VM^ A- I
^ t ^ HISTOIRE
)i^)h«<t devaient paraître également légitimes. Vxw cHte façon de penser, ils commettaient des >;.^;ïNtices, sans se croire injustes, et la supersti- Inm semblait faire une vertu de leur férocité même. #
Cette religion les a bien servis, précisément parce qu'elle n'a pas adouci leurs mœurs. £Ue leur a laissé leur premier caractère : ils étaient brigands par état, elle les fit brigands par superstition. Il ne s'agissait pas de s'assurer de la justice d'une entreprise : il suffisait de consulter les ao^ gures, dont l'intérêt public était toujours l'interprète, et le soldat ne doutait pas qu'il n'obéit aux dieux.
Elle ne le* Dès ouc Ics Romaius n'étaient pas capables
|Mrl«ii pas à I* * ^ *
ii«u. d'être conduits par la lumière, Numa eût mal fait
de raisonner avec eux : il ne pouvait employer que la superstition. Mais ses institutions ne corrigeaient pas le caractère du peuple: elles le dirigeaient seulement vers le bien public; et ce bien public n'était et ne pouvait être qu'un brigandage. Tout citoyen religieux fut donc un soldat qui se croyait tout permis avec les ennemis , c'est-à-dire avec les peuples voisins. Si Numa, comme on le dit, et comme en effet il le paraît, a cru faire des Romains un peuple pacifique, il s'est prodigieu' semçnt trotnpé.
Pourquoi les Quaiijd jc rapporte des iïistitutions à Romulus
uoo"Ô'nre^o*pîu5 et à ïïuma, ce n'est pas que je veuille assurer
qu'ils en sont les auteurs; mais la tradition, qui dinflupoceàEo.
* A me qu'en Etru-
les leur attribue , prouve qu'elles sont anciennes : "*• plusieurs même remontent plus haut que la fondation de Rome, en quelque temps qu'on la suppose. Avant Romulus , la religion des peuples d'Italie avait pour base toutes les superstitions des augurés. C'était une conséquence que chacun d'eux ^ crût être l'objetdes dieux qu'il consultait. Or les Romains , ayant été par les circonstances plus soldats que les autres., ont eu plus de succès, et par conséquent plus d'occasions de>se persuader que les dieux protégeaient particulièrement leur ville. Voilà pourquoi cette religion a eu plus d'influence à Rome qu'en Étrurie,- d'où les Romains l'avaient tirée.
Le gouvernement, d'abord mixte, devint 4es- j.es Romains
. . n'ont jamais jpa
potique sous Tarqum le.Sup?i:be; et, lea-jq^s 3;°;;; ^^"v^'^, ayant été chassés, la république commença- Mais si les Romains étaient capables de faire une révolution subite, ils ne savaient pais prendre avec la même promptitude les mesures convenables à la position où ils se trouvaient. Une idée vague de liberté faisait désirer à tous de ne pas obéir; et, pour ne pas obéir, tous auraient voulu cpmmander. De là paissait urje inquiétude qui devî^it les agiter sans interruption , et qui ne pouvait s'éteindre que lorsqu'ils porteraient des jfeçç. N'ayant point eu de législateurs, ils ont été réduits à suivre les anciens usages, ou à ne faire des règleEpiens
420 UISTOIAli
qu'après coup, et d'ordinaire avec peu de prévoyance. Toujours forcés par les conjonctures, toujours remués au gré des dissensions, il ne leur a pas même été possible de se faire une idée exacte de la liberté qu'ils cherchaient.
A rtt !••«- Après l'expulsion des Tarquins, le gouverne îi;!î!ri«'îLru ment de Servius Tullius se conserva sous les con-
cit«a sont MDif i !• •
«ottftramt. svAs, ct cc tut unc source de dissensions, parce que les riches ou les patriciens se trouvèrent seuls souverains.
Je dis les riches ou les patriciens ^ et en effet ce devait être la même chose: car d'un côté les Romains ne pouvaient s'enrichir que par des conquêtes; et de l'autre, les patriciens ont toujours eu, sous les rois même, la plus grande part des terres conquises. Aussi lés historiens remarquentils que, lorsqu'on établit les consuls, toute l'autorité se trouva entre les mains des patriciens , et cependant les règlemens de Servius Tullius la donnaient aux riches.
AM|uir«T«ni . Avant Servius Tullius , et lorsque les assemblées î*V.*i.îln.'*"- se tenaient par curies, les plébéiens avaient la ^,i,mii*icc.i. ppi^çipai^ autorité, parce qu'ils étaient en plus grand nombre , et que le plus grand nombre faisait les lois. Ils étaient souverains dans les comices; car leur volonté avait son effet, sans le consentement, comme avec le consentement des patriciens. Mais ces souverains avaient un frein dans les
ANCIENNE. 4a I
usages établis. Ils ne pouvaient pas , ou du moins ils n'imaginaient pas pouvoir confier le gouvernement à des magistrats pris indifféremment dans l'un ou l'autre des deux ordres. Ils les choisissaient toujours parmi les patriciens.
Ceux-ci d'ailleurs étaient seuls 6n possession Amonts «ce le
^ ^ sacerdoce dooM
du sacerdoce. Maîtres des autres, ils les trou- •"?'•*»«"»»• vaient favorables ou contraires, suivant qu'une entreprise leur était favorable ou contraire à euxmêmes; et ils avaient tiré ce parti de la religion, qu'elle semblait n'être faite que pour eux, et qu'elle les mettait infiniment au-dessus des plébéiens. Le sacerdoce leur confirma de plus en plus ces avantages, lorsqu'après l'établissement du consulat les comices par centuries réunirent en leur personne la souveraineté aux distinctions.
Alors le gouvernement fut une aristocratie hé- Apris iviabii»,
*^ sèment du coh-
réditaire. La souveraineté, retenue comme de têlnemlnt^wl
•|.^ X ^ .•• 1 ^ /*! une aristocratie
droit par lés p^^^triciens, passa des pères aux fais, h^rëdiiaire et et les familles plébéiennes ne purent plus y avoir aucune part.
