‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 17 sur 975 · SCÈNE VL FRANÇOIS I", MARGL ERITE · texte numérisé non relu

SCÈNE VL FRANÇOIS I", MARGL ERITE

MAitGiERiTE, vivemeiil. Avaiit-hk'r!., Votre Majesté n'y avait pas touché !..

FRANçors i"'. C'est tout siuiplo... un iiialado n'a pas faim... nu Mptif encore moins... li faut pour cela le gr.uul ail'... l'air de la liberté... tandis que toi, ma mignonne, si jcuni! et si fraîche... et libre... Tiens, tiens, voilà ton .souper que l'on l'apporte... (Aux (jcéliers.) Bien! bien!., maintenant laissez-nous. (Après la sortie des ycôliers et de Henri, à qui Marguerite a fait siyne de s'éloiiiiier.' Là, prés do moi, que je to rejfarde!.. que je ne te perde pas des yeux.

MARGiERiTE, s'asseijant a la table. Ah ! il m'eut été plus agréable. . . de partager cette collation avec Votre Majesté. . . (17vemetd.) Je ne vous presse pas, sire. ..Dieu m'en préserve!.. .Mais, quand je pense à nos repas en famille... Tenez, notre nii're, qui depuis votre absence... veille à tout dans le royaume. ..qui a levé des troupes... garni nos places fortes...

FR.ANçois I". En vérité... elle ne s'est ni découragée... ni effrayée ?

MARCiKRiTE. Pas un iuslaut. Tant que mon fils est vivant, me disait-elle, je ne crains rien. Son nom seul vaut une armée... tous les mauvais desseins sont comprimes dans le royaume devant la crainte continuelle de son retour.

FR.^^çols i". Ma mère a dit cela?..

MARGiERiTE. Et il reviendra... continuait-elle... Dieu me le dit, j'en suis sûre... car je ne veux pas mourir sans le voir et sans l'embrasser.

FRANÇOIS i". 0 mi niire... ô ma bonne mère!..

MARCiERiTi;. Que Dieu prolonge ses jours! (Versant dans le rerreqiiiestderant le roi.) A sa santé, mon frère! (François trcs.mille.) Uefuserez-vous d'y boire avec moi?

FRANÇOIS!". Non, non, donne... donne... quelquesgouttes... (Étecant .so» verre.) Ma mère! (// boit.) Ah! ce vin m'a ranimé...

MARGLT.RiTE. Et votre flis, Ic dauphiu, quoiipie enfant, si vous saviez comme il s'occupe de vous?.. Ma tante Marguerite, nie criait-il, au moment du d(''part, dites à mon père que je l'attends.

FRANÇOIS i". Vraiment?

MARGiERiTE. Pour apprendre do lui à manier monépée cl à monter mon premier cheval.

FRANÇOIS I". Mon fils!., mon fils!., il m'attend!..

MARGUERITE. Eh! oui, sive... il vous attend ! (Elle verse du vin à François I".) Et il n'est pas le seul... bien d'autres encore... de jolies dames...

FR.vNçois i". Hein! Que djs-tu?

MARGUERITE. Qui m'avaicut chargée pour vous de tendres .souvenirs.

FRANÇOIS i". En vérité... (// porte la nmin à son verre.)

MARGUERITE. La bellc duchesse de Cliateaubriant... (Glissant un biscuit dans le verre du roi.) qui mourrait, je crois, si elle ne devait plus vous revoir.

FR.ANÇois i*'. La ducliesse... elle pense encore à moi! (// mange le biscuit.)

MARGUERITE. EUc I. . ditcs doiictoulcs Ics femmes de la cour.

FRANÇOIS i", avec plaisir. Toutes les femmes!.. (Il boit.)

MARGUERITE. Si VOUS savicz comuie vous les avez rendues pieuses et exactes à l'église!.. (File sert des conserves de fruits au roi.) comme elles y venaient prier pour le roi... et quand on a su que je partais vers vous, que de recommandations! (Elle ijlis.ip une cuiller aurai.) et des nœuds de rubans... des cheveux... des écharpes

FRANÇOIS i", vivement. Vraiment!

MARGUERiTK. Et même do petits billots bien tendres.

FRANÇOIS i", prena'tf de lHi-m''me un second hiseuit. Iles billets... et de qui?

