‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 23 sur 57 · SEPTIÈME EXEMPLE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME EXEMPLE

Tiré d'un ouvrage qui a pour titre : de la Prémotion phy- f sique , ou de faction de Dieu sur les créatures*

Ce n'est pas assez d'avoir recours à la matière pour se 'faire une idée de l'esprit, ou à l'esprit pour se faire une idée de la matière. Cela pouvait suffire à Mallebranche et à Leibnitz; mais voici un philosophe qui se met plus à son ais|. Dans là vue de rendre raison de l'origine et de la gé- • nération de nos connaissances et de nos amouts^ il étabUt trois principes. Par le premier, il prétend .que toutes nos connaissances et tous no^ amours sont autant d'êtres distincts. Par le se-

cond, il veut que nous il'acqaéiiîon& de nouvelles connaissances,^ et (pie nous nè fi^rmiohs d<^ nouveaux amours, qu^autant. que !Dteu eU: crée Têtre pour l'ajouter, à celui de notre âme; et par T« troisième ( imaginé afin de maintenir l'activité de l'âme, que les deux autres paraissent détmire), il tâche de him voir que Dieu, èa créant de nouveaux êtres de connaissance ou d'amour, se sert du piîcmièr être de notre âme pour te ÙLwe concourir à cette création^

Je ne suivrai pas obs principes dans toutes leurs conséquences; j'examinerai seulement s'ils n'ont pas les défauts ordinaires à tous Tes principes abstraits. L'auteur raisonne ainsi pour établir le preinier.

La matière, dit^Hi, acquiert de nouvelles modalités, sans acquérir de nouveaux degrés d'être. Cette boule de cire devient, entre mes doigts, triangulaire ou carrée. Mais ces figures ne -sont "pas des êtres différas des parties: de la cire, eHes mten sont que les parties disposées di£férèmm^« La variété se trouve donc uniquement dans la situation des parties, et le& êtarcs sont toujours les méi^s et ea égal nombre.

Mais je ne dois pas raisonner de même de mon âiûie. Elle est simple, elle n!a poim: de parties. Ge n-'est donc pas le différent arrangement êSes^ par^ lies qui fait ses modalités et ses^ àctioœ.dififiérentes, comme il fak les ditférentes Modalités du corp^ .

GQOgle

Il îamt par^coaséquart que .le& modalités^de l*àme soient diiSérens degrés d'être, c'èstrà^dirë que Dieu 9 qui ne la conserve que parce. qu'il la crée à'diaque .instant, la produit, tantpt avec certain dégyé d'être-, tantôt avec un autre i et que, lors^ que sans dépouiller l'âme de ce qu'elle avait, ib liu ajoute de nouvelles modalités, oe sont nouveaux degrés d'être qu'il lui ajoute^

Quand on passe, dit encore cçt écrivain , d'u»€^ moindre connaissance à une . connaîasance pliis^ étendue, de l'indiflBérençe à l'ambur, de. la douleur, au plaisir, l'Âme. ne demeure pas la même; elle ne passe pas du néant au néant, soU; chwr gement est réel. Cependant^ puisqu'elle est simple, elle ne peut réellépaent changer qu'autant qu'elle reçoit quelque, degré d'être nouveau , ou qu'elle? p§t4 quelque degré d'être ancien ; cap je n^>CQn' cois, ajoute-t-il, des modalités réellement 4if£é^ rentes dans un même être , q^'ep deux manièi:es: l'une,. par le différent arrangement des. parties 9.: ce qui ne convient qu'à la matière; l'autre, paiî des degrés d'être ajoutés ou rf^trAwhés, ce^ qiai jioit convenir k l*âme.

C'est de ces raisons, étepdues plus ou in9M3iS^> que cet auteur a conclu que toutes nos connais-^ S4nces, tous nos aipours, tous nos degrés^ de.qQli"- ' u^issanioe, tous^nos degrés d'amour sont autant d'être& pu de d/egrés d'é4Te, ce dont il se sejrt comme cl'un principe incontestable.