Cette aristocratie crut ne pouvoir se maintenir que par la tyrannie. On jugea que plus les plé* béiens seraient misérables, plus ils seraient dans la dépendance, et tout contribuait à les rendre méprisables : car la guerre, qui était à Rome le seul moyen de s'enrichir, n'enrichissait que les patriciens, qui se saisissaient de toutes les terres
tardrnincrcelte pnistance
4^3 HfSTOIR»
conquises, ou qui les acquéraient bientôt par des usures, s'ik avaient été obligés d'en céder.
A la rérité les magistratures passèrent dans les fukiilles plébéiennes; mais cette révolution ne fut favorable qu'au plus petit nombre. Aussitôt qu'un plébéien avait part à la souveraineté, il prenait la façon de penser des patriciens; et la multitude , qui l'avait élevé , trompée dans son attente, restait dans la sujétion et dans la misère. Voilà pourquoi Rome, devenue la capitale d\in vaste empire, renferma un peuple pauvre, oisif et inutile. Le tribunal LoTsque Ic oeuple se fut retiré sur le mont
ckTatt tôt ou , ^ '■ ^
Sacré, les patriciens, trop avares pour abandonner des richesses acquises par des usurpations ou gardes usures, aimèrent mieux lui donner des protecteurs pour l'avenir, que de lui faire justice sur le passé. On créa donc les tribuns; et, parce qu*on ne leur accorda que le droit de s'opposer à ce qu'ils jugeraient contraire aux intérêts des plébéiens, on ne prévit pas combien ils seraient redoutables. Us ne tardèrent pas néanmoins à donner des preuves de leur puissance, puisque, trois ans après, ils bannirent Coriolan. Comme le titre dé protecteur du peuple emportai: le droit de réprimer toute vexation, il n'était pas natiuel quHls s'en tinssent scrupuleusement à prononcer leur 7)eto. \\è devaient porter continuellement de nouveaux coups à la puissance des patrkiens, et la ruiner par conséquent tôt ou tard;
Pour bannir Coriolan, les tribuns avaient pris Pfuaprèsi/-
* * *■ tabhssementdu
sur eux de convoquer le peuple par tribus; et T^!* aeuV 4uc'est Tépoque où ik furent véritablement magis- rÔÏ^" trats. Car, à la tête de ces comices qu'ils assemblaient sans consulter les augures, et d'où ils' excluaient les patriciens, ils pouvaient déjà balancer la puissance des consuls. Alors connnença la démocratie, ou, pour parler avec plus d'exactitude , il y eut alors deu:ic républiques dans ^.ome : l'une composée des patriciens, et l'autre des plébéiens. C'étaient deux souverains <|ui, toujours divisés dans la paix,* ne pouvaient se réunir que contre un ennemi commun.
La loi agraire, proposée par S* P. Cassius, l'an uioiagraîw de Borne afiy , fut une source intarissable de dis- Jnit'ns!*'" ^" sensions, parce que cette loi ne poijvait jamais s'exécuter. Aussi ce ne fut qu'un appât que les tribuns présentèrent au peuple, pour se faire un appui contre les patriciens, et pour s'élever aux dignités.
Ce qui leur fat surtout favorable, c'est qu'on i^„ change-
1 I /i 1 . . mens faits dau s
coianfifea la forme des comices par centuries, la forme desco-
• *-' . *■ micesparcentu-
poiu" leur faire prendre en partie celles des co- sî,VrourfIvorr.*
mices par tribus. Il n'est pas possible , à la vérité ,
ui de marquer le temps où se fit ce dxangement,
ni d'expliquer exactement en quoi il consistait.
Mais il est certain que le droit de prérogative fat
transporté aux comices par centuries. Or par-là
celle qui renfermait le plus de plébéiens pouvait
4^4 HISTOIBE
voter la première; et cela suffisait pour hite passer, au moins quelquefois , toute l'autorité dans le second ordre ; car le suffrage de la prérogative entraînait d'ordinaire tous les autres, le sort qui • l'avait déclaré faisant présumer que les dieux ma-
nifestaient par elle leur volonté* coinm«.tje. Alors, daus les comices par centuries, les pa-
palricicni et les .. , i/ir* i • ••-■•
p|^«M f"*rê *r*c^^^s ^^ ^^ plébéiens luttaient, pour ainsi dire, «r'^auniiôâ et empiétaient tour à tour le$ uns sur les autres.
plesqaeles^nat • . . i* • i i
et le peuple. Lcs patricicus pouvaicut diviser le peuple , parce qu'ils entraînaient de leur coté une partie de leurs cliens ; et le peuple pouvait aussi diviser les patriciens, parce qu'il y en avait toujours qui prenaient ses intérêts, soit par justice, soit par am- ^ bition. Ainsi les deux souverains , qui partageaient
la république, étaient toujours dans une espèce de guerre, et avaient toujours aussi des intelligences réciproquement l'un chez l'autre.
Dans cette confusion, les patriciens et les plébéiens cessèrent peu à peu de faire des corps distincts. On ne remarqua plus que le sénat et le peuple, et ce furent alors ces deux ordres qui se disputèrent la souveraineté. Le ^nat attirait dans son parti les plus riches citoyens; mais le plus grand nombre, les plus ambitieux surtout étaient dans le parti contraire.
Pendant un Uue chosc soutiut l'autorité du sénat sur son ii"?a .en" w penchant : c'est le respect du peuple pour ce corps, respect que le p^gp^ct dout il s'était fait unc si grande habitude,
lensioDf.
