SCÈNE vn
FRANÇOIS I" ET MARGUERITE, à table, HENRI, sortant de la porte à droite, suivi de geôliers.
BENRi. Que vois-je?
MARGUERITE. I.c TBpas du Toi... qui est fini! {Le roi fait signe aux deux geôliers d'enlever ta table. Les deux geôliers emporte7it la table par la porte du fond et disparaissent.)
MARGUERITE, bos , à Hcnri. Pas un mot a mon frère sur son dessein, il en rougirait presque à nos .veux, maintenant qu'il y a renoncé. {Regardant autour d'elle et voyant que tes geôliers soixt partis .) Enfin, nous sommes seuls, sire, l'heure de la liberté est sonnée.
FRANÇOIS i"'. Que veux-tu dire?
MARGUERITE. Qu'il est un projet ronçu par nous dont nous n'osions parler à Votre M.njesic, avant d'être sûrs qu'elle pourrait nous seconder. Vous sentez-vous le courage... non... je veux dire la force de faire une ou deux lieues à cheval?..
FRANÇOIS i"', avec force. Plus encore du.ssé-je en mourir!... Mourir libre! {Avec abattement.) Mais vous vous flattez d'un vain espoir... Ignorez-vous que jour et nuit veillent au pied de cette tour des soldats...
HE.NRi. Commandés aujourd'hui par le jeune comte de Villaréal...
MARGUERITE. La ducliesse de Médina en répond. Il n'entendra rien... il ne verra rien... c'est convenu!
HENRI. Deux chevaux nous attendent au bord du Mançanarés, et plus loin, une voiture, des relais disposés...
FRANÇOIS I". Par qui?
MARGUERITE. Par le marquis de Santa-Fé, le grand écuyer!
FRANÇOIS 1". Un ennemi à moi!., que tu as supplié...
MARGUERITE, fièrement. Un esclave à qui j'ai commandé.
FRANÇOIS i", souriant. Je comprends... mais une fois un voiture, pour traverser l'Espagne?..
i HENRI. Nous avons, sous un nom supposé et jusiiu'à la j frontière, un sauf-conduit délivré...
FRANÇOIS I". Par qui?
MARGUERITE. Par l'auiirante de Castille.
FRANÇOIS 1". Et SOUS qucI prétexte?
MARGUERITE, Hant. Sous prétexte qu'il m'adore et que je lui ai fait perdre la tète! Que voulez-vous? depuis quinze jours, je m'occupe; je n'aime pas à perdre mon temps, et pendant que je ne pouvais pas vous voir...
FRANÇOIS i". 0 sublime et vertueuse coquette !.. Mais pour descendre cet escalier et franchir ces murailles?., c'est là le plusdiftîcile.
MARGUERITE. A défaut de la terre, je me serais adressée au ciel. J'ai fait demander un moine... un dominicain... Il est là...
FRANÇOIS i". Quel rapport cela peut-il avoir...
MARGUERITE. Un nioiue qui nous appartient. Vous sortirez, sire, sous son capuclion.
FRANÇOIS I". Moi ! François 1", m'enfroqner, prendre une robe de moine!..
MARGUERITE, riant. Qu'importe?., pour un quart d'heure...
FRANÇOIS i". Et si cette ruse se découvrait, si j'étais arrêté? M'exposer aux railleries de ces orgueilleux Espagnols sous un pareil costume, .sous un froc!.. Autant vaudrait être rasé, tonsuré et jeté dans un cloître... Non! un roi de France peut être vaincu et captif, mais ridicule... jamais!
HENRI, vivement. Sa Majesté a raison.
FRANÇOIS i", (?e?)!pme. N'est-ce pas? Tu me comprends, toi ?
MARGUERITE. Allous ! Voilà le chevaleresque qui s'en mêle ! . . 0 maudit orgueil masculin ! Pour un motif aussi frivole, aussi absurde, faire manquer un projet superbe! une évasion si bien combinée! {S'approchant de la corbeille, à droite, et y cueillant plusieurs fleurs.) Cherchez donc et trouvez mieux! {Se jetant dans un fauteuil.) Moi, je ne m'en mêle plus!
HENRI. Comment faire, sire, comment faire?
FRANÇOIS i''. Dieu nous viendra en aide! Dieu ou mtni bon ange.
MARGUERITE, arrangeant les fleurs pour s'en faire un bouquet. 0 ciel! au milieu de cette fleur je crois apercevoir... un petit papier roulé...
FRANÇOIS i", poussant un cri. Que disais-je!.. ce sera do mon inconnue...
M.KKovEMTnJuiprésentant le papier qu'elle vient de retirer. A vous, sire !
FRANÇOIS i"', lisant le papier qu'il vient de dérouler. « Der- « rière la statue de la Madone, vous trouverez, puisse-l-il « vous èti-e utile, un souvenir, un présent, auquel je tra- « vaille en secret, depuis trois mois. » Son portrait!..
MARGUERITE. La belle avance!
HENRI, qui a plongé sa main derrière la madone. Non ! une échelle de soie !
MARGUERITE. Cela vaut mieux!
HENRI. El une clé... avec une étiquette : {Lisant.) « Clé de la grille du balcon.»
FRANÇOIS 1'^', montrant le balcon, à gauche. La fenêtre grillée de ce balcon... donne sur une plate-forme de l'autre côté du Mançanarès.
HENRI. Voilà ce qu'il nous faut, sire!
FRANÇOIS i". Un chemin proposable.
MARGUERITE. OÙ il v a de quoi se tuer... je m'y oppose! les sentinelles placées sur le bastion de droite vous apercevront descendre!
FRANÇOIS I*'. Il fait nuit!
MARGUERITE. Ils VOUS eiilendiont !.. ils tireront sur vous!
FRANÇOIS 1"". Ils me manqueront! et d'ailleurs des arquebusades... cela me va!., cela me convient, je suis chez nioi... hàtoiis-iious de partir!.. {A Henri qui vient de s'élancer sur le balcon.) Vols si celte clé ouvre la grille?., (.-l Marguerite.) Rassure-toi, ma bonne sœur, dans quelques instants je serai au pied de cette tour... et grâce à tes soins, à la voiture, aux relais, au sauf-conduit... {.-1 Henri.) Eh bien?
HENRI, sortant du balcon. Ka grille est ouverte!
FRANÇOIS i'', embrassant sa sœur et se dirigeant vers le balcon. Adieu... adieu , mu mignonne... ma bien-aiméc Marguerite...
MARGUERITE, le suivaut. Prenez bien garde, sire!..
FRANÇOIS I''', déjà sur le balcon et s'adressant à d'Albret. Déroule l'eclielle, [tour que je puisse l'attacher.
MARGUEiiiiE. Bien solidement !
FR.\Nçois i'^''. N'aie pas peur.
MARGUERITE. Noi), je n'ai pas peur... mais dépêchez... dépêchez-vous. 0 ciel!., j'entends des pas... on monte... on vient... l.i (lorte s'ouvre... rentrez! {Elle referme vivement les deuu' battants de la croisée. François l" reste en dehors sur /f balcon. Henri jette à terre dans un coin l'échelle qu'il commençait à dérouler. La porte du fond s'ouvre.)