SCENE II
LA REINli , RATON, MARTHE, portant des étoffes sous son bras; L'HUISSIER, qui reste ait fond.
nATON. Tu vois, femme, on ne nous a pas fait faire nnlicliambre un seul instant; à peine arrivés, aussitôt iulroduils.
LA r.EiNE. Venez vite, je vous attendais.
RATOx. Votre Majesté est trop hoime! Vous n'aviez fait demander que moi, j'ai pris la liberté d'amener ma femme, à qui je n'étais pas fâché défaire voir h^ p:ilais, et surtout la faveur dont Votre Majesté daigne m'hunorer.
LA HEINE. Peu importe, si on peut s-e liera elle. (.4 l'huissier.) Laissez-nous. (L'huissier sort.)
MAiiTHR. Voici quelques échantillons que je soumettrai à Votre Majesté...
LA REINE. Il n'est plus question de cela. Vous savez ce qui arrive?
RATOM. Eh! non, vraiment! je ne suis pas sorll de chez moi; par un hasard que nous ne pouvons comprendre, j'étais sous clé.
MARTHE. Et il y serait encore sans un avis secret que j'ai reçu.
LA REiisE, vivement. N'importe... je vous ai fait venir, Burkenslaff, parce que j'ai besoin de vos conseils et de votre appui...
RATON. Est-il possible! (A Marthe.) Tu l'entends.
LA REINE. C'est le moment d'employer votre influence, de vous monti'cr enlln.
liATON. Vous croye;Z?
MARTHE. Et moi, n'en déplaise à Votre Majesté, je crois i|no c'est le moment de rester tranquille; il n'a déjà été que trop question de lui.
RATON, à voix haute. Te tairas-tu? (La reine lui fait signe de se modérer et va regarder au fond si on ne peut les entendre. Pendant ce temps Raton continue à demi-voix en s'adressant à sa femme.) Vouloir nuire à mon avancement, à ma fortune!
MARTHE, à demi-voix, à son mari. Une jolie fortune! nos meubles brisés, nos marchandises au pillage, six heures de jirison dans une cave!
KATON, hors de lui. Ma femme ! j'en demande pardon à Voire Majesté. (A part.) Si j'avais su, je me serais bien g.irdé de l'amener. (Haut.) Qu'exigez-vous de moi?
LA REINE. Que vous uuissicz vos efforts aux miens pour sauver notre pays qu'on opprime et le rendre à la liberté!
RATON. Dieu merci ! on me connaît; il n'y a rien que je ne fasse pour le pays et pour la liberté.
MARTHE. Et pour elle nommé bourgmestre; car c'est lace que tu désires maintenant.
RATON. Ce que je désire, c'est que vous vous taisiez, ou sinon...
LA REINE, et Raton, pour le modérer. Silence...
RATON, à demi-vuix. Parlez, Madame; parlez vite!
LA REINE. KoUer, un des nôtres, vous avait instruit de nos proji'ls d'hier?
RATON. Du tout.
BERTRAND lîT RATON.
loi
I.A REisE. Ce nVst pas possible! et cela m'étonne ;i mi point...
KMOS, avcciinfatience. Moi aussi... rav enfin, et pnisqne M. Kiillcr est un drsnôlrp.s, il nir sonitilcquo j'olais lo prcmiir avec qui l'on devait s'entenilrc.
LA FEiNE. Sortout dopiiis l'aiToslatidn de voire fils.
M/iKi»E, poussant un cri. Arrête! dites-vous? mon fils est arrêté !
ii.iTON. On a osé arrêter mon fils !
I.A REINE. Quoi ! ne le savezvous pas?., accusé de conspi- 1 aticin, il y va de ses jours, et voilà pourquoi je vous ai fait vi uir.
M.vRTiiE, courant à elle . C'est bien difTcrent , et si j'avais >u... pardon, Mad;ime... pardiiiMii'7.-uioi... [Pleurant.) Mou tils. mon pauvre enfant! (.1 llatoii, acer chaleur.) La ri ine a raison, il t'uut le fanver, il f.uit le délivrer.
iiATON. Cerlainenient ; il faut soulever le quartier, sciulever la ville entière.
MARTHE, (jui a remonté le théâtre de quelques pas, revient I rcs lie lui. Et vous restez là Iranipiiile; vous n'êtes p,is déjà au milieu de nos amis, de nos veisins, de nos ouvi'iers, pour les a|i|iele!' comme hier à la irvolte!
LA REixE. C'est tout ce que je dimande.
RATON. J'enlends bien, niaisoneore faut-il délibérer.
MARTHE. 11 faut agir... il faut pretidre les armes... courir au pilais... qu'on me rende, mon lils, qu'on nous le rende. (Suirant S07i mari qui recule de quelques pas vers ta droite.) Vous n'êtes pas nu liomaïc si vous supportez uu pareil affront, si vous et les citoyens de cette ville souffrez (pi'nn enlève un fils à sa mère, qu'on le plonge sans raison dans mi cachot, qu'on fasse tomber sa tèle; il y va du salut de tous; il y va de l'honneur du pays et do sa liberté!
RATON. La liberté... t'y voilà aussi!
MAniiiE, hors d'elle-même et sançilolant. Eh! oui, sans doute ! la liberté de mon fils, peu m'impnrlc le reste ; je ne vois que celle-là, mais nous l'olitiendrons.
La REINE. Elle est entre vos mains; je vous seconderai de tout raiiii pouvoir, moi et les amis atlaeliés à ma cau-e ; mais agissez!., agissez de votre côté pour renverser Siruensec.
MARTHE. Oui, Madame, et pour sauver mon fils; comptez sur nuire dévouement.
LA REINE. Tenez-moi an courant di; ce que vous ferrz, et des progrés de la sédition. [Montrant la porte à yaucJie.) Et lei ez, tenez, par cet escalier secret qui dniuie sur les jardins, vous pouvez, vous et vos ami'^, communiiiucr avec moi et recevoir mes ordres... On vient, parlez.
RATON. C'est très-bien... mais encore, si vous me disiez ce (ju'il fanl...
MARTHE, reHfrainan*. Il faut me suivre... mon fils nous attend... viens... viens vite. (.'1 la reine.) Soyez traïupiille. Madame, je vous réponds de lui et de la révolte! [Elle sort en entraînant son mari par la petite porte à qauclie. Au même instant et par la porte du fond parait l'huissier.)
LA REINE. Qu'y a-t-ir?que me voulez-vous?
i.'hcissieii. Deux ministres qui, au nom du conseil, sont chargés, disent-ils, d'une commiinicalion importante pour Votre Majesté !
LA REINE, à part. 0 ciel ! qu'est-ce que cela signifie? (Haut.) Qu'ils entrent, je suis prête à les recevoir. [Elle s'assied.)