ANCIENNE. 4î^5
qu'il fut lonc-temps avant d'oser tout ce qu'il p«ipie «wu
* ^ * * pont c« corps.
pouvait. Aussi y eut^l un intervalle où le sénat et le peuple, les comices par centuries et» les comices par tribus, les tribuns et les consuls, maintenaient dans la république un équilibre presque parfait. Cet intervalle fiit coui^t, parce que l'équilibre ne tenait qu^à l'opinion. On n'y était parvenu que pai' les dissensions qui avaient élevé les plébéiens : il ne pouvait manquer de se détruire, lorsque, par de nouvelles dissensions, les plébéiens s'élèveraient encore.
Ces dissensions furent infiniment avantageuses , mcu «Tan.
^ i^fl^nx des du-
parce qu'elles entretinrent l'émulation , et firent naître les talens à Tenvi dans les deux ordres : les uns ne voulant pas perdre les magistratures, et les autres les voulant obtenir. C'est une fermentation qui produisit continuellement d'excellens citoyens , et qui rendit les Romains toujours plus redoutables. ' .
Les effets les plus funestes naissent des mêmes causes , comme les plus avantageux: il suffît seulement que les circonstances viennent à changer. Les dissensions ne furent point sanglantes, tant que le sénat put suspendre les entreprises des tribuns , en leur cédant de nouveaux honneurs. C'est ce qu'on remarque pendant plus de deux siècles. Les grandes et longues guerres qui. survinrent ensuite permirent à la république d^être assez
tranquille au-dedans. Après la ruine de Numance, les troubles recommencèrent.
commemies Lcs tribuns s'étaîent ouvert et frayé un che-
^1;^"?iîîdî!il raî'^ ai« dignités : ils n'avaient plus rien à désira «aarc. e. ^ ^^ égard. Lcur inquiétude désormais ne* pouvait donc avoir pour cause que l'ambition de devenir les tyrans de la patrie , ou le dessein de soulager les pauvres, en réduisant les riches dans les bornes prescrites par les lois agraires. Il est évident que ces deux projets devaient également diviser les citoyens en diJBférens partis, et les armer, soit pour conserver leurs biens, soit pour défendre leur liberté. Ce n'était plus le temps de ces dissensions, que \^ sénat apaisait par le sacrifice de quelques magistratures. Les factions commençaient, et le sang devait couler. Le sénsdt arma le premier ; et, dès qu'il eut donné l'exemple de la violence, les tribuns, à la tête du peuple, ne furent plus que des factieux. Alors le gouvei^ nement ne fiit ni aristocratique, ni démocratique ; ce fut une anarchie.
Cette anarchie Dans cc désordrc , les esprits se disposent peu
prépare les ci- ^ > i . i • i» a
toyen. à plier a ocu a Duer sous le loue d un maître : on com-
souslejougd on r i J ^o
maître. mencc à dire que la répubUqne a besoin d'un
chef; et les citoyens courageux luttent vainement pour défendre la liberté expirante; en croyant sauver la république, ils la plongent dans de nouveaux malheurs. Cependant les fstC'
INCIENNE. 4^7
rions qui se formaient dans Rome ne pouvaient produire que des tyrans passagers : c'est la grandeur de l'empire qui devait enfin assujettir ie% Romains pour toujours. * En effet là grandeur de Fempire occasionait combien lesde.
O J sordres qui s in>
dans les comices un désordre favorable aux ci- îestoS/dT
' . ^ ,•! viennent favora-
toyens qui aspiraient à la tyrannie. G est te qu il ^';;fj|j^;|J°y"» faut expliquer.
Au commencement de la répuUqbe , les tribus et les centuries pouvaient s'assembler falfcUement , parce que le territoire de Rome était fort borné. ^ Mais, lorsqu'après la prise de Véies les tribus se multiplièrent , et que plusieurs «e trouvèrent éloi* gnées de Rome, il ne fiit plus facile à tous lés citoyens de se trouver aux comices. On a lieu de présumer que, parmi ceux qui n'étaient pas à portée de s'y rendre, plusieurs n'y vena^nt qu'autant qu'ils y étaient appelés par des intérêts particuliers, et que par conséquent ils ne conservaient pas le même amour de la patrie , ou que même ils s'accoutumaient insensiblement à la façon de penser des peuples dont ils étaient voisins* ;
Cet inconvénient fut encore plus sensible lorsqu'on eut donné le droit de cité à tous les peuples d'Italie, Tant de citoyens ne pouvaient se rassembler à Rome, et cependant il n'y en venait que trop encore. Comme ils y arrivaient avec des vues difEérentes, ils se divisaient, ils for- \
4i8 HisTonus
maient des partis, et la république était sacrifiée.
Pour diminuer l'influeiK^ des nouveaux citoyens , qui, par leur nombre, se seraient rendus maîtres des comices, 4e censeur les accumulait dans un petit nombre de tribus, et il avait encore la précaution de les inscrire dans les tribus dont ils étaient le plus éloignés. C'étaient ordinairement les tribus de la ville, ou quelquesunes des tribus rustiques de Servius Tullius.
Alors les anciens citoyens, ne voulant pas être confondus avec les nouveaux dans les mêmes tribus, désirèrent de passer dans les tribus consulaires; et l'usage s'introduisit de les répartir dans différentes tribus, sans avoir égard aux lieux qu'ils habitaient.
Si les tribus avaient continué d'être, comme sous Servius Tullius, une division purement locale, le grand nombre de citoyens qui pouvaient venir aux comices n'aurait pas permis de s'assurer de la tribu à laquelle chacun d'eux appartenait. La chose était encore moins praticable, depuis que les tribus étaient devenues une division politique; car il aurait fallu prendre un à un tous les citoyens qui se présentaient, et consulter les registres. Or c'est une précaution qu'on ne prenait pas, et qu'on ne pouvait pas prendre, surtout dans les derniers temps de la république, où les comices , convoqués à la hâte, se formaient tumultuairement. Ces assemblées n'étaient donc
A.NCIENNE. 4^9
qu'une multitude confuse de gens qui se distribuaient comme ils le jugeaient à propos, et de la manière la plus conforme à leurs vues- Voilà pourquoi on voyait des plébiscites que le peuple ne savait pas avoir faits. Tels soiit les désordres qui se trouvaient dans les comices depuis que la république avait trop multiplié le. nombre de ses citoyens.
