‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 36 sur 51 · PROPOSITION XXVI · texte numérisé non relu

PROPOSITION XXVI

« Une chose qui est déterminée à agir, a été «c ainsi déterminée par Dieu, et celle que Pieu ne « détermine pas , ne peut pas se déterminer elte- « même, »

Démonstration.

« Ce qui détermine une chose à agir est nécestf sairement quelque chose de positif, comme il a est évident : par conséquent, Dieu, par la né- <c cessité j^e sa nature, est la cause efficiente de a l'essence de cette chose comme de son existence a ( Prop. XXV et xxvi ) :. c'est la première partie. « La seconde en suit clairement; car, si une chose a^que Dieu ne déterminerait pas, pouvait se dé- « terminer, la première partie serait fausse. Or « cela est absurde, comme nous l'avons fait voir. »

Toiijours même confusion. Si, dans Spinosa, les mots de causé et d! action ne signifient rien, ceux de déterminer à agir n'ont pas plus de sens. Il semble que Spinosa n'ait appelé Dieu cause de lui-même, qu'afin de pouvoir dire qu'il est cause des autres choses. Il lui paraissait absurde qu'une infinité de choses existassent , et qu'il n'y eût ni cause ni effet. Pour tenir un langage en apparence plus sensé, il a été obligé de dire que Dieu est cause de lui-même ; mais, puisque Dieu,

à proprement parler, n'est pas cause de luimême, ce serait une suite des principes de Spinosa qu'il ne le soit pas des choses particulières.

Spinosa aurait pu dire que Dieu est l'effet de lui-même; car, s'il est cause des autres choses dans le même sens qu'il est cause de lui-même, il est l'effet de lui-même dans le même sens que les autres choses en sont l'effet : cela est réciproque Or que penser d'un langage qui mène k dire qu'une substance s'est produite elle-même ? Peuton faire un plus grand abus des termes?

Si cette proposition, Dieu est cause de luimêmej signifie que l'essence de Dieu #enferme l'existence de Dieu, comme la première définition le suppose ; celle-ci, Dieu est cause des cKoses particulières^ signifie que l'essence de Dieu renferme l'existence des choses particulières. Car c'est au même sens que Dieu est cause dans l'un et l'autre cas. Dieu ne donne donc pas plus l'existence aux choses particulières qu'à lui-même; elles n'existent que parce qu'elles appartiennent conlme lui à une même essence; et il n'y a proprement, comme je l'ai déjà remarqué, ni action, ni production. Ces conséquences sont des suites nécessaires du système de Spinosa ; mais elles se réfutent d'elles-mêmes.

PROPOSITION xxvii.

« Une chose que Dieu a lui-même déterminée

DES STSTikMES. a35

a à agir, ne peut se rendre elle-même indéter-

a minée. »

Démonstration^

ce Le troisième axiome en est la preuve. »

PROPOSITION XXvilI.

tf Nul être singulier, bu nulle chose fiuie^ et a qui a une existence déterminée, ne peut exister « ni être déteiminée à agir, si une autre cause « finie, et qui a aussi une existence déterminée, «c ne la détermine à exister et à agir. Celle-ci ne ce peut pas non plus exister, ni être déterminée ce à agir, si elle n'est encore déterminée par une a autre cause qui soit aussi finie et qui ait une « existence déterminée : et ainsi à l'infini. »

« Tout ce qui est déterminé à exister et à agir, a y est déterminé par Dieu ( Proposition xxvi, et « Corollaire de la Proposition xxiv). Mais ce qui ce est fini, et qui a une existence déterminée, n'a ce pas pu, être produit par la nature absolue de <i: quelque attribut de Dieu t car tout ce qui suit a de la nature absolue de quelque attribut de <c Dieu, est infini et éternel (Proposition xxi). Il a a donc dû suivre de Dieu ou de quelque attribut « divin, en tant qu'on le considère modifié de VL quelque façon : car il n'y a rien qui ne soit subs- <c tance ou mode (Axiome i, Définitions m et v), « et les modes (Corollaire de la Proposition xxv)

u ne sont que les affections des attributs de Dieu. (c Mais ce qui est fini et a une existence déterte minée, n'a pas pu suivre non plus de Dieu ou « de quelqu'un de ses attributs , en tant que mo- ^ difié d'une modification éternelle et infinie (Pro- « position xxiï). Il a donc dû suivre de Dieu ou de « quelque attribut divin, modifié d'une modifica- <c tion finie, et dont l'existence est déterminée, et « aucune autre cause n'a pti le déterminer à exister <c et à agir. Voilà la première partie. »

a Cette cause où ce mode, par la même raison « que dans la première partie , a dû encore être a déterminée , par une autre cause finie et d'une a existence déterminée ; celle-ci encore par une ce autre, et ainsi à l'infini, toujours par la même (c raison. »

Dieu, ou un être infiniment parfait, devient donc inutile dans le système de Spinosa ; en voici la preuve. JQne chose finie ne petit être» déterminée à, exister et à agir, que par une cause finie ( Proposition précédente ). Dieu, en tant qu'infini, ne détermine pas les choses finies, il ne détermine pas même Dieu modifié d'une modification > finie ; car, si Ces choses étaient déterminées par Dieu, en tant qu'infini, elles seraient infinies (Propositions xxi et xxii); ce qui serait contre la supposition. Toutes les causes finies sont donc déterminées par d'autres causes finies ; en sorte qu'il s'en forme un progrès à l'infini , sans qu'on

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puisse arriver à une cause infinie qui ait déterminé quelqu'une d^elles. Dieu en tant qu'infini ne détermine donc point les choses finies à exister et à agir* Elles peuvent donc exister sans Dieu , en tant qu'infini , c'est-à-dire ( Définition vi ) sans Dieu. Une autre absurdité, c'est que les choses particulières étant ( Corollaire de la Propos, xxv) des modes de Dieu , il s'ensuivrait que les modes peuvent exister sans leur substance.

Si Spinosa veut que Dieu ou l'être infini détermine l'existence de tous les êtres^ il doit conclure de ses principes que tout est infini , et que nous sommes nous-mêmes des modes infinis de la divinité. Je le prouve.

Dieu seul détermine à exister tout ce qui existe ( Proposition xvi et xviii). Donc nous sommes déterminés à exister par lui. Or les choses qui suivent d'une substance infinie, ou qui sont déterminées à exister par une substance infinie, sont également infinies (Proposition xxi et xxii). Dieu est une substance infinie (Définition vi); donc chacun de nous est également infini.

Cette ridicule proposition pourrait se soutenir aussi bien qu'une suite de causes qui par un progrès à l'infini se détermine sans qu'il soit possible d'arriver à la première : l'absurdité est égale des deux côtés.

Qu'on examine bien ce systèipe, et on reconnaîtra que les êtres finis paraissent exister à part

et indépendamment de Fétre infini, puisqu'ils se suffisent pour déterminer leur existence, et qu'ils ne sauraient être déterminés par Dieu en tant qu'infini, c'est-à-dire par Dieu, sans devenir euxmêmes infinis.

Scholie.

Spinosa remarque ici que Dieu est cause prochaine des choses qu'il produit immédiatement ; qu'il n'est pas une cause en son genre, et qu'enfin on ne peut pas dire qu'il soit cause éloignée des êtres singuliers. Mais il n'explique sa pensée, ni par des exemples, ni par des définitions exactes, et il continue toujours d'être également obscur.

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