‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 103 sur 975 · LA REINE, KOLLER · texte numérisé non relu

LA REINE, KOLLER

LA KEINE. Ah ! c'est vous, Koller. [Elle regarde autour d'elle avec inquiétude .)

KOLLEB. Ne craignez rien. Madame, nous somnus seuls ; ils sont tous en ce moment aux pieds de Strucusée ou de la reine Malhildc... Avez-vons parlé au roi?

L\ iiEiKE. Hier, conmie nous en étions convenus; je l'ai trouvé seul, dans un appirteuient retiré, triste et |>ensif; une grosse larn e coulcUt de se? yeux : il caressait cet énorme chien, son lidéle compagnon, le seul de ses serviteurs (pii ne l'ait pas abaudonm:! — Mon liU, lui ai-je dit, me re.'oni^aissez-vous? — Oui, m'a-t-il répondu, vous êtes ma bellcniére... nou, non, a-t-il ajouté vivement, mon auiie, ma vériiable amie, car vous me plaigjiez ! vous venez me voir, vous!.. Et il m'a tendu la m un avec reconnaissance.

KOLLER. Il n'est donc pas, eomnve ou le dit, privé de l.i raison?

L\ HEINE. Non, mais vieux avant rà.;e, usé par les excès de tout geiuv, toutes ses facultés semblent anéauiies : sa tète csl trop faible pour su|iporteron le moin Ire travail ou la moindre discussion ; il parle avec peine, avec etlort; m us

en vous écoutant, ses yeux s'aninTmlet brillent encore d'un ■ expression singulière ; en ce m juicut ses traits ne re-^idraienl que 1 1 souffrance, cl il me dit avec un sourire do do irenx : ■Vous le voyez, mon amie, ils m'abmdonnent tons; et Matbil le que j'aimais tant, Mathilde, ma fennne, où e;t-elle?

KOLi.EB. Il fallait profiter de l'occasion, lui faire connaître la vérité.

LA HEINE. C'est ce que j'ai l'ait avec méiagemcnt, avec adresse, lui rappelant snceessivement le temps de son voyage en Angleterre et en Fr.mce, à l,i cour de lj;orges et de Louis XV, lorsque Struensée, l'accompignanl connue nn' le cin, gagna d'abord sa conliancc et son amitié; puis je !,■ loi ai mmitré pins tard, à son retour en Danennrk, présente par lui à la jeune reine, el, pendant la longue uniadie d ■ son fils, ailniis dans son intimité, li voyiul à toale li;Mnv. Je lui ai peint une pi'ineess ; de div-!niit ans, éL^nntmt suis (l(''liance li's discours d'un hoaimejeune, beau, aini ible, ambitieux J no prenant bientôt que lui poir guide et po ir c niseil; sejetuit par ses avis dans le parli qui demindait li reforme, et plaçant cnfm à h tête du mini^t^n•e ci' iu'mi' Sirucnscc, parvenu audacieux, favori insolent qin, inr les boulé» de son roi et de sa souveraim-, élevé successiveni nit au rang de gouverneur du prince royal, de conseiller, di' comte, de premier ministre enfin, osait maintenant, pirjire à la reconnaissance et à l'honricnr, oublier ce (|u'il devait à sou bienfaiteur elà son roi, et n ■ craignait pas d'ontragtn' 1 1 majesté dulrine!.. A ce mot, un éjlair d'indignation a brillé dans les yeux du monarque déchu ; sa figure pàlo et s mffranie s'est animée d'une subite rongeur ; puis, avec une force dont je ne l'aurais pas cru capable, il a appelé, il s'est écrié : La reine!., la reine! qu'elle vienne! je veuv lui [urler!

KoLLKii. 0 ciel!

LA REiNii. Quelques instants après a paru Mathilde, ave: cet air ([ue vous lui conniissez... cet air d'aniizone; h tè'.e hau'e, le sourire superbe, el laissant tomber sur moi un regard do triomphe et do dédain. Je suis sortie, et j'ignore quelles armes elle a employées pour si défense; mais ce matin elle et Struensée sont plus puis^anlsqu: jamais; et cet édit i|n'idle a arraché au faible monarque, cet édit que publie anjonrd'hni la Gazette royale, donne au premier ministre , à noire ennemi mortel, tontes les prérogatives d; la royauté.

KOLLEii. Pouvoir dont M.ithiMe va se servir contre vous, et je ni doute pas que dmssa vengeanc?...

LA BEiSE. Il faut dons la prévenir. Il l'an!, anjonr.rhni même... [S'arrétunt.) Qai vient là?

KOLLER, regardant au fond. Des a nis de Struenséj! le ucven du ministre de la mirine, FréJorie de Gfilhsr, puis M. de F,ilk.eus!iield, le ministre de la gaorre; sa tille est avec lui!

LA HEINE. Une demoiselle d'honnear de la reine Matliilde... Si'ence devant elle!

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