Il est facile de juger comment , au milieu de ces désordres, les ambitieux gagnaient les uns, intimidaient les autres, et séduisaient la multitude. Mais c'était toujours à recommencer, parce qu'après avoir exercé les magistratures on redevenait simple particulier , et qu'il fallait briguer de nouveau pour les obtenir une seconde fois. Le temps n'était pas encore arrivé où l'on se servirait du peuple pour avoir des légions, et des légions pour soumettre le peuple.
Il a été un temps où les généraux ne pouvaient syiue«ir<po-
•T O r ' qna on les *m>
pas abuser de leur puissance, parce que les sol- S'utyîiSSr."* dats auxquels ils commandaient étaient autant de citoyens jaloulL de leur liberté, ou du moins à qui le nom de tyran était odieux. On ne pouvait donc pas craindre qu'alors les légions s'armassent pour leur chef contre la république; elles se seraient au contraire soulevées Contre lui, pour peu qu'elles l'eussent soupçonné d'aspirer à la tyrannie. Il n'y aurait eu, par conséquent, que de la témérité dans un pareil projet,
4^ UISTOIBK
et cette seule considération en écartait jusqu'à ridée.
Cependant la république aiu*ait pu être ruinée plus tôt qu'elle ne l'a été. Elle se soutint moins par sa propre constitution que par la force des préjugés. Il y a dans l'esprit de chaque peuple une certaine allure que tout le monde suit long-temps avant que personne pense à porter la vue au delà. Or^ parce que les Romains s'étaient fait une habitude de regarder les magistratures comme le comble de l'ambition, il arriva que ceux qui les avaient obtenues n'imaginaient rien de mieux que de les obtenir encore. Le corps des citoyens pensait ainsi, par haine pour la tyrannie , et cette faconde penser se communiquait par imitation à chaque particulier. Marins n'eût désiré que d'être toujours consul, et Sylla se vit maître de Rome, sans en avoir formé le projet.
Ce fut alors que les ambitieux ouvrirent les yeux, et que les généraux, déjà souverains dans leurs goavernemens, découvrirent que les légions étaient à eux , et qu'ils pouvaient commander dans Rome. Voilà les circonstances où César, qui, un siècle plus tôt , eût été bon républicain , projeta de donner des fers à sa patrie. C'est la tyrannie de SyUa qui lui en fit naitre le dessein, et il en forma le plan avant même d'avoir passé par aucune magi^itrature. Il réussib, et peut-être n'eût-il pas été as^ssiné, si, content de la puis*
sance , il n'eût pas ambitionné de dompter jusqu'à l'imagination des Romains, en s'obstinant pour de vains titres.
Enfin toutes les circonstances se réunissent ^/'Xt^Tu pour la ruine de la république, et Auguste règne, publique. La fin tragique de César %: une leçon pour ce tyran, qui eût continué d'être cruel, s'il n'eût pas craint pour sa vie. Il parut peu redoutable, et ce fut la cause de ses succès. Il dut l'empire à la trop grande confiance du sénat, au désespoir précipité de Cassius et de Brutus, et aux extravagances d'Antoine; Il y a des hommes^ui naissent bien à propos. Auguste, dans tout autre temps, eût été honteusement chassé de sa légion.
Toutes les circonstances étaient pour lui. IM cri de la liberté ne se faisait plus entendre , depuis que les plus fiers républicains étaient ensevelis-sous les ruines de la république. On avait long-temps gémi au milieu des désordres : toutes les familles se ressentaient des guerres qui avaient déchiré l'empire. Si' l'on n'osait demander un maître , on sentait au moins le besoin qu'on avait d'un chef; et la paix semblait devoir tenir lieu de liberté. Auguste, se conformant à cette disposition des esprits, s'ofirit pour chef, et donna la paix.
Ce repos fut un moment déUcieux pour les condu.ied'Aa
. gufltepourassu-
Romains. Trop heureux d être sortis de l'anar^ rer». puissance, chie , ils ne portent point leur vue dans l'avenir, .
ils ne voient que le présent, c'est le sénat qui gouverne avec un prince qui le consulte et qui le respecte. Le peuple s'assemble, c'est lui qui Élit les lois , c'est lui qui nomme aux magistratures. En un mot la république frappe seule les yeux : on ne perce p^nt jusqu'à la puissance cachée qui la dirige, on ne la craint pas. Qu'importe en effet, quand on est heiureux , de savoir si on est libre? C'est ainsi. Monseigneur, qu'ont pens^ tous les peuples. Ils aiment moins la liberté qu'ils ne haïssent la tyrannie*; et, lorsqu'ils se soulèvent, c'est contre les tyrans. Observez donc la conduite d'Auguste : comparez-la avec celle de ses successeurs , et voyez qui vous devez imiter.. • Auguste sut , pour son bonheur et pour celui des Romains, entretenir l'illusion du peuple. Il ramena l'abondance : il afiectâ de donner des ma^ ques de considération aux citoyens qui avaient l'estime publique : il éleva aux magistratures da républicains zélés, et ménagea jusqu'à ceux qu'il fîit obligé d'exclure du sénat : enfin il assura la paix, et il donna des spectacles.
Il refuse le titre odieuxjde dictateur; Il n'accepte c[ue les magistratures qui s'associent avec les idées de liberté. Il refuse c[uelquefois le consulat, poiff ne pas devenir suspect en le rendant perpétuel dans sa personne. Il feint de vouloir se retirer au moment du plus grand enthousiasme. II ne consent à gouverner enoH'e la république que pour
AïrciENNi:. 433
obéir aux désirs du sénat et aux ordres du peuple. Enfin il ne s'engage que pour dix ans ou pour cinq. Par cette conduite, il intéresse tous les citoyens à son sort, et on acciunule insensiblement sur lui toutes les magistratures. Le peuple, ique les malheurs précédens avaient dégoûté d'user de son pouvoir, chérit un joug dont le poids ne se fait pas sentir.