MAUGiERiTE. Je VOUS Ics donnerai... vous les lirez... Ah! je cmçi lis votre désespoir d'être à Madri<l ! on n'y trouve ni aussi jolies femmes... ni aventures aussi [liquaiites...

FRANÇOIS i'^', vivment rt po<iant son verre. Eh bien' Marguerite, c'est co qui to trompe,

MARGUERITE. Qud me ditcs-vous?

FRANÇOIS i". Qu'ici, dans ma captivité... il y a un mystère inouï... un secret dont je ni' pouvais parler... car celle à qui je dis tout, ma sœur était loin île moi.

MARcuERiiE, avec chakur. La voici de retour... ainsi que nos causeriesdu soir... nos petits soupers en téte-à-tèle!

FRANÇOIS i", se retournant vivement en fuce de Marguerite. t:onime à Clienonceduv! imagine-loi, ma mignonne...

MARGUERITE. Voiis alli'z VOUS fatiguer.

FRANÇOIS f. Niin, non, n'aie pas peur.

MARGUERITE. Et si VOUS lie preiioz pas des forces pour votre récit...

FRANÇOIS i". C'est inutile...

MARGUERITE. Non, uoii!.. Vnus maiigcrcï d'abord... ou je n'écoute rien!

FRANÇOIS I", riant. Marguerite, tu es doni' toujours despote?..

MARGUERITE. Plus qui' jamais!

FRANÇOIS 1"'. Alors!.. (Il mange.) Im.agint^-toi, ma mignonne, qu'une nuit, pendant mun sommeil, il me semblait voir une femme jeune et belle se pencher vers moi!

MARGUERITE. .Mon fi'ère Franriiis a toujours eu de ces rèves-là.

FRANÇOIS 1'='. C'était une réalité: !.. car au réveil, je trouvai près de moi un gant de femme... la inaiii la plus jolie... la plus ravissante...

MARGUERITE. Eli fait de gflnls, l'imagination fait tout. (Elle frappe sur l'assiette du mi pour qu'd mange.)

FRANÇOIS 1"'. Attends donc... (Elle continu- à frapper, il mange.] Depuis ci' moment, il ne s'est pas écuili- île semaine qui ne m'apportât quel([ues souvenirs mystérieux de la belle inconnue.

MARGUERITE. Elle a doiic dcs intelligences avec les geôliers?..

FRANÇOIS i'''. Je n'en sais rien!., tantôt c'est une lettre qui me lu'odigue des consolations, tantôt des chants français (|iu' j'entends au pied de la tour, on di' l'autre côté du -Manç.anarès... tantôt des fleurs, (.\fontrant la corbeille, à droite.] vois plutôt!., qui me viennent d'elle, j'en suis sur, et qui embellissent ma prison.

MARGUERITE. Quel jûli sujet de conle!.. Mais enfin... elle, l'inconnue?..

FRANÇOIS i'^''. Toujours invisible... Viw nuit seulement... il y a un mois, je me débattais contre la fièvre et le délire... quand tout à coup, en étendant mm bras hors du lit, je sens tomber sur ma main une larme... Je veux jeter un cri. — i( Silence!., me dit-on à deini-voi\... C'est moi ! — Vous!., ma bienf;!itriee? — Oui, pour vous soigner. — Mais, qui étes-vous? — Je ne puis le dire ni à vous ni à iiersonne, sans me perdre!.. Je suis... je suis la femme qui vous aime!.. Silence, et dnrmez. " Elle était comme toi , elle était despote. Elle p isa sa main sur mon front; et soit influence de cette main, soit faiblesse, je m'endormis; et à mon réveil, tout avait disparu!

MARGUERITE. C'cst étrange ! Et elle était jeune et belle?

Fn\NÇ.ois i"^', ot'cc chaleur. Si elle était belle!., c'était une grâce, une dém irclw, et malgré le léger demi-masque qui couvrait .ses traits, dos yeux et des dents admirables !

MARGUERITE. Eli liioii, quoiquc femme, (Levant son verre.) je bois à la bellc inconnue... et à tous ses charmes!

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

FRANÇOIS 1", trinquant avec Manjuerite. Vrai Uicu ! ma mignonne!., nous pourrions boire longtemps !

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