1 5a TRAITÉ

Quand je suis bien rempli de ce système , je me fais un vrai plaisir d'ouvrir, de fermer et de rpuvrir sans cesse les yeux. D'un clin d'œil, je produis, j'anéantis, et je reproduis des êtres sans nombre. Il semble encore qu'à tout ce que j'entends, je sente grossir mon être : si j'apprends", par exemple, que dans une bataille il est resté dix mille hommes sur la place, dans le moment mon âme augmente de dix mille degrés d'êtres, un pour chaque homme tué. Si elle n'augmentait que de neuf mille neuf cent qutitre-vkigt-dîx-neuf degrés, je ne saurais pas que le dix millième a' péri; car la connaissance de la mort de ce dix millième n'est pas un néant un rien , une chi^ TnèrCj c'est un être^ une réalité^ un degré d'être; tant il est vrai que dans ce système mon âme fait son profit de tout. Il y a là bien de la philosophie. '

C'est grand dommage que ce système soit inintelligible ; c'est dommage que Tauteur ne puisse donner aucune idée de ces êtres qu'il fait si fort valoir, et qu'il multiplie avec tant de prodigalité. Comprenons -nous qu'à chaque instant de non-* veaux êtres soient ajoutés à nôtre substance, et ne fassent avec elle qu'un seul être indivisible? Comprenons-nous qu'on puisse retrancher quelque chose d'une substance qui n'est pas composée, ou qu'on lui puisse ^ajouter quelque chose sans qu'elle perde de sa simplicité? Je ne conçois pas.

P£S SYSTÈMES. l53

direz-Yousy que la chose puisse se feire autrement. Je ïe Veux : mais concevez vous qu'elle puisse se feire comme vous le. dit es? Ayez- vous .quelque idée de ces entités ajoiitées à Famé, qui, sans lui ôter sa« simplicité 9 l'augmenteraient des million» de fois? Non sans doute. 11 vaudrait donc autant laisser la question sans la résoudre que de le faire ' d'une façon où nous ne Comprenons rien ni l'un ni l'autre.

Mais passons au second principe. L'auteur va prouver que c'est Dieu qui crée tous les êtres dont notre âme peut augmenter à chaque instant.

On ne donne point, dit-il, ce qu'on n'a points ni par conséquent plus qu'on n'a; ou, pour le rendre autrement, ai^ec le moins on ne fait pas le plûs. De là iL infère qu'une intelligence créée n'augmentera* jamais toute seule son être; que " n'ayant, par exemple, que quatre degré» d'être dans le moment A, elle ne s'en donnera pas un cinquième dans le moment B : car elle se donnerait ce qu'elle n'a point, elle donnerait plus qu'elle ^n'a ; avec lé moins elle ferait le plus* Si elle n'a donc, dans le moment A» que la puissance de connaître et 4'aimer, elle ne formera pas toute seule,'dans le moment un acte de /connaissance ou d'amour^ puisque par la supposition, cet acte ^t un être qu'elle n'a pas.

L*auteur entend et retourne, cq raisonnement de mille -manières difjËérentes; et il lui applique

i54 TKAITÈ

encore cet autre prineipe qulurm amse doUcQ^i' tenir son effeL Or un esprit qui pas une cotinaissance ne la. contient ^as ; dûnc il ne se bt donnera pas tout. seuL Si, par exemple, il n'a qu'une connaissance, il ne £era jamais toiit seail un jugement ni un raisonnement; car, pour. un jugement, «il faut; deux connaissances, et. tiross pour un raisonnement. Or un ne contient pas deux, il ne contient pas t£ois« Un esptit«qui D*a qu'une connaissante ne s'en donnera doi^ pas tout seul une seconde ni une troisième..