Aumiste n'était que le ministre de la rétaiblique* n Mcoatume
^ , * r ^ le peuple à Tes -
Il n'était que ce qu'avaient été avant lui ces ma- *^*•^•«•• gistrats que le peuple avait jugés plusieurs fois; et son gouvernement fîit modéré ^ psa-ce qu'il parut toujoiu's prendre le peuple poiu: juge. En un mot il voulait n'être, ou du moins ne paraître qu'un administrateur, qui tenait toiis ses pouvoirs du peuple et du sénat, qui leur eh devait compte, et qui ne les avait reçus que pour un temps limité* Cependant cette conduite modérée n'était qu'un effet de sa politique; et l'ordre qu'il avait établi ne forçait pas ses successeurs à se conduire avec la même modération. Cet ordre même ne pouvait subsister, parce qu'il dépendait uniquement de la volonté du souverain : il devait donc dégénérer en despotisme.
De l'anarchie, qui avait étouffé tout amour de liberté, les Romains avaient passé brusquement sons la domination d'un maître qui leur avait fait aimer leur esclavage. Le caractère du peuple avait donc changé tout à coup. Ces âme^, autrefois
fiètes, courageuses, républicaines, s'étaient fait subitement une habitude d'obéir, et toute leur lâcheté devait se montrer aussitôt qu'un tyran oserait les traiter en esclaves. Telle était la disposition des esprits, lorsque Tibère parvint à l'empire.
udes»oii«. Ce prince la connut sans doute, et il ne crair.^!::^ "" gnitpointdes'écarterdupland'Auauste.D'ailleuB il était naturellement trop méfiantpoûr tenir une conduite qui paraissait montrer de la confiance. Il dissimula tant qu'il craignit un concurrent II essaya peu à peu sa puissance. Il s'enhardit enfin, et il régna en despote. Il ne conserva quelque au torité au sénat que pour en foire Tinstrument de sa tyrannie; et il ôta les comices au peuple. Il «»Mtn^ Les progrès du despotisme sont naturellement ct^?r *^ rapides. Cependant un prince aussi inconsidéré que cruel était foit pour les hâter. Tibère faisait au moins accuser ceux qu'il voulait condaniûer, et le sénat les jugeait. Caligula n'eut besoin ni des délateurs ni du sénat. Dans ses insomnies, parc« qu'il ne dormait pas et que les citoyens e* dormaient, il ordonnait de leur pter la vie, et on les égorgeait.
^.iiuMi^n Ce qui ëtait décidé dans le conseil d'Auguste •^''TrS- ^^^^^ ^^ même force que ce qui avait été arrête •*^'"" ' dan^ le sénat. Oaude pouvait user de ce droit; jïiLiis ce vieil enfont, imbécile ,'^ se laissa conduira nu despotisme par ses valets. Il jugea sans con-
seil ; il voulut que ses affranchis jugeassent comme lui, avec la même autorité; et ses procurateurs, répandus dans les provinces, devinrent des espèces de souverains. Il ne fallut que quatre empereurs pour faire passer la puissance du peuple au sénat, du sénat au prince, du prince aux valets. Voilà la route que prit le despotisme , et son dernier terme. '
Néron fit voir combien il est difficile à un dés- soas n^ron ii
ose tout.
pote de lasser la patience d'un peuple corrompu et avili. Gemment ne se serait - il pas enhardi à toutes les indécences et à tous les attentats , puisqu'il était toujours assuré des applaudissemens du peuple, de ceux du sénat, de ceux de Burrhus même, qui applaudissait, malgré lui à la vérité, mais enfin qui applaudissait.
Le luxe, qui avait commencé dans les derniers Avidité qui
•'• . " croît aves le
temps de la république, avait toujours fait des *"»«• progrès; et il devait croître sous des princes diespotes, dont Tintérêt n'est pas de le réprimer. Les besoins qu'il ne cesse de multiplier achèvent l'asservissement des peuples. Néron donna Fexemple, et le luxe fut porté aux derniers excès. Alors il n'y eut plus d'ambition, il n'y eut que de l'avidité. Othon désira l'empire pour réparer une fortune ruinée ; et Vitellius pour assouvir la débauche la plus crapuleuse.
C'est inutilement qu'on amassait des richesses : les profusions du luxe ne permettaient pas de
s'enrichir; et on n'en devenait que plus avide» Cette avidité fut contagieuse. Elle corrompit tous les ordres de l'état, surtout les soldats^ qui étaient trop nécessaires au despote pour ne pas partager avec lui les dépouilles des citoyens. Voilà ce qui ruina la discipline.
çttte tviéiii Pendant la république , on donnait des gratifipiiDt niiitairr. catious aux soldats, mais peu considérables : ce n'était qu'une 'partie du butin fait sur l'ennemi. Dans les guerres des deux triumvirats, on leur en fit de grandes, et on les prit sur les biens des citoyens mêmes. Claude acheta la faveur des gardes prétoriennes. Néron, qui ne se contenta pas de l'acheter une fois, ne cessa de leur faire des largesses. Cétait une nécessité que chaque despote sentît le besoin de les ménager toujours davantage , c'est-à-dire de les corrompre par de plus grandes profusions.
Les gardes prétoriennes pouvaient se contenter des largesses d'un prince qui était reconnu aussitôt qu'elles l'avaient fait. Mais, quand les années disposèrent de l'empire, elles eurent bien plus d'avidité. Obligées de marcher poiu: Tassiurer à leur général, elles regardèrent les richesses de l'Italie et de Rome comme un butin qu'on devait leur livrer, et c'est ce qui acheva de ruiner la discipline. Après la mort de Néron , le défaut de subordination produisit les plus grands désordres. Alors !« .»- L'ordre qui se rétablit sous Vespasien et sous
Titus fit voir que toute la force du gouvernement f,V«iuMCi^! était dans la sagesse du prince; et que les lois, goJAJ^^nu" toujours méprisées sous les tyrans, sont respectées quand le prince les respecte. Mais Titus, les délices des Romains, ne fit que paraître, et , sous la tyrannie de Domitien, tout rentra dans Tavilissement et dans la confusion. Passons au plus beau siècle de l'empire, et nous nous convaincrons de plus en plus que la sagesse du souverain faisait toute la force du gouvernement.
