‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 159 sur 975 · SILÈNE III · texte numérisé non relu

SILÈNE III

Les crecédents, Sll\ COKNEY.

SIR c.oKNEv, eïitranl par le foiul. Osei\ii-je dem uider

LA BOHÉMIENNE

à miss Tiag-p, à m;i belle cousine, des nnuvi lies de sa saiit('''? parf.iile, ;i ce que je vois. Je viens iii même temps prenilre les ordres de Sun li\cellenee.

i.oni) CACK. Je n'en .li nueun à \ous donii r. Vous pouvez disposer de votre journée , et je peu^e (pi 'arrivé depuis deux jours vous ne serez pas IVulié de connaître ce pays.

SIR COKNEV. Oli ! mon Dieu, non ; je nii' doute hien de ce que c'est. Quand on a vu Loridres, New-Market, Diury-Lane, tout le reste est bien province, c'est petite ville, et voilà tout.

Miss HENRIETTE. C'cst bicH de l'hotineur pour l'Amérique.

SIR coKKEV. L'Amérique , entendons-nous. Si vou.s parlez de l'Amérique du temps de tllui-tuplie C.idomli, à la bonne heure. Aussi, je m'en faisais une tout autre idée, et quand je suis parti de Londres, jiM'royais trouver ici des sauvages, des costumes pittoresipu's, des plumes bariolées, comme au dernier bal de lord Sydmoutli, qui, par ]iareiitliése , était niagid(i(pie; aussi, j'arrivais avec une admiration toute prête. Au lieu décela, je vois des gens en frac, en chapeau rond, le même langage, les mêmes manirivs ipie nous; en un mot, des Américains de Londres ou de Liverpool ; il y a de quoi détruire toutes les illusions. J'ai été confondu, suffoqué, et j'en ferai une maladie, un accès d'admiration rentréiî.

LORD GAGE. Feut-èlrCj plus lard, trouverez-vous des sujets de surprise.

SIR coKKEY. Oh! je l'espère, Milord! Par exemjjle, une cho.se qui m'a bien étonné, c'est la dislance. Dieu! que c'est loin! j'ai cru que je n'arriverais jamiis.

1.0RD G.\GE. A ce que je vois, sir Cokney, mon cher cousin, vous êtes rarement sorti de Londres.

SIR COKNEY. Jamais, Milord.

i.oun GAGE. Je ne doute point que votre ton et vos mauièi-es n'y soient justement appréciés.

siR COKNEY. Beaucoup trop.

i.OHO GAGE. Mais ji: vous dois un conseil ; sachez que, dans ce moment, l'Augleterreet l'AnK^rique sont ran ment du même avis, et que, quand on a trop lU: succès à Londres, c'est le moyen de n'en |ias avoir assez dans ce pays.

SIR coKjiEV. Oui, c'est ce qu'on dit; il règne ici un esprit d'opposition; je m'en doutai? presque ; car, hier, dans les ruesde Boston, j'ai vu, comme à Londres, que je faisais sensation; mais dans un autre sens; et le soir, c'est bien autre chose : j'entre dans un café, et je demande du ttié ; tout le monde se lève, se parle à l'oreille, et me regarde d'un air, d'un air... mauvaise société ; il me semble cependant (pi'à dix heures du soir, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est de prendre le thé.

MISS HENRIETTE. Pas ici, Mousicur.

SIR COKNEY. Et pourquoi donc?

MISS HENRIETTE. C'cst quc... je u'osc... dcvaiit mon père. ^ .

LORo GAGE. Vous Ic pouvi z sans crainte ; je suis censé l'ignorer.

Miss HENRIETTE. C'cst quc, (Icpuis le dernier bill du parlement, qui met un impôt sur le tlié, tous les .Américains sont convenus, d'un commun accord, de ne plus en prendre, et l'on n'en sert dans aucune maison.

SIR COKNEY. A la bonne heure ; mais dans ce cas-là, on n'empêche pas les autres...

i.oRD GAGE. Et voilà les gens qu'on voudrait nous faire craindre! des mécontents bien redoutables, cpii nous combattent en s'imposant des privations. Ne trou-

vez-vous pas, miss Henriette, que vos compa'riolcs ont déployé dans cette occasion une grande énergie?

siK COKNEY. Oui, saus doute ; car pour moi, d'abord, je ne pourrais pas; je suis .\nglais, et je ferais tout au monde, excepté changer mes habitudes; et quand je vois des gens qui renoncent aux leurs [lar esprit de parti, je dis : Ce sont des caractères obstinés, des gens dangereux, qui sont capables de tout. Voilà mon avis.

i.ORDGAGE. Vous croyez? eh bien! sans vous en douter, sir Cokney, voilà peut-être ce que vousavez dit de plus profond dans toute votre vie.

SIR COKNEY. Oui, j'ai comme cela des aperçus. .Mais c'est tout naturel, quand on se destine à être homme d'État... A propos de cela, .Milord, j'ai ri'inpli le ini"-sage secret dont vous m'avez eliaigé hier ; j'ai vu cet étranger, ce personnage mystérieux. Qu'i'St-ce que c'est que cet homme-là?

LORD GAGE. 11 SUftlt.

siR COKNEY. Je veux dire ipiej'ai vu, di' votre part, le comte de Gorlitz, qu'il viendra ce matin ici. Votr,; Excellence est donc prévenue?

LORD G\GE. Et je vous pri''vicns, moi, sir Cokney, mon secrétaire intime, que, quand on se destine à être homme d'Etat, il ne faut point reuilie compte tout haut, et devant tout le monde, des missions dont on a pu vous charger secrètement. Celle-ci, du reste, est sans aucune importance; mais vous m'obligerez cependant de n'en parler à personne, et d'être à l'avenir plus circonspect.

SIR COKNEY. Mon Dicu ! Milord, c'est vrai; je n'avais pas pensé. Je crois que Votre Excellence est fâchée.

LORD GAGE. Nullement; et la (ireuve, c'est qu(> je vous laisse avec ma tille; et auprès d'elle, ji' vous conseille d'oublier l'homme d'Etal pour ne montrer (pie l'homme aimable. (H sort par le fund.)

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