
Démonstration.
a La substance ne peut être produite par au- « cune cause. (Coin, de la Prop. précéd.) Elle est «donc cause d'elle-même, c'est-à-dire (Déf. i) (c que son essence renferme l'existence, ou qu'il « est de sa nature d'exister. »
Nous avons remarqué que Spinosa ne devait donner le titre de cause de soi-même qu'à une chose dont il connaîtrait assez parfaitement la nature, pour y voir l'existence renfermée. Cependant il le donne à une abstraction qui n'a de réalité que dans son imagination. Cettie démonstration est aussi frivole que le corollaire d'où elle
dépend.
PROPOsmoN vin.
« Toute substance est nécessairen^ent infinie. »
Démonstration.
<c II n'y a qu'une substance d'un même attribut a (Prop. V ) ; il est de sa nature d'exister (Prop. vu), ce II sera donc de sa nature d'être finie ou infinie, a Mais non pas finie; car (Défin. ii) elle devrait « être terminée par une autre de même nature , « et qui devrait également exister nécessairement « ( Prop. vil ) ; ainsi , il y aurait deux substances <c de même attribut, ce qui est absurde (Prop. v) « Elle est donc infinie. »
On voit ici pourquoi Spinosa s'est expliqué d'une façon si particulière dans sa seconde définition ; c'est que , pour refuser à tout ce qui est fini la dénomination de substance, il fallait entendre par une chose finie celle qui est terminée par une autre de même nature. Je me trompe fort, ou la plupart des définitions et des axiomes
cle Spinosa n'out, été faite qu'après les déxnonstxation^.
Je me laçae de remarquer que tquteç ces dé-' monstrations ne répondent qu'au mot substance^ On dirait qu'il n'y s^ rien de plus connu qn^'uii étrç conforme à la définitipp que Spinos^a dopue de ce tenne^
Premier Scholie.
« Puisque le fini emporte avec soi quelque (c négatipn , et que l'infini renle^mj& X^tuiaUipri « absolue de l'existence de quelque nature, il suf- « fit de la septième proposttion pour prouver que <c toute substance est infinie. »
Je ne sais si l'on peut comprendre quelque chose à la définition qu'on donne ici de l'infini. Mais le dessein de Spinosa est de prouver que la substance étant înfinie , elle est tout ce qui est ; en sorte qu'il n'existe rien qui ne lui appartienne comme attribut ou comme modification.
Sec<md Scholie*
a Je ne dpute point qup tous ceux qui jqgent « confusément des choses , et qui ne sont pas apr ce coutumes à les connaître par leurs premiènç^ (c causes , n'aient de la peine à concevoir* la dé^ « monstration .c^e la septième proposition , parce « qu'ils ne distingufsnt pas entre les moçlifici^tio^ft c( des substances et les substances ip^mes;, etqM'iis»
D£S SYSTEMES. 19g
c( ne savent pas eonnmeat les choses sont produîfes. (c De là il arrive qu'ils iiïia^i^Dt que les subs- « t^ances ont uor commencement, pa? ce qu'ils « voient que les eboses naturelles en ont un; car V( cevix qui ignorent les véritables cau&eâ , con^ « fondent tout. »
Spinosa a bonne grâce de reprodier aux autres qu'ils jugent conélisément des ckosës^ et qu'ils ne les connaissent pas par leurs» premières causes. Faut'- il qu^ s'avetigle au j^nt- de ^imaginer (pie (pielques définitious de^ mots, et >qtietqiies mauvais astiomes, doivent I^ découvrir les vrais ressorts de la nature t^
Remarquez; que connaître les choses par leurs premières causes, à la manière de Spinosa , c'est les expliquer par dbes notions abstraites. Les absurdités où tombe ce philosophe sont une nouvelle j^euvedes abufr de èette méthode.
a Ils: ne trouvèâC pas plus de répugnance à faire « parler ks arbres que \^s hotnmes. Il n'en coûte (c rien à leu» iinagînationr pourt ItoP «présenter « des hommes formés avec des pierres, comme (c par voie de génération , et pour changier une (C'forane quelconque; en une foisne quelconque. (( Dem^ti^ , eeux' qui confondent la nature divine rc et la nature humaine, iittribuent*. facilement à « Difeu '^s inoUnatîoiis des hommes^ surtout quand « ils ignorent comment les inclinations naissent xc dans notre àme. »
Quel rapport tout ce verbiage peut-il avoir avec la septième proposition ?
