‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 200 sur 975 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. COriNG, tailleur.

UN JOCKEY, costumé ii l'anglaise.

FRANÇOIS, domestique.

M. ET MADAME DUBRELIL.

(Ils sortent eytsemhle de la diambre à gauclie.)

M, DUBBEtiL. Mais ail moins, ma femrao, écoute un peu la raison.

MAiuME DiBREML. N lU , luonsieui" Dubrcull , je ne veux pas que nous restions plus loni,'leuips tiaus le eonimeree. Voilà vingt ans que je suis assise dars ce m uidit comptoir, il me tarde d'eu sortir.

M. Di'BriEuiL. Songe donc, ma chère amie, 7..^ dou; nous V sommes enrichis.

Ll'S ADIEUX AU COMPTOIR.

MADAMK DutiiiKinL. Raisoii ck' |iUis poiii' nous retirer, pour faire lis ljour;^cois, pour achclcr une ii;alson à l'aris, et une à la c impagiie.

M. DUUREUiL. Y pcnscs-iu?

MADAME DUBREUIL

Ain du Ménage, de garçon.

Et pourquoi pas? qui vous arrête?..

Surtout, Moiisiour, djiis un moment Où dans Paris cljacun arliète Des maisons sans avoir d'argent.

M. DinHEUll.

Par les aclietcr on commtnce, Et liien des gens en l'ont métier ; Mais il s'en vendrait moins, je pense, Si l'on commenrait par payer.

MADAME Di'BREiiL El) Ijicn ! Moiisieur, rien iio vous empêche de commencer par là. Et quaml je pense à ro bal, où nous avons été liier avec ma fille, [lieu ! que je voudrais me voir dans un salon de la Cliausséed'Anlii), sm- un canapé, ou un divan ! et recevant le beau monde ; n'est ce pas plus agréable et plus honorifique que d'être demoiselle de comptoir ou dame de boutique, aux ordres de tout li' monde, aslrcinteà la sonnette, et attachée à la demi-aune?

M. Di'BRRiiL. El moi, qui ne suis jamais sorti de la rue Saint-Denis ! qu'est-ce que je ferai dans ton beau salon de laChaussce-d'Antin?

Air de la Robe et les Boites.

Pour voir des sots gonflés de leur mérite. De jeunes fats, des docteurs de boudoir. De gros banquiers fiers d'avoir fait lailllle : J'aime bien mieux rester dans mon comploil', Francliise, honneur, vertus liérédilaires, Chez CCS messieurs c|ue l'erieî-vous? Inlas! 'Vous s.-rieî là des plantes étrangères; L'air n'y vaut l'ien .. vous n'y jirendriiï pas.

MADAME DUBREUiL, Rcsli z doiic daHS volio rpiarliei', puisque vous le voulez; mais an moins vous no pouvez point sacrifier vos enfants; et puisque nous avons de la forluiio, j'espère que votre iuleiition n'est pas qu'ils soient des marchands comme iruis.

M. DUBREiiL. Si fait, parbleu; Mou fils Didier, qui a bientôt quatorze ans, sortira dans trois ans du collège, pour entrer, non pas, comme vous le disiez, dans une école militaire, mais dans mon magasin; il na portera ni l'épée ni l'épaulette, il y a assez de braves .sans lui ; il portera comme moi la demi-aune, et sera aide-de-camp de monsieur son père, jusqu'à ce qu'il plaise au ciel de le faire monter en grade, et de le nommer général en chef.

MADAME Di'BREuiL. Mais uotre fille Élisa, qui est en âge d'être mariée; une fille charmante, qui a été élevée par moi ?

M. DVBREUiL. Notre fille épousera le fils de M. Bernard, mon ancien ami, un des premiers tapissiers de Paris.

MADAME nuBREUii.. Moi ! la belle-mère d'un tapissier!

H. Di'BREiui.. On serait le mal? Savoz-vous qu'un ta- [lissier comme celui-là, qui a vingt mille livres de renies assurées, vaut mieux qu'un notaire ou un avoué qui doit sa charge?

MADAME DUBREUIL. A la boune heure : mais si votre fille éprouve pour ce mariage une répugnance invincible?

M. DUBREUIL. Une répugnance invincible! elle ne connaît pas son prétendu, puisque voilà dix ans qu'il est à Lyon à la tète de ma fabrique. Éli'a ne pense rien de tout cela; et c'est vous qui lui mettez de pareilles idées dans la tête.

MAD\ME DUBREiiL. Voulcz-vous VOUS cu rapportera elle? je viuis promets de rester neutre. M. ui'HiiEiiL. lié bien! j'y consens.

Air : On dit que je suis sans malice.

