‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 92 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des genres.

Genre vient de f^enerare , qui signifie engendrer; Étymoiogie

^ A o O j„ n,(,i genre.

et quand on a dit qu'une chose est d'un genre , on a voulu dire qu'elle a été engendrée dans une certaine classe. Il y a deux genres, le masculin et le féminin.

C'est la distinction des deux sexes qui a été ^ Fondement

T. de ladisliDction

le premier motif de la distinction des choses en deux "genrV^.'" deux genres ; et pour marquer cette différence jusque dans les noms , on leur a donné des terminaisons différentes, suivant la différence des sexes , telles que lion lionne ^ chien chienne. En conséquence on a dit : les noms , ainsi que les sexes , sont de deux genres.

Si, en parlant des animaux, la différence du masculin et du féminin a son fondement dans la différence des sexes, on serait souvent fondé à distinguer les noms des plantes en deux genres; car les naturalistes ont remarqué qu'il y a dés plantes mâle/et des plantes femelles. Mais l'usage est 5trop ignorant de ces choses pour y i^voir égard .

On a même souvent oublie tout- à -fait ce qui commemon

TL a souvent onahe

avait donné lieu à la distinction des deux genres , fomiemenri la

dlu'r'!nre.'!" ^' ^^ ^ clislnbué des noms masculins et des noms^ féminins , sans faire aucune attention au sexe des animaux. Par-là un mot d'un seul genre a servi à distinguer tous les individus d'une espèce, tant mâles que femelles : tels sont perdrix , lïes^re^ carpe, brochet,

La raison de cet usage, c'est que les hommes n'observent qu'autant qu'ils ont besoin d'observer. N'ayant donc pas senti la nécessité de distinguer toujours les animaux par le sexe , ils n'ont pas imaginé d'avoir toujours deux noms différens, Tun pour les mâles , l'autre pour les femelles. deux"VîîîrsMrt Cependant la distinction des genres étant une p!,*r ia\'. ™'aî- fois établie, on l'a étendue à tous les noms. K^^ques-uns avaient été termmés différemment, suivant la différence des sexes. C'en fut assez pour voir le masculin dans certaines terminaisons , et le féminin dans d'autres.

Mais une règle si peu fondée ne pouvait pas être constante. Aussi un mot a souvent été d'un genre , quand, par la terminaison , il aurait dû être d'un autre; quelques-uns ont été des deux; enfin il y a des langues qui ont un genre neutre pour les mots qu'on ne trouve ni masculins ni féminins , parce qu'ils ont une terminaison particulière. Terminaison La terminaisou masculine dans les noms est

masculine ,ter-

m.w.on fémi- ^^jjg ^j^vjg Q^j ^^^ ^^^^ Iç^jj, formation. Si nous vou Ions les rendre féminins , nous changeons cette terminaison en y ajoutant un e muet; et comme

nous avons dit au masculin un lion, un chat, nous disons au féminin, une lionne, une chatte.

En général , les noms substantifs ne sont que , ifs noms

o ' J- suLsianlits ne

d'un genre , et par conséquent ils conservent qu"e*d'uu genrel toujours la même terminaison. Homme, arbre , esprit, sont masculins épiante, connaissance, vertu, sont féminins ; on peut seulement ajouter à ces noms la marque du pluriel.

Quoique cette rè^^le soit générale, elle souffre Queiques-un5

^ ^ ^ . sont del deux.

quelques exceptions : amour, qui est masculin au singulier, est quelquefois féminin au pluriel, de folles amours; on dit au masculin, un comté, un duché; et au féminin, une comté pairie , une duché pairie. On dit encore de bonnes gens et des gens malheureux; par où vous voyez que le substantif gens est féminin lorsqu'il est précédé d'un adjectif, et qu'il est masculin lorsqu'il en est suivi.

Si la plupart des substantifs sont toujours de lesadjecufs

' ' "^ sont toujours

l'un et de l'autre genre , les adjectifs au contraire ^es deux genres. peuvent toujours être des deux , et on leur donne l'un ou l'autre, suivant le genre des substantifs auxquels on les joint : un lion furieux , une lionne furieuse. Par ce moyen on indique plus sensiblement le substantif que l'adjectif modifie.

Lesadjectifsterminésau masculin par un 6 muet. Marque du

* genre féminin

ne changent point leur terminaison au féminin: \^^' ''* ^"^i"" sage , aimable , honnête, sont des deux genres.

Dans tout autre cas , ils prennent un e muet à leur terminaison : charmant charmante, grand

grande, poli polie. Cette règle est générale pour

les adjectifs comme pour les substantifs.

«,.Wm«'rnûê Cependant la terminaison féminine offre quel-

na^onfîmiZi" quefois de plus grandes altérations. Par exemple,

les substantifs , parleur^ chanteur, demandeur, dé-

Jendeur, acteur, protecteur, fils, roi, font au féminin,

parleuse , chanteuse , demanderesse , défenderesse ,

actrice , protectrice, fille , reine.

On remarque également de grandes variétés dans la terminaison féminine des adjectifs. Quelquefois on redouble la consonne finale , bon bonne, cruel cruelle , gras grasse, gros grosse. On àitfijl folle, mol molle, vieil vieille , bel belle, noui^el nouvelle , terminaison qui paraît encore plus altérée lorsqu'on la compare au masculin , fiou , mou , vieux , beau, nouveau. C'est ainsi qu'on prononce ces adjectifs quand ils précèdent un substantif qui commence par une consonne.

Dans les adjectifs terminés en eux ou en oux ,

on change \x final en se : heureux heureuse , jaloux

jalouse. Quant aux plus grandes variations , comme

l'usage doit vous les apprendre , je me bornerai à

vous les faire remarquer dans quelques exemples :

blanc blanche, turc turque, brefbre^^e, long longue,

favori fai^orite , doux douce , faux fausse , bénin

bénigne.

j Desavantages Quoiquc Ics gcnres aient l'avantage de prévenir

souvent les équivoques , il faut convenir , avec

M. Duclos , qu'ils ont l'inconvénient de mettre

trop d'uniformité dans la terminaison des adjectifs , d'augmenter le nombre de nos e muets , et de rendre notre langue difficile à apprendre, La langue anglaise n'a point de genre pour les noms; elle est en cela plus simple que la nôtre.

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