a Mais si les hommes réfléchissaient sur la naa ture de la substance , ils ne douteraient en aua cune manière de la vérité de la septième pro- <c position; bien au contraire ils la regarderaient « comme un axiome ^ et la mettraient au nombre « des notions communes ; car par substance ils ec entendraient ce qui est en ^oi, et qui est conçu « par soi-même , c'est-à-dire ce dont la connais*- <c sance n'a pas besoin de ,1a connaissance d'une ce autre chose; et, par modification , ôls enten- . « draient ce qui est dans un autre , et ce dont « l'idée est fonpée par l'idée de la chose dans « laquelle il subsiste, »
Spinosa suppose, ici bien clairement que sa définition de la substance en explique au vrai la nature. II. a également tort d'avancer que la notion d'une modification est formée* par l'idée de la chose où elle, subsiste, puisque nous avons des idées des m«>difications , sans en avoir de leur sujet.
« Cela fait que nous pouvons avoir de vraies (c idées des modifications qui n'existent pas, parce ce que^ quoiqu'elles n'existent pas actuellement « hors de Tentendement, leur essence est telle- « ment renfermée dans une autre chose, qu'elles « peuvent être comprises par cette chose même. »
Rien n'est plus faux , encore un coup* Nous ne
saurions tirer d'une idée que nous n'avons pas, c'est-à-dire de celle de la substance, l'idée d'aucune modification. Toutesnos connaissances viennent des sens; or nos sens ne^pénètrent point jusqu'à la substance des choses, ils n'en saisissent que les qualités. Si on croit qu'il y ait des modifications dont la connaissance soit due à celle de leur sujet, qu'on essaie d'en donner un seul exemple, et on reconnaîtra bientôt son erreur; Tel est l'aveuglement des philosophes, quand ils se:cOntentent de notions vagues : à peine ont*ils imaginé la substance pour servir de sujet aux modifications, qu'ils croient la voir en elle-même, et n'avoir même que par elle l'idée des modifications qui l'ont fait connaitl^e.
a Mais la vérité des substances , hors de l'en- <t tendement, n'est point ailleurs que dans les « substances, puisqu'elles sont conçues par elles- <x mêmes. Ainsi, si quelqu'un disait qu'il a une « idée claire et distincte, c'est-à-dire une vraie a idée de la substance, et qu'il doute cependant a si une telle substance existe, ce serait la même ff chose que s'il disait qu'il a une idée vraie, et ce qu'il ne sait pourtant si elle est fausse, comme a il est évident à quiconque y veut faire atten- «rtion; ou, s'il supposait qu'une substance est i< créée , ce serait supposer qu'une idée Êiusse est « devenue vraie , ce qui est la chose du monde la « plus absurde. Il faut donc convenir que l'exis-
« tance de la substance, ainsi que s<ni essence, « est une Yérité éteroielle. »
. Tout cela serait vrai^ si la définition que %pknoaa donsie de la substance éftait la vétitahle idée de la chûse^
(c Nous pouvons encot e conclure- d'une aiaitre tf manière qu'il n'y: ai qu'une substiuice de même <c natatre; ee que je crois à propos de &ire icî. « Mais,- pour procédeir arrec ordre, il fiiut re- « marquer 3
« i^ Que la yéritable définition d'une cbc^e ne (c renferme et. n'exprime rien autre que sa na^* oc ture, d'où il suit : !