Cet écrivain raisonne de4ajnéme manière sur le» difjSérensi amours qui naissent dans le cœur humain^ et conclut que Famt n'acquiert une connaisAance^ et ne £oraie un acte d'amour que quand Dieu crée l'être de l'un et de l'autre et l'a-* joute, à sa, substance.

lua première fois que je fis l'extrait de ce sysr tème, j'appliquais, sans m'en aperçeyoir,àla puis^ sance, ce que son. auteur ne dit q}ie de l'acte, et je concluais que l'âme ne petit pas se donner un acte de connaissance ou d'amour. Je ne sus par quelle distraction cette méprise m!était échappée, car jot i^yais* avok* lu ce système s^yec attenticvou Je travaillai à un nouvel extrait, mais je remarq^i qu^il fallait me tenir suit mes. gardesg pour ne pas retomber daitsJii même faute. J'en cfierclm^ la cause et je crus découvrir, lorsqu'eniuepjemoX s«ur les primsipes^, il»me pasut aussi naturel

DES ST&XtelES. l55

d'6B. insérer que Fâmem pofiiiTaît m donner une connaissante ni un amour, qUe d'en conelure seulement qu'elle œsedcmnerait ni l'un:ni l'autre. Si^ difi^-je, on ne donne pas* œ qu'on n'a pas, si on ne donne pas plus qu'on n!a , si avec le moins •n ne &it pas le plus, si ifne cause doit contenir son elfet; donc l'âme qui n'a pas une telle connaissance ni un tel ^monr, qui a moins que celte connaissance et que cet amour, qui ne contient ni cette connaissance ni cet.amomr, ne pourra se donner ni l'un ni l'autre .Si eesprinoipessontTPGtis, on donné point ce qu^on^n'apoirUj on ne donne pas plus qu'on n\a^ uvec le moins on ne fait pas le plus : ceu&.-ci ne le pàrabsent pa^ moins, on ne peut pas donner ce qu-on n'apas^on ne peut pas donner plus qu^on n'a , okcc le moins on ne peut pas /aire le plus ; d'où ceirtainement on peut conclure que Tàme ne pourra pa&^ donner \<ne oonnaisaance ni un amour qu'ellen'a point encore.

Je contient e|;. je disais : JNon*seulement l'âme ne se donnera toute seule ni l'un ni l'autre, elle ne se les donsierar pas même avec le secours: de Dteu, elle ne concourra pas à leur production. Pour concourir, il ne suffît pas qu'elle produise en partie l'acte de connaissance ou celui d'amour, il£iutqu^elle le produise en entier, jet qu'elle soit cause t<itale ainsi que. Dieu? Mais, s» on ne donne point ce qu'on n'a point, comment conooiirra^ton à donner en entier ce qu'on nîa point? Si on

i56 trIité

ne donne pas plus qu'on n'a, si avec le moins on ne fait pas le plus, comment concourra-t-on à* donner en entier ce -qu'on n'a qu'en partie? J'eus recours à l'auteur parce que dans la Vue d'accorder son système avec l'activité de l'âme, il tâche plusieurs fois de satisfaire à cette difficulté. Il va donc entreprendre de prouver que Dieu, en créant en nous un nouvel être de connaissance ou d'amour, se sert des degrés d'être qu'il trouve dans notre âme, et les fait concourir k cette production. C'esfr son troisième principe.

« On conçoit, dit-il % sans beaucoup de peine « que Diea opérant dans l'âme tout ce qu'elle a a d'être,de connaissance ou d'amour, met en oeuvre « les degrés d'être qui y sont déjà, et fait en sorte « qu'un de ces degrés influe réellement dans la «production d'un autre; qu'une ancienne con- « -naissance influe dans la production d'ûne nou- « velle; que les degrés qui étaient déjà dans l'âme, « coopèrent et contribuent avec ce 'qite Dieu y « ajoute pour former une nouvelle action ; qu'en « un mot. Dieu donnant à l'âme tout ce qu'elle a « de réalité, il fasse néanmoins que sés actions « soient réellement , physiquement , immédiatece xnerït produites par l'âme même. »

Il tâche encore d'expliquer la chose de la manière suivante : «Dieu, dit- il, tire du fond de

' Tom. I , pag. 19 et a5.

DES STSTi^MES. ïSj

« notre âme un nouveau degré de connaissance, « qui s'unit» qui s'incorpore avec l'ancien, qui le « développe, qui le dilate. Car, ce qui est fort à « remarquer, ce nouveau degré n'est que le déve- « loppement de l'ancien. Mais, ce qui fournit ce «nouveau degré, c'est l'attention actuelle et la « connaissance réfléchie , qui par-là coopèrent et « contribuent à cette connaissance nouvelle.