Nerva, Trajan, Adrien, Antonin , Marc-Aurèle, quels priiices ! Monseigneur. Je suis fâché que les vices d'Adrien fassent une tache à ce tableau : je reproche même à Trajan ses conquêtes. Mais Antonin , mais Marc-Aurèle ne laissent rien à désirer. Que sentez - vous quand vous lisez leurs règnes, après avoir vu ceux de Tibère, ceux de Caligula, de Claude, de Néron et de Domitien?
Sotis ces empereurs, le sénat reprend sa considération, les lois sont en vigueur, la discipline rétablit la subordination dans les troupes, les citoyens recouvrent leur liberté, la république renaît, ce sont ses magistrats qui gouvernent, et le despotisme est banni de l'empire. Mais Commode règne , et le bonheur des Romains ne paraît qu'un songe.
C'est en observant la conduite des princes cendei'aMg*
*■ <iae les princ«s
êdairés et vertueux que vous apprendrez. Mon* p,*iSriîr*q2e seigneur, quelle est la puissance légitime d'uH Jîïïdw^q'iiC
les M>ldaU.
438 UISTOIRX
MDi ie« droiif souverain. Marc - Aurèle surtout vous fera voir
àt$ souverains.
quelle en est Téteudue, et quelles en sont les bornes. Bion loin de se juger au-dessus des lois^ il ne se croyait digne de coaunander qu'en donnant l'exemple de l'obéissance; il ne se regardait que comme le ministre de la république, et, au lieu de dire : Tout est à moi, je n'ai rien enpropre^ il disait au sénat: La maison même quefhabiU est à vous. Souvenez - vous donc que rien n'est au prince. Mais la flatterie vous tiendra un autre langage.
Sort df 5 des. Les soldats , qui avaient été contenus , n'en dépotes, qui met- • i i
IλnfiMce*dîw vmrent que plus audacieux sous Commode; et, après que ce monstre eut été égorgé, l'empire fut offert à quiconque voulut être l'esclave des légions, pour devenir le tyran du peuple. Âlofô les attentats qui se multiplient creusent des précipices sous les pieds de ces tyrans. La plupart ne font que passer; et, dans œ désordre, les meilleurs princes périssent par le fer.
Tel est le sort des souverains, lorsque lep?U^ n'est rien à leurs yeux, et qu'ils ne comptent que sur la faveur des sdldats* Cette faveur coûte ch»» et elle coûte tous les jours di^vantage, parce <^ l'avidité croît d'autant plus qu'oat«nte de l'assouvir par de plus grandes largesses. Il vient donc un temps où le despote n'est pas asstez riche. Alors l'état se ruine , et la vie du tyran n'en est pas plus assurée.
Commode fut ta première cause de çe& d^sprdres. Sévère les accrut par le relâchement de la discipline, et Caracalla par les profusions iip^ . menses qu'il fit aux soldats. Il ùxt assassiné ; et , après lui, Macrin, HéUogtd)ale, Alexandre, le^ deux Maximit^, les deux premiers Gordiens^ Afaxime , Balbin , le troisième Gçrd^n^ Philippe, Pécius,J&allus, Émilien, Valérien livré paj: trahvson aux Perses, et Gallien son fijis; celi^i-ci ftit égorgé ^près avoir partagé l'empirea^^ une multiUide de tyrans qui osèrent prendre le titre d' Aur gestes, et qui périrei^t presque tous de mort violente. Si quatre ^ands hommes qui ^ succédèrent, Glmidius, Aurélien, Tacite, Pj^oliHis» parvirept d^r gnes de commander, les trois derniers forent ,qn- CQçe a^p^Qés; çt, ^près eux , Caria et Numérien eurent le même sort.
On ne prévoyait {^ quelle serait la fin de cas Diociétien 01e désordres; car les soldats qjui avaient vendu l'em- Sîel^SîiJirl!"" pire youl,aient toujoiu*s le vendi'e , et le tyran qiji l'achetait les armait bientôt contre lui , parce qu'il avait contracté une d^tte qu'il ne pouvait acquitter. Il s'agissait donc de hnv ôter le pouvoir de vendre l'empirie. ]>ioclétien le leyr, ô'ta. Le plan néanmoins qu'il se fit souffrait, dans l'exécution, de grandes difficultés, et entraînait de grands abus. On n'imagine pas comment il pouvait se ftatter de contenir seç collègues ; et , s'il eut échoué, nous le r^arderions comme le plus imprudent
Comaie0t le âonvernement
des hommes. Mais vingt ans de succès font son éloge , surtout quand on pense au caractère de Maximien-Harcule et à celui de Galère.
C*e8t ici le lieu de considérer comment lesrese Home te corn, softs OU ffouvemement se compliquent et sanah lêîdrît^î^ Missent, à mesure que l'empire s'étend, et que tiinértït et» la coiTuption générale des mœurs en désunit les
mœurs en désa> t o
.Ule.p.r.ie.. particS.
Quand la république commença, la souveraineté se trouvait dans les comices par centuries, et les consuls étaient tout à la fois les magistrats du peuple et les généraux des armées. Ce système simple aurait pu subsister, si les patriciens n'avaient pas abusé de l'autorité. Mais leur avarice souleva les plébéiens, et servit de prétextée l'ambition des tribuns. Il y eut bientôt deux sortes de comices, deux espèces de souverains, et les magistratures se multiplièrent.