« aP Qu'elle ne renferme et n'exprime pas un <K certain nombre d'individus., puisqu'elle n'éx* ce prime qiœ là nature de la chosis,. Par' exemple, iK la définition du triangle n^prime que ht simple ce nature du triangle, elle n?en marque pas un ce certain nombre;
3^ Qu'il y a nécessairement, pour tente chose ce :qm*ex>i^te,. une cause de son existence;
4^ Que pette cause doit être contenue dans la ,(c nature et la définitioni de là Gbosef esistaiâtte ce ( parce qu'il est de sa nature d'exister)^ ou .^le ce doit être hoss de la chose qui existe. .Gela posé, ce il s'ensuit/ que s'il y a un- qsrtaiu; nombre •d'in-' ce; dtvidus dans la nature, il doit intees^iref^esit ce* y avoir une causie pouziquoi ibr ie;Kifitea>t, et ce pourquoi ils existent en tel rion^re, en swt^
DES ^YSTJ^MES* ao3
(c s^'il y ftvait au mo^do. yipgt hoioimes et pas ^ <c Y:^Bta^g§ (ppw plus dft olaiffl:^, je wpposç qu'ils « ^istc^t !^a$Qq9thte^ ^t qu'il n'y e» a pçiot ^i*^ a avaiït €w:), ce oe. savait pas, asse?^^ ppw qui « vaiHdsaB: ea reii(i(re> raison, d^ toQntvw $n ^ « néral la imm de k iiMum ijimnainQ ; U fiudratf
« encorçt ia«e,TOif : p^iWqiiQÎ il »y ei^ ^ û plu» (c ni nY:>ios; car il doit y avoir une cause de cha- « cun en particuUidr (/idl^ â"). Mais cette cau&e jc< {^noles a et 3) ne peut pas se trouver dans la a nature humaine ; car la véritable définition de « l'homme ne renferme pas k nombre vingt. Il jtc faut donc {note 4) q^VMe spit nécessairement a hors de chaque homme. Par conséquent on (L( doit eonûlure q|ii'u3fiL& eljLose suppose nécessairea ment une cause externe de son existence,. k»?s« «( 4|us'blle eat.de telle lUttburâqtit'il peutiy en, avoir ^ plusîfiurs iiodividu^ Mais^ eomme l'exist9nte;Q («(cpajp ee qui a. é^ démoTàtré daod oe schplie) Ci appspntient à lai nature de Jai substaniie, sa ééûr a nition doit renfermer uoeexistei^e nécessaires tf en pa^xconssélfùent on doit conielurè son is^i^ <^ lenœ.de sa acsule défniition. Mm Vexistaitce de xc placeurs. suhatepcssme peut p^ suivre.de la .<c d^fiiauMÂon deia.Qubstarie& (Tzo^e.^!^ e( 3) : il suit) (C dpno njécessairemenlË de la définilionde k suhsr a taAee , qu'il n'y a ^^ù'un^e . suliystanQe df une ' mèm^: fn nature» 9
ao4 TRAITi
Fallait-il tant de discours pour conclure d'une définition arbitraire l'existence d'une chimère? Tout ce raisonnement porte k faux , parce qu'il suppose, dans la première remarque, que nous connaissons assez bien la* nature des choses pour la renfermer et l'exprimer dans leurs définitions : supposition qui ne peut se soutenir que par des philosophes qui s'entêtent pour des mots.
PROPOSITIOir IX.
« Plus une chose a de réalité ou d'être, plus « elle a d'attributs. »
Démonstration.
« Cela est démontré par la quatrième défini- « tion. »
Quand on avance une proposition, il faudrait, avant d'en chercher la preuve, lui donner un sens clair et déterminé : prouver une proposition qui n'a point de sens, ou ne rien prouver, c'est la même chose. Or nous n'avons aucune idée de ce qui est signifié par les mots réalité, être , attribut; je parle des attributs qui cbnstituent l'essence, parce que c'est d'eux qu'il s'agit. (^Fojrez la Définition iv. ) Attribut signifie-^t-il quelque chose de différent de la réalité ? En ce cas, que sera-t-il donc, et pourquoi y aura,it-il d'autant plus d'attributs quHl y aurait plus de réalité? Si
DES SYSTÈMES. !lo5
au contraire l'attribut, ou ce qui constitue l'essence, est la même chose que la réalité, cette proposition est tout-àrfait frivole ; c'est dire que plus une chose a de réalité , plus elle a de réalité. Une pareille proposition mérite bien d'être prouvée par une définition de mot. Voyez ce que j'ai dit sur la quatrième définition.
PROPOSmON X.
«c Chaque attribut d'une substance doit être « conçu par lui-même. »
Démonstration. '
<c L'attribut est ce que l'entendement aper- « çoit comme constituant l'essence de la subs- « tance (Définit, iv); ainsi (Définit, ni) il doit « être conçu par lui-même. »
Voyez ce qui a été dit sur les définitions qui servent de preuve à cette prétendue démonstration.
Scholie.
