‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 4)Chapitre 49 sur 51 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

De Tusai^ des systèmes dans les arts.

^^es arts se divisent en deux classes : Tune comprend tous Les beaux-arts, et l'autre tous les seeto mécaniques. .

La mécanique nous appvend à £ùre serra* à nos usages les forces que nous observons dans les corps. Elle est fondée sur les lois*du mouvement^ et en imitant la nature elle produit, comme elle, des phénomènes.

Les systèmes y suivent donc les mêmes rè^^es qu'en f^ysique. Jiaits une machine composée, dans une montré, par exemple, il y a' une progres^on die causes et d'effets, qui: a son principe dans unie premièm cause, ou une progression de phénomènes qui s'expliquent par un premier.

Aussi l'univers n'est-il qu'une grande machine.

Si on conçoit donc comment un système se fait en physique, on conçoit comment il se Êiit en mécanique, et réciproquement. Une observation qui répand un grand jour sur les élémens de mécanique, c'est que toutes les machines ne sont que le levier qui passe par différentes transformations. J'en ai donné l'explication dans l'Art de raisonner : j'ai même fait voir , dans cet ouvrage,

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que le système du monde, d'après Newton, se réduit à une balance.

Dans le^ arts mécaniques nous ne pouvons rien, qu'autant que nous avons observé la nature ; puisque nous ne poavops £ai]:è comme elle, qu'après avoir remarqué comment elle fait , Vob* servation précède donc la naissance de ces arts.

ï^çs b!eau:i(-£|]:ts^ au CQutraire, paraissent précéder l'observation ^ et il faut qu'ils aient £ait des progrès, pour pouvoir être réduits en système. C'est q/u'ils SiPnt moins iiotre ouvrage que celui de la nature. C'est elle-même qui les commence^ Iprsqu'elle nous f^raie ; et elle les a d^j^ perfectionnés quaxid nous^ pen3ons à nous en rendre rf^ison.

Tow ces arts ne sonl; proprement que le déyer loppement de nos facultés : nos facultés, sont dé* terniûiées par nos besoins, et nos besoins sont lesi effets de ^otre organisation. I^ nature, eu n^CMis organisant, a doue tout commencé; aussi ai-je démontré, dans ma Iqgique, qu'elle est UPtre. premier maître dans l'art de penser.

Eu effet, l'organisation étant donnée, le langage d'action est donné lui-mêmje, et on a vu, dans tua GramrBaire, comment les langues se foi^ment d'après ce langage.

Aussitôt que les langues commencent, l'analogie^ qui commence avec elles, les développe continuellement et les enrichit : elle montre , en

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quelque sorte , dans les premiers signes qu'on a * trditvés, tous ceui qu'on peut trouver encore.

Dans cette analogie , est fondée la plus grande liaison des idées; et cette liaison devient le principe qui donne au discours la plus grande clarté, la plus grande précision , et à chaque pensée son caractère.

Dés que nous connaissons l'art de donner à chaque pensée son caractère, nous avons un système qui embrasse tous les genres de style. On peut s'en convaincre par la lecture de mon Art d'écrire.

Dès que nous savons donner au discours la plus grande clarté et la plus grande précision, nous savons l'art de raisonner , puisque j'ai démontré que cet art se réduit à une langue bien faite.

Tous ces arts se confondent donc dans l'art de parler; ils ne sont que le développement d'un même système ; qui a son principe ou son commencement dans notre organisation.

Nous ne savons pas remonter jusqu'au principe de nos opérations, nous n'en savons pas voir le commencement dans la manière dont nous avons été organisés; c'est pourquoi l'art de parler, l'art d'écrire, l'art de raisonner, l'art de penser se forment et se perfectionnent à notre insu. Grossiers encore , ils paraissent l'ouvrage de l'instinct : perfectionnés , nous les attribuons au talent ; mais

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l'instinct et le talent ne peuvent être, dans le principe, que l'organisation même : l'instinct est l'organisation qui donne à tous les mêmes facultés. Le talent est Torgauisation qui donne aux uns ce qu'elle refiise aux autres.

Les hommes de génie qui ont perfectionné l'art de parler, observaient, sans doute , ceux qui les écoutaient, et ils remarquaient les impressions qu'ils faisaient sur eux. Par-là , ils pouvaient apprendre que tel tour devait produire tel effet, mais ils n'apprenaient pas pourquoi il le produisait; et l'art n'était, pour eux, qu'un tâtonnement, dont ils ne savaiçnt pas se rendre raison. C'est ainsi que les poètes et les orateurs ont développé leurs talens.

Pour faire soupçonner qu'ils avaient un art , il fallait qu'ils eussent déjà fait des progrès. Alors on leur supposa plus d'art qu'ils n'en avaient; et, parce qu'il fut naturel d'en chercher les règles dans leurs ouvrages, on les multiplia autant que les observations qu'on crut devoir faire. On eut donc beaucoup de règles, beaucoup d'exceptions et beaucoup de mauvais livres élémentaires. On ne fera de bons élémens qu'autant qu'on en prendra les règles dans notre manière de concevoir; car, certainement, si on ne connaît pas l'esprit humain , on ne le conduira pas, ou on le conduira mal. Ce qui a surtout nui à ces sortes d'ouvrages, ciest qu'on ne les a jamais commencés par le conv-

mencement ; c'est qu'on a cru que des définitions et des axiomes sont des principes, c'est qii'on a regardé la synthèse comme une méthode de doctrine.

Je n'ai point parlé de la musique, de la peinture, de la sculpture, etc. ; mais on jugera que ces arts doivent être traités comme les autres^ si on con^t qu'il n'y a» et qu'il ne peut .y avoir qu'ime bonne méthode.

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