Entre nous deux qu'elle prononce :

Iitais aussi, d'après sa réponse, L'iiynien se fera sur-le-champ.

MADAME DUBREUIL

Hé quoi! vous voulez?..

M. DUBREUIL

Oui, vraiment, le veux la forcer d'être heureuse.

MADAME DUUREUIL.

Dieux! quelle tyrannie atTreusc!

M. DUBREUIL

Hé bien ! likliiz, dés aujourd'hui, De me lyrannisor ainsi.

Mais taisez-vous; car voici ma fille.

Les précédems, ÉLISA.

MADAME DUBREUIL, .s'asscijant SUT uii fnuteuil. Approchez, Élisa, approchez, nous avons à vous interroger sur une affaire importante.

M. DUBREUIL. Oui, lu i fille, ct surlout réponds-nous avec franchise, car nous ne voulons que ton bonheur.

MADAME DUBREUIL. Lcvcz la tètc , Élisa. Auriez-vous envie d'être mariée?

ELISA, viix'inr-nt. Oui, maman. {Se retournant vers M. Duhreuil, et luilai.'<antlarévérence.) Oui, mon papa.

M. DUBREUIL. C'est liieii, c'est bien, voilà un empres- .semeiil qui est de bon augure.

MADAME DUBREUIL. Et voudrioz-vous épouscr Ic fils de M. riernard le tapissier? [Lui- faisant sitjne de la tête de dire non.)

ÉLISA, hésitant. Non... non, maman.

M. DUBREUIL. Comment, non?

MADAME DUBREUIL. Ail! monsieur Diibi'euil, permettez : vous ne diwez pas l'intimiiler; il faut qu'elle soit libre de répondre. {A sa jiUe.) Comment? lu ne voudrais pas être la femme d'un tapissier? le voir depuis le matin jusqu'au soir dans une belle boutique, à mesurer des franges et à aimer de la moquette ? [Lui faisant toujours signe de dire que non.)

ÉLISA. Non, maman, non, certainement.

MADAME DUBREUIL, à son mari. Vous voyez que je ne lui fais pas dire... {A .m fille.) Est-ce que lu aimerais mieux, par hasard, un jeune bomme comuK! il faut, qui n'aurait rien à faire toute la journée qu'à mener promener sa femme au bois de Roulogiie, en calèche ou en tilbury, qui lui donnerait des bijoux, des cachemires, (Regardant son mari avec attention.) et qui ne regarderait jamais le mémoire de la marchande de modes?

ÉLISA, vivement. Ah! oui, maman; voilà le mari qu'il me faut; et je n'en veux pas d'autre.

M. DUBREUIL. Et Hioi, morblcu ! j'ciitends. Mademoiselle...

MADAME DUBREUIL. Vûus le voycz, malgré nos conventions, vous allez vous emporter.

M. DUBREUIL. NoH pas; mais qu'elle voie au moins celui que je propose. Voici trois jours que Bernard est arrivé de Lyon; ses premiers moments ont été donnés à sa famille et à ses affaires; mais maintenant il nous appartient ; et je vous préviens que tanlùt nous l'avons à diiier, pour que vous fassiez connaissance.

LES ADIEUX AU COMPTOIH

MADAME nruiiEiJU.. Eh ! moiiDicu! innisleconnaissoiis lie reste, iiar tout le bien ([lie vous nous in disiez.

Aiii des Amazones.

C'ust uii garron lioniiéte et raisûiiualili', Plein (le bonté, d'espi'it et de vertus,

ELISA

D'un caiactéro aussi joyeux qu'ainialile.

M. DUBRF.UIL.

Hé Ijicu, nioil)leu ! que vous faut-il de iilns'.' Es|irit, !;atié, lu-udcncj, bonté d'Anio, Que de veilusl.. En voila, Dieu nieici ! C'est de quoi l'aile un béi'os .. et iMadanje N'y ti-ouve pas de quoi l'aire un niaii !

MADAME DUDREiML. Oui, Morisicur; parce que je ne veux pas saLrilicr ma fi:ie, parce que nous ne sommes lioinl fsiles pour subir continuellement riiuniilialion (lu couq)toir.

M. Diiinia IL. L'humiliation du comptoir! Ah eà! ma ch(M'e Jeannette...

MADAME munia-u.. Ah! Ji.'annelte!..

M. DiBREiML. Dame ! eY'tait votre nom, (piand je vous ai épousée... (On sonne.) Et, tenez, tein.'z, vcuis (pii n'êtes point l'aile... cutenlez-vous la sonnette? voilà (lu monde ipii airive. Allons^ ma fille, ma femme, à vtdre poste.

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