<c La même chose,. continuc-t-il, se doit dire de « J'amour. Lorsque nous aimens un bien comme « notre fin, et qu'il s'agit d'augmeilter cet amour, « les anciens degrés d'amour contribuent à former « le plus^ grand amour. C'est l'amour réfléchi, je « veux dire, la volonté d'aimer, ou l'amour de l'a- « mour, qui fournit et qui fait usage de ces anciens « degr^9. »

Il apporte pour exemple l'amout de DieU ^ ,,et îl fait remarquer qu'avait de le former, nous trouvons efl nous l'idée de l'être infiniment parfait, et qu'en aimant les créatures mêmes, nous aimons plusieurs des perfections de la divinité. Nous voudrions, dit -il, posséder les créatures véritablement, éternellement, immuablement, infiniment. Nous aimons donc la vérité, l'éternité, l'immutabilité, l'infinité; et il ne nous manque plus qu'à aimer les autres perfections dp Dieu, telles que sa justice et sa sainteté. î)r, pour

' Tom. II , pag. 196.

l58 TRiJTi

nous <loiiner ces derhicrs amours, Dieu ne détruit pas les premiers qui sont bons en quàUté d'êtres. 11 s'en sert au contraire, aussi bien que de ridée de rétre infiniment parÉait, et îl produit par eux et par cette idée ce qui manque 'k ces amours pour devenir Famoùr de Dieu,

Enfin il cherche une dernière solution à cette difficulté dans Pidée de l'être infinîmerit parfait. 11 croit qu'il suffit de considérer cette idée, pour apercevoir comment nos premières connaissances influent dans les dernières. « Puisque nous con- « 'naissons, dit-il', le fini par l'infini, toutes <K nos connaissances se réunissent dâns celles de «Têtre des êtres. Ainsi, quand Dieu lious donne « une nouvelle connaissance, il ne la -place pafe « dans l'âme , comme détachée et indépendante « de cette idée primitive ; 'il la tire de cette conte naissance foncière ; il fait que cette idée innée « «'^end , se développe et s'augmenfe ; et il fait, « par ce moyen, que Tâme est une causé vérité table, réelle et efficiente. »

•Ces réponses me donnèrent une nouvelle maiière à réflexions. Oui, dis- je, je conçois sans beaucoup de peine qu'une connaissance et ton amour peuvent contribuer, et contribuent én eflfet à une autre connai^ance et à un autre amour : mais ce n'est que lorsqué je consufteTéx-

* Tom. ii,pag. i36.

périenoe , (pli me le rend tous les jours sensible* Au contraire, (plans vos principes la chose me paraît tout-à*-feit incon€ev2d>le.

Mon âme ( je le suppose avec vous ) n'a qtte quatre degi^és d'être dans le moment A ; il s'agît qu'elle en ait finq dans le moment B, Or elle n'a point ce cinquième degré ; aucun des quatre premiers ne le contient : donc, ni elle ni les quatre premiers degrés ne folmeront-le cinquième, si Dieu ne le produit lui-même ^- 'vous en convenez. Mais j'ajoute que Dieu , en le créant, ne fera pas qu'elle se le donpe, ou qu'elle concoure à sa production"; car Dieu emploierait inutilement sa toiitè-piîissance pour me^faire donner ce que je n'ai pas. Dieu tié sautait *féire qù^m principe vrai dejneime fmx; ce qutpourtajit arriverait s^il dépendait de lui que l'âme se donnât ce qu'elle ri^a pas , ou plus qu'elle n^a.

