‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 93 sur 131 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Observations sur la manière dont on accorde, en genre et en nombre , les adjettifs avec les substantifs.

Nous venons de dire , Monseigneur, qu'un adjectif doit être au même genre et au même nombre que le substantif qu'il modifie. Cette règle donne lieu à quelques observations.

Quand deux substantifs ont une signification Adjectif <îu'oa

*-' ^ met au singu-

fort approchante, on emploie volontiers l'adjectif le"r'app"orif à

I • ^ -o r 1 • T 1 dftux subslan-

au singulier : une force et une jermete admirable , ùu. une politesse et une cordialité affectée.

Il y a au contraire des occasions où l'adjectif Adjectif quon

«/ J met au pluriel,

se met au pluriel , quoique le substantif, qu'il ^aTse^dèloirsë paraîtrait devoir modifier, soit au singulier. On subsiamif sindit, la plupart des hommes sont ignorans , et on parlerait mal , si l'on disait, la plupart des hommes est ignorante.

La raison de cette façon de parler vient de ce que la plupart des hommes étant la même chose que les hommes pour la plupart , nous rapportons

l'adjectif ignorans au pluriel hommes dont nous' sommes préoccupés , et nous oublions que le sujet de la proposition est un substantif singulier et féminin.

Les adjectifs LoFsqu'un adjcctif modifie des substantifs de

n ont point de ■*■ ^

Su'iîr^e 'rTpI différens genres, il ne change ordinairement sa

portent à des

'ëarlTdlIfércnr t^ï'^^iï^^isou quc pour prcudrc le pluriel : cet homme et cette femme sont prudens. Si on à\\. priidens et non pas prudentes , ce n'est pas , comme le pensent les grammairiens, parce que le masculin est plus noble. Mais puisqu'il n'y a pas plus de raison pour faire l'adjectif masculin que pour le faire féminin, il est naturel qu'on lui laisse sa première forme, qui se trouve celle qu'il a plu (X'êi^^^QT genre masculin.

Une preuve que là noblesse du genre n'est point une raison, c'est que l'adjectif se met toujours au féminin , lorsque, de plusieurs substantifs , celui qui le précède immédiatement est de ce genre. On dit : il a les pieds et la tête nue , et non pas nus : il parle ai^ec un goût et une noblesse charmante^ et non pas charmans. L'adjectif dégénère-t-il ici de sa noblesse , en prenant le ^enre féminin?

Je dis donc que par l'habitude où nous sommes d'accorder en genre et en nombre l'adjectif avec le substantif , nous serions choqués de lire tête nus , noblesse charmans. C'est pourquoi nous disons nue et charmante au singulier et au féminin^

idée qui n'a nom.

quoique ces adjectifs se rapportent à deux substantifs de genre différent^ Si nous n'avions pas cette raison pour leur donner la terminaison féminine, nous les laisserions dans leur première forme. En effet, on dit , mes pieds et ma tête sont ^ nus , et non pas nue; parce que dans cette phrase, tête et nus étant séparés l'un de l'autre, on ne pense plus à leur genre , et on se borne à mettre ^

l'adjectif au pluriel.

Souvent le substantif n'est point énoncé, comme iisn'ontpoiot

' de genre, lors-

VOUS le voyez dans cette phrase , il est dangereux, '^nLi\ "Se employé pour il j a du danger : car dangereux est point 3e un adjectif, et nous prouverons que // en est un autre.

Quand je dis donc il est dangereux , je sens qu'il y a quelque chose de sous-entendu : c'est une idée à laquelle je ne puis donner aucun nom, et qui cependant est modifiée par les adjectifs il et dangereux. Or puisque nous nous sommes fait une habitude de ne donner des genres qu'aux noms, cette idée, qui n'a point de nom , n'a donc point de genre , et par conséquent il et dangereux n'en ont pas davantage. J'établirai donc pour règle, que les adjectifs n'ont point de genre, lorsqu'ils se rapportent à une idée plutôt qu'à un nom. En effet, pourquoi juger qu'ils sont alors au masculin ? N'est-il pas plus exact de ne voir ici que leur première forme, qui, n'étant par ellemême d'aucun genre , ne devient masculine que

par Opposition à une autre forme que nous pouvons leur faire prendre , et que nous nommons féminine.

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