<K II parait par-là , que , quoique l'on conçoive a deux attributs comme réellement distingués, « c^est-à-dire <jue Pon conçoive l'un sans le se- « cours de Tautre , nous n'en pouvons cependant <c pas conclure qu'ils constituent deux substances « différentes. »
^06 tRAlTlS
Pouf moi, j'en jugerais tout autrement. Lol substance est ce qui est conçu par soi-même ( Définit, m ). L'attribut , p^t cette dernière proposition, eist aussi conçu par lui-même. Donc, s'il y a deux attributs ^ il y a deux substances.
« Car il est de la nature de la substance que a chacun de ses attributs soit coiiçu par lui- (c même, puisque tous les attributs qu'elle a, ont a toujours été conjointement en elle, et que l'un ti n'a pas pu produire l'autre, mais chacun exprime a la réalité ou l'être de la substance. Bien loin « donc qu'il soit absurde de donner plusieurs a attributs à une substance, il n'y arieii au con- « traire de plus clair que chaque être doit être <c conçu sous quelque attribut ; et que plu$ il a « de réalité ou d'être, plus il a d'attributs qui exte priment la nécessité, l'éternité et l'infinité. Par (c conséquent il est encore fort clair qu'un être « absolument infini doit nécessairement être dé- « fini (comme nous l'avons fait dans la vi Défini-^ ce tion), celui qui a une infinité d'attributs < dont Ci chacun exprime uneessence éternelle et infinie^ y»
Les mots nature, substance , attribut, étre^ réaiité, exprime ^ éternité ^ ijifînUé, peu^ettt-ils, après le peu de soin qu'a pris Spiûôsa pour en déterminer lé semd, tetiàte un dbcour^ «ùsû dair qu'il ledit?
« Que si quelqti'un demande à quel signe on « pourra reconnaître la différence des substances |
ï)Eâ SlrSTÊMES. lO'J
« il n'a qu'à lire les propositions suivantes. On y a démontre que dans la nature il n'y a qu'une a seule et uniques substance, qui est absolument c< infinie^ C'est pourquoi on chercherait ce signe a vainement^ » ,
Souvenons nous bien de ces mots^ dans la nature y et nous venions si l'on tiendra ce qu'ils promettent.
l^aOPOSITHKDT XI.
« Dieu, ou une substance qui contient une inc( finité d'attributs $ dont chacun exprime une « essence éternelle et infinie, existe nécessaires a ment. »
Première démonstration,
a Si vous le niez , concevez , s'il se peut , que a Dieu n'existe pas. Donc (Axiome vu) son essence « ne renferme pas l'existencCir Or (Prop. vu), « cela est absurde* Donc Dieu existe .nécessairece ment. >>
Les raisonnemens de Spinosa sont si peu heureux , qu'on ne saurait convenir avec lui , même quand il paraît se rapprocher de la vérité. Comment peut-il me proposer de concevoir qi^e Dieu existe ou n'existe pas, si dans tout son système il ne m'a pas encore appris à concevoir les idées , non de ces mots, mais de ces choses^ substance^ infinité y attribut^ essence j Dieu? D'ailleurs, si je
2o8 TRAITA
concevais que Dieu n'existe pas, il s'ensuivrait que je me serais fait des idées fort extraordinaires; mais on ne pourrait pas conclure que Dieu n'existe pas en effet , ou que son essence ne renferme pas l'existence. Enfin, quand la septième proposition aurait été bien démontrée, elle ne prouverait pas qu'il fut absurde que l'essence d'une substance qui contiendrait une infinité d'attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, ne renfermât pas l'existence; elle prouverait tout au plus qu'il est de la nature de la substance d'exister {Voyez la septième Proposition ). Or il me semble qu'il y a quelque différence entre dire qu'il est de la nature de la substance d'exister, et dire qu'il est de la nature d'une substance, qui contient une infinité d'attributs , dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, d'exister. Il est évident que Sjpinosa donne ici plus d'étendue à la septième proposition qu'elle n'en avait. Il lui reste encore à prouver que cette même substance ,* qui , par la septième proposition, existe de sa nature, contient une infinité d'attributs , dont chacun exprime son essence étemelle et infinie , ce qu'il n'entreprend nulle part.
Deuxième démonstration.
