M. DL MONTLUCAR, ZOÉ, AGATHE
ZOÉ. Te voilà!.. Que tu es genlille de venir me voir, et île si bon niivtin (encore!
AGATHE, q(«' a scdué M. de Montlucar. C'e^l aujourd'hui le seid jour où je sois libre.
ZOÉ. C'est juste... c'est dimanche! Tu vas à !a messe, et ta helle-nière n'y va pas!
AC.AïiiE, litant son chdle et .son chapeau que Zoé place sur
différents meubles. Elle avait ce matin une iudition Uil
nouveau compositeur qu'elle protège l't cpu lui l'.iit entendre son opéra.
M. DK Mû.NTi.ucAR. Ah ! lé jeuue Tindjallini !.. l'hoimeur de l'Ausunie, âme de feu, àme brûlante! le génie de la nnisique !
ZOÉ. Encore un de vos amis!
M. DE MOfiTLUCAR. Certainement! un des nôtres ! un houinie ipii feiM du bruit dans li! monde!
ZOÉ. 11 commence dc'jà!
M. DE MONTLUCAR. Et votrc charmante belle-mcre... ou plutôt votre sœur, comment su porte-t-elle?
.\GATiiE. A merveille.
M. DE MONTi.ucAR. Et M. lie Mircuiont, votre iiére, que nous rcspectohs, que nous admiron.s tons! Impassible, au Luvendjtiurg, sur s:i ch.iis,; curule, il a vu se briser contre Son inunubilité le Ilot de toutes les révolutions... et quoi ipi'd,irrive,ce n'est pas lui qui abandonnerajam lis Sun poste!
AGATHE. 'Vous ètes bien bon!., du ri'Sle, lui et ma bellemcre professent pour vous la uiènn; eslimL\ Hier, dans le s don, il n'était question que de votre dernier ouvr.ige.
M. DE MONTi.iiCAR. « Mcs Alloillalies politiipies et littéraires? »
AGATHE. Je crois que oui... je ne l'ai pas lu... c''est trop savant pour UKii... mais M. Bernirdet, le docteur en mé-
decine ; m lis M. Ttmballini, le musicien ; huit ou dix autres nii'S-ieursipii ('■laieiit là, qui doivent Inus s'y connaître, s'i'criaient:«Quelle profondeui! quelle iiniuiMisité! quel yV'iiieli)
M. DE MONTI.rCAK. Ccs clieis aui S !
ACAiiiE. Il y av.iit même M. Itutdiet...
M. DE MONTircAfi. .Mou l'dit.'nr!
AGATHE, (hii criait plus fort que les autres: « Aupi-ès de lui, Montesquieu n'est qu'un garçon de bureau! »
M. DE MOMT.ucAR. Il faut p udonucr quelque cho.se à la chaleur d'une amitié... qui peut se tromper... mais qui du moins .se tronq)e de bonne foi,.. Et monsieur votre père, (|ue disait-il?
AGATHE, naïvement. Il ne disait rien.
M. DE MONTrucAR. C'cst soii usagc !.. un honune gr.ivi' qui ne se prononce pas légèrement!
AG.viHE. Et puis peut-être est-il comme nmi, et u'.i-t-il p.is lu l'ouvr-ige! cependant il l'a sir si table... il l'a a(-heli>.
M. DE Mo.NTLiCAR, (jracement. On l'achète beaucoup.
ZOÉ, à .'iijathe, vivement. Non, vraiment, c'est mou mari qui le lui a envoyé.
M. DE MONTLiCAR. C'cst Vrai!., j'ai eu cet honneur... Et votre belle-mère, que disail-ille?
.AGATHE. Oh! c'est dillérent... elle pirlait bi'aucoup... elle i s'écriait: u Voilà unhomme ipi'il faut nonuner à l'.Vcadémie des sciences morales et politiques... c'est là s;i place. »
.M. DE MONTLCCAR , vivement. Eli vérité!., quelle feinnio!.. quel goût!., quel tact!.. (.1 A<iathe.) El puis... achevez.
IN iiOMESTiQi E, entrant par la porte à gauche. On demande à parli'i- à Muiisieur, à l'instant!
M. DEMONTHT.vR,r(r(>c/»i/wi((>»rc. Eh bien! ipi'on atleiirle!.. je ne suis pas un homme en place... je ne me dois p.is au public, je ne nu; dois à personne... je suis libre, indépendant.
LE Do.MESTiyi E. C'est M. le docteur Bernardcl.
M. DE .MONTLCCAR, o/)art. Ail! uii des nôtres! un ami... j'y vais... qu'il ne s'impatiente pa.s! Pardon, .Mademoiselle, ;e vous laisse avec ma feriirae! [U sort en faisant sifpw à sa femme, qui veut le retenir, de rester près d'Aijalhf.)