Voilà déjà les ressorts qui s embarrassent, et les troubles croissent avec les dissensions. Mais les ennemis, qui pressent de tous côtés, rappro* chent les parties qui tendaient à se désunir, et la république agit au dehors avec toutes ses forces- On prévoit donc qu^elle ne se soutiendra qu'autant que les parties qui se divisent seront contenues par des forces étrangères : mais, psarce cp^ ces forces diminueront à mesure qu'elle s'étendra elle-même , on prévoit encore qu'elle doit enfin se dissoudre. Les dissensions, qui ontétéleprin-
cipe de sa grandeur, seront donc la cause de sa ruiner
En effet, les consuls ne suffisant pas pour gouverner la capitale et les provinces, il fallut créer des proconsuls ; et bientôt après il fallut continuer ces nouveaux magistrats , et leur donner le temps de finir les guerres qu'ils avaient commencées. Or cette nouvelle magistrature devait un jour être fimeste à la république. Les proconsuls ne pouvaient manquer de devenir plus puissans que les consuls mêmes , puisqu'ils avaient toujours une armée, qu*ils étaient plus long-temps en charge, et qu^éloignés de Rome ils étaient plus indépendans.
Cependant les factions, qui continuaient dans la capitale, entraînaient des abus d'autant plus grands , que la puissance des factieux s'était accrue avec celle de la république. Mais , quelque sanglantes qu'elles fussent, ce n'était, encore que des émeutes, où le sénat et le peuple, tour à tour vainqueurs et tyrans, s'attachaient la souveraineté, sans pouvoir se donner un maître. Il fallait donc faire marcher les légions. Elles seules pouvaient réprimer les factieux , commander dans Rome, et de Rome à tout l'empire. Ainsi à l'approche de Sylla, Marins s'enfuit; et Pompée s*enfiiit encore dès qu'il apprit que César avait passé le Rubicon.
Il n'était plus possible de simplifier le gouver-
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nement : l'empire était trop vaste pour être gouverné par un petit nombre de magistrats. Auguste suivit le plan qui se trouvait établi. Il ne fit d'autre changement que de rendre les armées sédentaires, et de faire du corps des soldats un ordre différent de celui des citoyens : par cela seul le gouveraemeut fut plus compliqué. Il eût sans doute ét^ plus simple et plus avantageux pour la liberté que chaque Romain eût continué d'être citoyen et soldat. Mais ce n'était pas l'intérêt du prince; et à la longue, d'ailleurs, ce plan fut devenu impraticable. Ainsi , par la nature des choses et par les vues cachées du souverain, les années étaient autant contre les peuples de l'enapire que contre les ennemis; et, si elles pouvaient défendre les citoyens , elles pouvaient encore plus facilement les faire plier so\is le joug de la tyrannie.
Les entreprises des soldats après Néron, après Commode, et qui, ayant recommencé après Caracalla, ne cessèrent que sous Dioclétien, sont moins un gouvernement qu'une anarchie militaire qui préparait la dissolution de toutes les parties de l'empire. Il n'était plus possible , avec le plan d'Auguste , de corriger des abus si multipliés : c'est ce plan même qui les avait amenés. Ce fut donc une nécessité à Dioclétien de compliquer encore le gouvernement, nop qu'il pit se flatter d'en corriger tous les vices; mais il y
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avait des abus auxquels il fallait apporter un prompt remède , et il les réprima.
C'est toujours une preuve de décadence quand un gouvernement a besoin d'être compliqtié. S'il acquiert de nouvelles forces , il ne les conservera^ pas long-temps, et de nouveaux abus naîtront de la complication même. Il ne serait pas facile d'imaginer ceux qu'entraînaient quatre princes, quatre cours, quatre grandes années, et la mul-; titude d'emplois qvfi ch^^cun de ces souveraine, créaient dans leurs départemens. On vit tous les défauts de ce gouvernement qu^qd Dioclétien ne l'anima plus.
L'empire fut aussitôt divisé^ et les guerres civiles, qui recomnaencéreott, ne finirent que lorsque toutes. les provinces furent réunies sous un seul chef.
Quand un bâtiment tombe en ruine, on l'étaie En change»»
tout» G>n$tan-
con|(ne on peut. Ç'çst prop^emeiiit ce que fit Dio-^ ïninJ^inïmclétien; et on lui doit la justice de n'avpir fait; ^'"* que lés cI^Ki^entens auxquels il pa^t forcé. Il n'en est pas de roême 46 Ckxnstantin. Impatient de tQut changer, il d^^ogea tout aans nécessité. Il {^écipita même ses 4nt|^prise^, et doàan^ à tout ce qu'il fit au^i peu de solidité qu'aux murs de Constaxitinop^e.
Qupiqu'ayaut Cowtantin l'euipii^ tendît à sa, dissoljaibk>n^ il y avt^it ^^lepes^d^Rt encore quqlqu^ Haison entre se$ parties. Le préji^ne permettai|
pas de penser qu'il pût être divisé ; et un général soupçonné de vouloir s'établir souverain dans une seule province eût été abandonné de ses troupes. Ce préjugé subsistait même au temps de Gallien : car alors, quoique chaque Auguste fut cantonné dans un coin de Fempire, aucim d'eux ne renonçait à l'empire entier.
Mais, lorsqu'il y eut deux capitales, il parut y avoir deux empires; et en effet il yen eut bientôt deux : ils eurent des intérêts séparés ; et ils ne furent plus les parties d'un même tout. Il est vrai qu'il resta toujours quelques traces de l'ancien préjugé. On voit que les empereurs se regardaient comme collègues; que d'ordinaire les lois, (quoique faites par un seul , étaient publiées au notn des deux; que, des deux consuls, l'un était élu Occident et l'autre en Orient, et qu'ils avaient besoin d'être reconnus dans les deux empires. Cet usage, qui a Souffert quelques exceptions, prouve le pouvoir du préjugé.