Plus -je repasse vos parole»^ plus je trouve de difiBcultés. Di^Uy dites-vous, mef 'en oeuvre les premiers degrés d'être qui sont déjà dans tàme* "Ne crôirait-on pas, à ce langage', qu'il li'y a que lui qui agisse et que les premiets êtres sont eiih*e les miains de Dieu comme quelque chose de purement passif, comme l'argile entre les mains du potier. Vous ajoutez qm Dieu fait en sorte que les degrés qui étaient anciennement dans Vâme^ coopèrent eV contribuent avec ce que Dieu y ajoute y "pûttt former une nxnivelle action. Je

.l6o TRAITÉ

découvre là trois choses: la coopération des anciens degrés d'être; 2® pe que Dieu ajoute; 3*^ l'action qui en résulte. Par-là il paraît que ce ne sont plus ici deux causes /dont l'une est subordonnée à l'autre, et qui produisent chacune en entiet la même et unique action : ce sont deux causes parallèles, qui en font chacune une partie; car la coopération des anciens degrés, et ce que Dieu ajoute, soîll: deux.choses fort distinctes. Or, ou la coopération des anciens degrés produit quelque chose ou non. Mais que produirait-elle ? Ce n'est pas ce que Dieu ajoute; Dieu peut seul en être la cause. Sera-ce quelque autre être? Voilà donc quelque chose qui appartient à la ctéature et qji'elle produit toute seulç. Ne produira-t-elle rien? Elle ne fait donc rien? elle n*a point de part à l'action.

Ou bien encore les anciens degr^ contiennentils en entier l'être de l'action ? Leur opération le produira donc toute seule ? et il est inutile que Dieu y ajoute du sien. Ne le contiennent-ils pas en entier? Leur opération ne le produira donc pas en entier, même avec le secours de Dieu ?

Mais bien plus, qu'est-ce que Dieu ajoute, et qui est si distingué de la coopération des anciens . degrés? Est-ce la nouvelle action , en est-ce l'être? En ce cas, le sens de votre phrase (si même elle en a), est au moins fort embarrassé , et voici comment il faudra la rendre : Dieu fait sorte que

MS SYSTÈMES. l6l

les anciens degrés d'être coopèrent avec la nou^ i^elle action quHl ajoute lui^même^ pour former cette même action. Ajouter une action avant de la former, voilà ce que je n'eiitends pas/ Si elle est ajoutée, elle est formée, et la coopération des anciens degrés deviént inutile à sa production.

Enfin, ce que Dieu ajoute, sera-ce quelque chose de moins que l'action, que l'être de l'actioii? L'action n'en résultera donc jamais ? car avec le moins on ne fait pas le plus. Ou , si elle en résulte , les anciens degrés auront produit quelque chose qu'ils ne contenaient pas; ils auront fait quelque chose sans le secours de Dieu. Qu'est-ce donc, encore un coup, que Dieu ajoute, selon votre système?

Les autres explications ne sont pas plus heu* reuses* Dieu tire, selon vous, un nouveau degré d'être du fonds de notre âme, et ce nouveau degré n'est que le développement de l'ancien. Mais on ne tirera jamais du fonds de notre âme que ce qu'elle contient; on aura beau déveldpper un être , il n'en sortira jamais que ce qu'il renferme. L'attention actuelle de mon âme , à laquelle vous avez recours, ou sa connaissance réfléchie, ne fera jamais éclore de son propre fonds le moindre degré de connaissance , dès qu'il n'y sera pas. J'en dis autant de votre amour réfléchi ^ volonté d'ai* mçrj amour de Vamour^ lui donnassiez- vous encore un plus grand nombre de fois le puissant II. II

i6a "traitié

nom ôl amour ^ tt i^en aurais pas phis le pouYotr de puiser dans mon âme ce qui, suivant vos prîncipes, ne s'y trouve point. D'ailleurs cette attention actuelle, cette connaissance réfléchie, cet amour de l'amour, selon vous , sont autant d'êtres* Or^ je demande comment l'âme a contribué à leur création. Aurez- vous encore recours a une attention , à une réflexion et à un amour qui aient précédé?

Quant à l'exemple que vous allez chercher dans l'amour de Dieu ( exemple plus propre à obscurcir votre sujet qu'à l'éclaircir), je vous passe que nous aimions Dieu en aimant les créatures, je veux que nous aimions l'imrtiutabilité , l'éternité, etc., quoique cette manière de rai* sonner me paraisse plus recherchée que solide ; au moins est-il certain que nous n'aimons pas alors toutes les perfections de la Divinité. Que pouvez * vous donc raisonnablement conclure , sinon que les premiers amours entreront dans la composition de l'amour de Dieu, dès que celui-ci occupera notre cœur? Mais ce n'est pas assez, à votre gré; vous voulez encore que l'amour de l'immutabilité et de l'éternité produise l'amour de la sainteté et de la bonté, quoiqu'il n'en renferme pas la réalité, et qu'une cause, selon vqs principes^ doivè contenir tout l'être de son effet.