« On doit autant assigner la raison ou la cause c( pourquoi une chose existe , que pourquoi elle
W9 '■■ I ■^■"■^^P "-»'JfV
J)ÈS SYSTÈMES. îiog
« n'existe pas ; par exemple , si un triangle existe,
«( il en faut donner la raison : de même , s'il
«n'existe pas, il en faut dire la cause. Cette
<c cause doit être dans la nature de la chose , ou
« au dehors : par exemple, la nature d'un cercle
<f carré indique la raison pourquoi il n^existe
« pas; c'est qu'il y a contradiction. Il suit aussi
« de la nature de la substance pourquoi elle existe^
«f c'est qu'elle renferme l'existence (Prop. vn)-
« Pour la raison dé l'existence ou de la non-eill-
« tence d*^un cercle et d'un triangle, ielle ne vient
« pas de leur nature , mais de l'ordre de la nature
a universelle des corps ; car c'est une suite de cet
« ordre , ou que le triangle existe déjà nécessai-
« rement ^ ou qu'il soit impossible qu'il existe; ces
« choses sont claires par eïles-mêmes. 'De là il
ff suit qu'une chose existe nécessairement , quand
ce aucune cause, aucune raison n'en empêche
« l'existence. C'est pourquoi, s'il n'y a aucune
«c raison , aucune cause qui empêche Dieu d'exis-
« ter, il faut absolument conclure qu'il existe né-
cf cessairèment. S'il y avait une telle raison^ une
« telle cause , elle serait dans la nature de Dieu
(c ou au dehors, Sî elle était au dehors, elle serait
« dans une substance d'une nature différente^
flc car si elle était dans une substance de même
« nature, ce serait convenir qu'il y a un Dieu*
<^ Mais une substance qui serait d'une nature dif-
« férente, ne pourrait avoir rien de commun
atO TRAITE
« avec Dâ^u (Prop. i|). Par couséquent elle ne « pourrait ni lui donn^ l'eEÎsteiiXîe, ui l'en priver. »
« Puisqu'il ne peut y avoir hors de la nature (c divine aucune cause qui efmpécbe l'estî^tence de a Dieu 9 il faudrait, s'il n'existait pas, qu'il y eu (c eut une raisop dans sa nature méipe; fin sorte a qu'il y eût contradiction qu'une pareille nature «c* existât. Or iji est absurde d'asstireF Qfà^ d'un a être absolument infini et tout parfait, Donç^ tf 4l4i'y à point dç cause , soit en Dieu ^ ^^H h^^ te de lui, qui en empédie l'existenoe. Il existe «c donc nécessairement. »
On doit autant assigner la raifiQu ou la cause pourquoi j^ine diMe existe^ que pourquoi elle n* existe pas s èstrce à dire que, quelque idée^ qu'uir hcftnme se forme , on doive dire pourquoi il existerait ou il n'existerait pas quelque dios^ qui y fut eonfo&mè? Gela aerait^il bien raisonnable , et doit on se naettre en peine de prouver qu'il n'y a dans la nature tien de ^emblable aux idées extravagantes que se font quelquefois les hommes? D'aiUeuis, outre plusieinrs défauts qui sont dans cette démonstration une suite de celles qui la précèdent, on suppose que nous connais^ sons les causes ou les raisons de l'existence et de la non-existence des choses : je laisse à penser sî cda est vrai.
DUS ^tSTÈMÈS. 31 t
Troisième démonstration,
a Pouvoir ne pas exister est impuissance ; au ^ coi^tra^e, pouvoir exister ost puissance, comme d il e&t évident par $ai«méme. Or-^ s'il n'existait « nécessairement que des êtres finis, ces êtres ae*^ « raient plus puissans que l'être absolument ^in^* « fini; ce qui est absuixle enmme il e^t encore évi* « d^nt par soi^-meixie.. Donc, on rien n^existe, ou « un être absolument infini existe nécessairement, ce Ornous, nous existons en nous, ou daos^n être « qui existe nécessairement ( Ax. i> et Prop. vïi )^ «c Donc l^être absolument infini i» ou Dieu^ existe « nécesàaîrement. »
Cette démçnstjtàtion est^ tournée d'une manière bien singulière et bien abstraite. Que quelqu'un nie Teitistenoei de Dieu> la lui prauvera-t*on en lui disant que si Bien n^existait pas ce serait par impuissance. V . . .