L'empire aurait eu besoin d'un réformateur. Je ne dis pas qu'il fût possible de ramener les mœurs à l'ancienne simplicité : mais au moins pouvaiton les corriger en quelque chose. Constantin n*y pensa pas. Lui qui voulait tout changer, il transporta dans la nouvelle capitale tous les abus de l'ancienne. Il crut qu'il était de la grandeur du souverain d'être entouré d'une populace immense qui ne subsisterait que par ses largesses; et il
ajouta la fierté asiatique au luxe, qu'il fallait réformer.
Dans les temps de la république, les mêmes citoyens , tout à la fois magistrats et généjaux, ren* daient la justice et commandaient les armées. Cet usage subsista sous Auguste et sous plusieiu*s de ses successeurs; et ce fut dans le troisième siècle de l'ère vulgaire que les fonctions militaires et les fonctions civiles commencèrent à être réparties à des citoyens différens. Constantin voulut achever cette révolution, et il l'acheva. Son dessein était de diviser pour s^ffaiblir, et d'affaiblir pour jouir lui - même d'une puissance arbitraire et sans bornes.
Il divisa donc l'empire en quatre préfectures , les préfectures en diocèses, et les diocèses en provinces. Dans chaque préfecture , il mit un préfet du prétoire; dans chaque diocèse, un vicaire du préfçt; et dans chaque province, rni magistrat subordonné au vicaire du diocèse dont elle faisait partie. Tous ces gouverneurs n'étaient que des officiers civils, dont la puissance ne pouvait faire ombrage. Cependant , pour se précautionner contre les préfets du prétoire, dont le nom seul semblait faire peur au souverain, Constantin imagina d'instituer le patriciat, et de mettre cette dignité sans fonctions au-dessus de la préfecture.
Il créa deux maîtres de la miUce, l'un pour l'infanterie, l'autre pour la cavalerie. Ils avaient
rînspection sur les troupes, et c'était à eux de régler tout ce qui concernait la discipline. Mais, pour élever une barrière à leur ambition , il ne leur donna le rang qu'après les consuls, les patrices, les préfets du prétoire, le préfet de Rome et celui de Constantinople. Il y avait encore des généraux qu'on nommait ducs ou comtes, et qui commandaient les troupes d'une province. Ce second titre était alors supérieur au premier, et se joignait à bien des emplois.
Dos qu'une fois il y eut des titres sans fonctions, on les multiplia, parce que le souverain se flattîiit d^amuser lambition par de vains honneurs. i>w \il i\ts jper/èciissùniy des egregii, des ctaris- >:^i^ tk^ speciahi/es, des illustres ei des nobûisiir/^i^ ihï ne se saluait plus qu'en se donnant de Texeellence, de la révérence, de la magnificence, de la grandeur, de Téminence , de la sublimité, etc. Cette politesse barbare se répandait à mesure que le mérite devenait plus rare.
Gallien avait exclus des armées les sénateurs romains : Dioclétien leur avait enlevé les provinces dont ils avaient le gouvernement depuis Auguste. Enfin, humiliés sous chaque despote, ils venaient d'achever de perdre toute leur considération par le transport du siège de l'empire k Constantinople. Ils devaient encore se voir insensiblement enlever toutes les dignités. Constantin leur préférait les Barbares , dont il croyait
n'avoir rien à redouter. Il se trompa , parce qu'on se trompe toujours quand on veut établir le despotisme. Depuis cet empereur, dont la famille nombreuse fut bientôt exterminée, l'empire se précipita vçrs sa ruine; et il est évident que ce fut l'effet d'une politique qui changea tout , qui ne réforïna rien, et qui fut une source de nouveaux abus.
Je ne m'arrêterai pas sur les successeurs de suriafina.
l'empire, l'igno-
Constantin. Les longs règnes des princes faibles, îôïiMie.Tdée"1 lorsque l'empire avait le plus besoin d'un chef, n'offrent que des désordreà qu'il suffit d'avoir parcourus, t/ignorance, qui fit des progrès rapides, confondait toutes les idées. On ne savait plus ce qui donnait des droits à l'empire , et nous avons vu des femmes en disposer, parce qu'elles portaient le titre d'Auguste. Ce n'est pas la seule erreur où Ton tomba.
L'an de l'ère vulgaire 4^7, Léon reçut le diadème des mains d'Anatole , patriarche de Constantinople. Il est évident que cette cérémonie pieuse, qui se faisait pour la première fois, supposait l'empereur déjà fait, et ne donnait point / au patriarche le droit de s'opposer, ni de concourir à l'élection. Cependant, en 491 > Anastase, successeur de Zenon, ayant été proclamé par le sénat et par l'armée , Éuphème , alors patriarche de Constantinople , ne consentit à lui donner le diadème qu'après que l'empereur, qu'il soupçon-
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nait d'être eutychéen, eut signé une profession de foi, et eut promis de protéger les décrets du concile de Chalcédoine. Cette prétention ne parut pas même extraordinaire; car le sénat, qui pouvait aller en avant, ne l'osa. Au contraire, il ne négligea rien pour engager le patriarche à lever son opposition. Oy, si on pensait déjà qu'im hérétique ne peut pas être élevé à l'empire , pourquoi ne penserait-on pas un jour qu'un empereur hérétique peut être déposé?
Total ««court TcUe cst k confusion qu'il y avait dans le gour«nipi«.'"* * vernement et dans les idées , lorsque les peuples du Nord, qui depuis long-temps se contentaient de piller les frontières, furent poussés par les Huns, et que, forcés de chercher de nouvelles terres, ils s'établirent de gré ou de force dans les provinces romaines, et subjuguèrent enfin l'empire d'Occident. Comme toutes les circonstances s'étaient réunies pour l'agrandissement des Romains, elles se réunirent aussi pour leur ruine; et les disputes de religion, et les guerres civiles, et la corruption des mœurs, et la perte de la discipline militaire, et les vices du gouvernement, et la multitude des ennemis.