Il ne faut pas, diriez-voûs, raisonner sur l'esprit comme sur la matière. Plusiéurs parties de ma-

BKS SYSTEMES. l63

tière ^hti^ent dan^ la composltkMQ d'un cot^, maië elles n'influent pas les nnes dans les autres. Il n*en est pas dé même de l'âme; elle est simple, et du nouveau degré de connaissance ou d'amour avec l'ancien, il ne se forme qu'un seul être. Mais pourquoi et comment cette simplicité peutelle faire qu'un premier degré d'être influe dans le second et le prodiiise tout entier? C'est 4 ré* pondrez-vous, que celui-ci n'est que le développement de celui-là, et quHl y a un commerce réel et une véritable et substantielle cùmniunication de Vun à Vautre,

Voilà des mots qui valent sans doute une démonstration. Je pourrais cependant demander sî ce commerce et cette communication se trouvent entre ces êtres avant ou après la production des nouveaux, ou dans le moment même de leur création. Si c'est avant, comment peut-il y avoir quelque commerce et quelque communication entre des êtres qui existent et des êtres qui n'existent pas? Si c'est après, les nouveaux sont donc déjà produits. Par conséquent ce commerce et cette communication viennent trop tarc^ pour foire influer les premiers dans là production des derniers. Enfin, si c'est dans le ihoment même de la création que vous prétendez établir ce commerce entre les uns et les autres, bien loin qu'on puisse le regarder comme une influence de la part des anciens, il suppose, au contraire, les-

l64 . TRAITlé

nouveaux produits par un principe étranger à nous. Avoir commerce avec un être , ou contribuer à sa création, sont deux choses bien différentes.

. Mais je ne veux pas insister : je ne dirai même . rien du principe dont vous vous servez , que nous connaissons le fini par Vinfini; c'est une erreur qu'a produite le préjugé des idées innées. Je vous ferai seulement remarquer le langage que votre imagination vous fait tenir. Des êtres simples qui s'étendent, se dilatent, se développent, s'augmentent et s'incorporent ensemble ; des créatures spirituelles qui, n'ayant que quatre degrés d'être, ne peuvent toutes s'en donner un cinquième, peuvent cependant, en se dilatant, en s'étendant, en s^ développant, fournir, avec ce que Dieu ajoute, ce cinquième degré; peuvent coopérer, par, leur attention actuelle, par leur connaissance réfléchie, par leur amour réfléchi, par leur volonté d'aimer, par leur amoqr de l'amour, à la production entière de cç nouvel être; peuvent enfin le tirer de leur propre fonds où il n'était pas; ^es êtres simples dont on peut retrancher, et auxquels on peut ajouter sans craindre de nuire

à leur simplicité Il ne vous manquait plus que

de mettre entre les anciens degrés d'être de l'âme et les nouveaux qui y sont produits, un commerce réel et une véritable et substantiellé communication des uns aux autres.

DES SYSTEMES. l65

Cçst ainsi que je raisonnais, et qu'en voyant les embarras , les obscurités et les œntradictiôns de ce sjrstème , je me persuadais de plus en plus que les principes abstraits ne sont point propres à éclairer Fesprit, et qu'il vaudrait mille fois mieux convenir qu'on ignore les choses , que de diercher à les connaître par leur moyen.

Je m'arrêtai j et je n'eus garde de suivre l'auteur de. ce système dans les applications qu'il fait de ses principes à la liberté et à la grâce. On ne saurait croire combien on à imagiàé, à ce sujets de systèmes différens : tous portent sur des principes abstraits. Pour juger de leurs abus, on n'a qu'à jeter les yeux sur les divisions qu'ils ont causées dans l'Église. Que les théologiens ne se bornent-ils à ce que la foi enseigne, et les philo* sophes à ce que l'expérience apprend !

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