SchôUe. '
f^J'aî voulu, fteiBis cçtte ^çi^pièi^e démoi^stra* «t tion, prouver l'wift^ce de D^eu 4 posteriori ^ % afi)i qu'on en ni^îsisM plw^içépaept 1^ preuve. « Ce n'est pas qu'^Uf^ net suivf^ ^priçri du même « fondement. Car, pouvoir exister étant une puis- « sanœ, il suit quil, pla$^la pâture d'une çhpse a « de réalité^ plwr eB^ 4 par ellQ^même de force « pcAir «xistefv Ohp im être jatbsoljiwçnt infini, ou
2 1 a TRAITE
ce Dieu, a par lui-même une puissance infinie « pour exister, par conséquent il existe nécesaia rement. »
Il y aurait contradiction qu'une chose qu'on suppose absolument infinie, et qui, par conséquent, renferme l'existence, n'existât pas. Spinosa devrait démontrer qu'il y a, dans la nature, un objet qui répond à l'idée qu'il se fait de Dieu. Autrement ses démonstrations, vraies tout au plus par rapport à sa façon de concevoir, ne prouveront rien pour la chose même.
Quand il dit Dieu infini , il abuse de ce terme pour eu conclure qu'il n'existe rien qui ne soit un attribut ou une niodification de Dieu.
Ce philosophe continue et dit que ceux qui sont accoutumés à considérer tes choses produites par des causes externes, et qui jugent qu'elles peuvent difficilement exister, lorsqu'ils conçoivent que plusieurs réalités le\ir appartiennent, auront peut-être de la peine à suivre sa démonstration. À quoi il répond qu'à la vérité ces choses doivent leur existence et toutes leurs perfections à la vertu de leur cause; mais il ajoute qu'il n'est pas question d'elles , et qu'il ne parle que des substances qui ne peuvent point être produites, et finit par ces mots :
« Une substance ne doit à aucune cause externe « rien de ce qu'elle a de perfection : c'est pourti quoi son existence doit suivre de sa seule nature^
DES SYSTÈMES. 2l3
ce et elle n'est pas distincte de son essence. La perte fection n'empêche pas l'existence d'une chose, « elle la confirme : c'est l'imperfection qui y est « contraire. Il n'y a donc rien dont l'existence <c soit plus certaine que celle d'un être absolument « infini ou parfait, c'«st-à-dire que celle de Dieu. « Puisque son essence exclut toute imperfection « et qu'elle renferme une perfection absolue, elle « lève tous les doutes qu'on pourrait avoir sur « son existence, et nous donne une certitude parce faite. C'est ce qui sera, je pense, évident à qui- Hc conque y fera une médiocre attention. »
Il est bien plus évident que cette essence dont parle Spinosa n'est qu'idéale, et par conséquent l'existence qu'il en infère n'est qu'idé^^le également. '* ;
PROPOSITIOir XIII.
« On ne peut concevoir' dans la substance aucun « attribut d'où il suive qu'elle soit divisible. »
Démonstration.
« Ou les parties conserveraient après la division (( la nature de la substance, ou non. Si on sup- « pbse le premier, chaque parti (Prop. vin ) sera « infinie, cause de soi-même (Pr. vi), et (Pr. v.) «elle aura un attribut différent. Ainsi, d'une « seule substance, il pourra s'en faire plusieurs ; « ce qui (Prop. vi) est absurde. »
ai4 TRAITÉ
K Ajouter qtse les parties {Prcfv ii ) a'auiraieDt <c tieù de commun aveè leur tout^ et que le tout « ( Défiû. îv, et Prop* x ) pourrait eicifiter et être « conçu sans ces parties; ce qtie tout le monde <i reconnaîtra absurde» »
« Si au contraire les parties ne conservaient « pas la nature de la substance^ la substance perk drait donc sa nature^ et cesserait d'être dès « qu'elle serait divisée en parties égales: ce <|ui « serait absurde ( Prop* vu)* »
Plus on avance, plus Spinosa est aisé à réfuter, parce que les vi^es de ses raisonneniens se mul-* tiplient^ à proportion que ses dernières preuves supposant un plus grand nombre de propositions. Cette démonstration a non-seulement tous 1^ défauts des propositions n, v, vi, vu, viir, x, mais encore tous ceux des autres d'où celles-ci dépen-» dent. Je renvoie à ce qu^ j'ai dit. \
PROPOSITION xiu.
a Une substance absolument infinie est indivi-^ « sible. »
Démonstration ,
« Si elle était divisible, les parties conserversCient ce après la division la nature d'une substance ab<* ic solument infinie, ou non. Si on suppose le pre^ <c mier, il y aura plusieurs substances de même « nature ; ce qui ( Prop. v) est abswrde. Si m^ sqp-^
DES STSTiM£S. 21 5
« pose le second , par la même raison que cice dessus , la substance absolument infinie cessera « d'être ; ce qui ( Prop. xi ) est encore absurde. »
On voit que cette démonstration pèche çoxpme la précédente.
