CHA:PITRE XVIII
Considérations sur les systèmes ou sur U manière d'étudier
les sciences.
Ott est communément porté a croire qfs! abstrait et difficile sont la même chose : voilà ce que je ne comprends pas. Mais je comprends qu'il y ait des écrivains qu'on ne peut pas entendre , uon parce qu'ils sont abstraits, mais parce qu'ils ne savent pas analiser les idées abstraites qu'ils ^se font : deux choses qu'il ne Êiut pas confondre^ Si , comme je crois l'avoir démontré, une science bien traitée n'est qu'une langue bien Êtite^ il n'y a point de science qui ne doive être à la portée d'un homme intelligent, puisque toute langue Inen faite est une langue qui s'entend. Si vous ne m'eutendez jamais, c'est que je ne sais pas écrire; et, s'il vous arrive quelquefois de ne pas m'ec-.
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tendre, c'est que j'écris quelquefois mal. Ne vous en prenez donc qu'à moi, lorsque vous ne m'en* tendrez pas ; et je ne m'en prendrai à vous que lorsque vous ne m'aurez pas lu avec attention.
En effet, pourquoi les idées abstraites seraientelles si difi&ciles ?' nous ne saurions parler s!ans en faire. Or, si nous en £aiisons continuellement dans nos discours, pourquoi n'en saurions^nou» pas faire dans nos études ?
Mais une science dira-^t-on £h bien! une
science demande^ sans doute, une attention soutenue. Mais, si vous ét:es capable d'attention, poMTquoi serait-elle incompréhensible ? Pourquoi même serait-elle difi&cile? Vous avez bien surmonté d'autres difficultés, lorsque dans l'enfance vous avez appris votre langue.
Une science bien traitée est un système bien £|it. Qr, dans un système il n'y a en général que deux choses, les principes et les conséquences.
Quels que soient les principes, une Ibis qu'ib sont admis, ce ne sont pas les conséquences qui sont difficiles à saisir : il faut être bien distrait ou bien préoccupé, pour qu'elles échappent, et nous sommes naturellement conséquens.
^ussi, lorsqu'on se met peu en peine des principes, ce qui est assez ordinaire, les systèmes se font tous seuls. Observez l'esprit humain , vous verrez dans chaque siècle que tout est système ".hez le peuple comme chez les, philosophes. Vous
remarquerez qu'on va naturellement de préjugés en préjugés, d'opinions en opinions, d'erreurs en erreurs, comme on irait de vérités en vérités ; car les mauvais systèmes ne se font pas autrement que les bons.
Vous comprendrez avec quelle facilité nous devons faire des systèmes, si vous considérez que la nature en a fait un elle-même de nos facultés, de nos besoins et des* choses relatives à nous. C'est d'après ce système que nous pensons , c'est d'après ce système que nos opinions, quelles qu'elles soier.t, se produisent et se combinent: comment donc nos opinions n'en formeraientelles pas? Certainement on trouvera de pareib systèmes chez les nations les plus grossières et les plus ignorantes.
Or, si les mauvais systèmes sont conséquens , et se font, néanmoins, si naturellement et si facilement, ce ne sera pas par les conséquences qu'un bon système sera difficile à comprendre. Sera*ce donc par les principes ?
Je conviens que le meilleur système ne se comprendra que difficilement , si on a choisi la synthèse pour l'expliquer ; et cela n'est pas étonnant, puisque cette méthode fait toujours commencer par des choses qu'on n'entend pas.
Mais quand l'analise développe un système, elle commence par le principe,, par le commencement ; et ce comipencement est si simple, qu ur
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bon système se fait arec la même facilité qu'un mauvais. On va naturellement de découverte en découverte : il suffît d'avoir Tesprit conséquent. D'où peut donc provenir la difElculté ? car il faut convenir qu'il y en a une.
Lorsque vous étudiez une science nouvelle, si elle est bien exposée, les commencemens en doivent être on ne peut pas plus faciles : car on vous conduit du connu à l'inconnu. On vous fait donc trouver, dans vos connaissances mêmes, les pre- ''mières choses qu'on vous fait remarquer, et il semble que vous les saviez avant des les avoir apprises.
Cependant, plus ce commencement est facile, plus vous vpus hâtez d'aller en avant : vous l'avez entendu, et vous croyez que cqja vous suffit. Mais remarquez que vous avez une langue à apprendre, et qu'une langue ne se sait pas pour en avoir vu les mots une fois : il la faut parler, il faut se la rendre] familière. Ne soyez /donc pas étonné si , après avoir entendu un premier chapitre, vous avez quelque peine à entendre le second, auquel vous passez trop rapidement. En continuant de la sorte, il vous sera bien plus difficile encore d'entendre le troisième. Commencez donc lentement : et comptez que tout vous sera facile, quand le commencement vous sera familier.
Cependant il reste une difficulté, et elle est
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grande. £Ue vient de ce qu'avant d'avoir étudié les sciences, vous en parlez déjà la langue, et que vous la parlez mal. Car, à quelques mots près, qui sqnt nouvçauat pour vous, leur langue est la vôtre. Or convenez que vous parlezsouveot votre langue ^ans ei^tendre vouâ-méme ce que vous dites, ou que, tout au {4us, vous vous entendez à peu près. Gela vous sufl^t cependant^ et cela suJËt aux aiitres, parce qu'ils vous paient avec la même monnaie. Il semble que pour soutenir nos conversations, nous soyons convenus t^tement que les, mots y tiendraient lieu d'idées, cottuoie au jeu les jetons tiennent lieu d'argent; et^ quoiqu'il n'y ait qu'un cri contre ceux qui ont l'imprudence de jouer sans s'è^e informés de la valeur des jetons^ chacun peut impunémeiit parler sans avoir appris la valeur des mots.
Voulez- vous ^prendre les sciences avec £aict- Uté? Commencez par appareqdre votre langue.
rm DE CE VOLUMC,