Corollaire^
a il siiit âe là que nulle substance, et par coni( séquent nulle substance corporelle, en tant que « substance, n'est divisible, »
Schùlie.
« De cela seul qui est la nature de la substance <r d'être conçue infinie^ilsuitqu'elle est indivisible, « Car, par^ne partie de substance, on ne pource rait entendre qu'une substance finie; ainsi « ( Prop. vin ) ce serait tomber dans une contrac( diction. »
Spinosa convient donc que la substance corporelle est divisible, mais il nie qu'elle le soit en tant que substance. Ce sera donc en tant que mode : aussi dira -t -il bientôt que la substance corporelle n'est qu'une affection des attributs de Dîeu«
PROPOSITIOtr XIV.
a if ne peut y avoir, et on ïie petit cotïcevoir tf d'àiïtrè feubstâiiéë qiiè Dieu. »
1 6 TRAITIS
Démonstration ,
a Dès que Dieu est un être absolument infini , « dont on ne peut nier aucun des attributs qui ce expriment l'essence de la substance ( Défin. iv) , « et qu'il existe nécessairement (Prop- xi), s'il y <( avait quelque substance distincte de Dieu , il « faudrait l'expliquer par quelque attribut de « Dieu. Dès lors il y aurait deux substances de «même attribut; ce qui (Prop. v) est absurde. « Donc il n'y a pas d'autre substance que Dieu , a et par conséquent on n'en saurait concevoir a d'autre : car celle qui serait conçue, le devrait a être comme existante. Or, par la première parce tie de cette démonstration, cela es> absurde : a donc il ne peut y avoir, et on ne peut concevoir a d'autre substance que Dieu. » ^
Je me répéterais trop si je voulais faire voir tous les défauts de cette démonstration : îe renvoie à ce que j'ai dit.
Premier corollaire.
« De-là il suit clairement, i** qu'il n'y a qu'un te Dieu, c'est-à-dire (Prop. vi) qu'il n'y a dans la « nature, qu'une seule substance, et qu'elle est ab- (( sôlument infinie, comme nous l'avons fait ence tendre dans le scholie de la dixième proposition. »
Remarquez que la démonstration n'est appuyée que sur une définition de mot, et jugez si on était
autorisé à employer dans le corrollaire cette expression dans la nature.
Deuxième corollaire .
« Il suit, en second lieu, de cette démonstraa tion, que la chose étendue et la chose pensante « sont des attributs de Dieu , ou ( Axiome i ) des « affections de se^ attributs. »
Il n'y a personne qui ne puisse se former une idée abstraite de la substance, et réaliser cette idée, en supposant qu'elle répond à un objet qui existe en effet dans la nature. Cela fait, on ne pourra plus se représenter les êtres finis comme autant de substances ; car l'idée abstraite de la substance une fois réalisée , on se représentera la substance partout la même, partout immuable, nécessaire; et, quelque variété qu'on suppose dans les êtres finis , on ne les concevra plus comme faisant multitude; on les imaginera comme une seule et même substance qui se modifie différemment. Voilà ce qui est arrivé à Spinosa.
Les plus anciens philosophes ont ^ussi avancé qu'il n'y a qu'une seule substance. Mais, par la manière dont les stoïciens s'expliquent, il paraît que cette substance n'est une qu'improprement, et qu'elle est dans le vrai un- composé , un amas de substances. Ils ne la disaient une , que parce qu'ils la considéraient sous l'idée abstraite de
a i 8 TRAITÉ
tout, et tdtàtùé étant la colléCtioti d% tdul ce qni existe , ou même ils n'ont jamais ttop cherché à cjéterminer ce qui en constitue l'unité. Spinosa, voulant se mettre à Vàbti de ce teproche , l'a fait une à force d'abstraction. Mais si la substance des stoïciens est trop composée poitr êtte utte , la sienne çst trop abstraite pour êttë (jUelqtlë chose.
PROÏ^OàlTlOlf XV.
(€ Tout te qui est , est en Dieu , et rien ne peut << exister ni être conçu sans Dieu. »
Démonstration.
a II n*y a pas d^àutre substance que t)iett , on fc n'en saurait concevoir d'atitre ( Pro j5. xf v ) ; c'est- « à-dire (ï)éfin. ni) qu'il est la seule fchose qui àoit ^ èri èlle-mémé et qui se Conçoive par elle^nîêttie. ^c Mais les modes (Déf. v) iie peuvêht fejdstét» ni (( être conçus sans là substance. Ils tit petiveflt (c donc exister que dans là hattire divine , et çc ne peuvent être conçus qile par elte. Of, tout « ce qui est , est sùtstanCe ou mode ( Ax. i ). (c Donc, etc. »
Dès créatures né sont donc plus qtlè defe modes de la substance divine , comôfè Spîtio^â Je dira pîiis bas : imagination trop éxtrâ^Sf^drite et itôp mal |>roùvée pour îiôiis y arrêter.
Remarquez toujours que lés déttidnitratîoti^
DES BTSTAmES. 219
de Spinosa pl*ouTent tiettaitis rapporta entre des ihots auxquels il a attaché des idées -abstraites; m^ on n'en p^t rien conclure pour les chosea telles Qu'elles aoiit dans la nature.
Scholie.
Dans c% schôliè, J^pihdsà ré^ohd à ^Uêlqtiès objections qu'il se tait faire par dèU^ cjul fié Conçoivent pas qiié l'a sûbstàhiîe ëtiéiidùé soit tin attribut de Diéu, et que là matière àppattiëniiè à là nature divine; tnâis , tômmê il Hié dôUne à ses i'é^ôn^és d^àiitré fôiideméht cj[Ue les propositions qtiè nous avons dëjà réfutées, je (itois ^ôilVôlr Pfi6 dispenser de traduire éé niofcîéati.
PBOffoiti'foir XVI»
« Une infinité de choses, c'est-à-dire tout ce c< qui peut tomber sous un entende^nent infini, « doit suivre en une infinité de façons de la néa cessité de la nature divine, »
Démonstration,
« Cette proposition doit être manifeste à tout ^ le monde, pourvu qu'on fasse attention que, « dès que Tentexidement aperçoit la définition « d'une chose quelconque , il en conclut plusieurs « prt)priâté8 qui , en effet> suivent fiéceséaii^enient ^ de là définition de cette chose ou de son essence;
<x et on en conclut d^autant plus de propriétés , <c que la définition de la chose exprime plus de <c réalité , c'est-à-dire que son essence renferme « plus de réalité. Or, puisque l'essence divine a « une infinité absolue d'attributs ( Déf. vi), dont ce chacun en son genre exprime une essence in- <c finie, il doit suivre, de la nécessité«de sa nac( ture, une infinité de choses en une infinité de tf façons , c'est-à-dire toiUtes les choses qui peuvent <c tomber sous un entendepient infini. »
Voilà une définition ( la sixième ) qui est bien féconde. J'ai eu raison de remarquer la précaution avec laquelle Spinosa l'a faite. Il suppose visiblement, dans cette démonstration, que la définition et l'essence ne sont qu'une même chose. Cependant la sixième définition ne prouve pas, quoi qu'il en dise, que la nature divine ait une infinité d^ attributs , dont chacun en ' son genre expi^ime une essence infinie; elle nous apprend seulement ce qu'il entend par le mot de Dieu.
Premier corollaire.
« De là il suit , i ° que Dieu est cause eflBciente « de tout ce que peut apercevoir un entendement
« infini. »
Deuxième corollaire.
« a° Que Dieu est cause par lùinnéme et non a par accident. »
Troisième corollaire,
« 3® Qu'il est absolument la première cause. » Spinosa n*^a point défini ces mots, cause effi-dente ^ cause par soi-même y cause par accident, cause première. II aurait cependant été d'autant plus obligé de le faire, qu'il paraît pai" la suite leur donner un sens bien différent de celui qu'ils ont communément.