CROSBY, HÉLÈNE, DUROCHER
HÉLÈNE, bas, à Duroc/icr.Justement, voiciM.Crosby, mon marchand de tableaux... un homme immensément riche.
DUROCHER. En vérité!., et il n'a l'air ni fier ni insolent... tandis que là-bas... ( l'oyant Crnsby qui s'avance d'un air timide et salue Durocher.) mais, au contraire, il salue d'un air timide et honnête... Ah çà, est-ce que décidément les Anglais l'emporteraient sur la France... par les marchands de tableaux?
CROSEY, s'appruchant timidement d'Hélène et à demivoix. Je viens de voir Milord.
HELENE. Vous, uionsieur Crosby ... OÙ doiic cclu?
CROsuv. Sur la routede Londres... où je le guettais... pour avoir une répon.-e... vhus savez!., il m'a dit... que vous n'étiez pas encore décidée. . que [dus tard vous verriez!..
HELENE. Moi!..
CROSBY, lui faisant signe de la main de ne pas parler. C'est bien!., c'est bien! c'est tout ce que je demandais... A vosordres, miss Hi'dène, j'attendrai... (Haut.) Vous m'aviez dit de venir ce matin.
HÉLÈNE. Pour un nouveau tableau que je viens d'achever... et que je veux vous proposer (Lui montrant le chevalet.) Tenez, regardez...
DUROCHER, qui, pendant ce temps, est passé près de kl table, a yauche des spectateurs, et a ouvert le carton de lord Albert. Voilà une Pénélope...
CROSBY, à demi-voix, lui montrant Durocher. Quel est ce monsieur... qui a un air étranger?
DUROCHER, interrompant Hélène qui va répondre. Un ami de la maison? [Regardant toujours.) Qui a fait cet œil-là?..
CROSBY. Enchanté, Monsieur, de faire votre connaissance!
DUROCHER, /ernia/if /ecarfon. Pauvre Pénélope!., quel œil!..
CROSBY, s'arrétant devant le tableau qiCil contemple
LA PROTÉGÉE SANS LE SAVOIR
quchiiies insfmils avec son lorijnon. Eh mais... ch mais.. permi'll<'7, dune, voilà un petit paysage qui est divin... délicieux I .
DURocHER. Vous trouvcz? (.4 part.) Encore un qui n'y entend rien !
CROSBY. C'est admirable de ton... et de couleur. {A Dijroc/jcr.) Voyez plutôt. Monsieur... voyez vous-même.
DunocHER, à part. A moins que ce ne soit les deux coups de pinceaux que je viens d'y donner... Je suis pour ce que j'en ai dit : les .4nglais ne s'y connaissent pas...
CROSBY. IN'est-ce pas, Monsieur, que c'est charmant?
DUROCHER, haut. Vous Hvez Faison. . c'est très-bien.
CROSDY. C'est-à-dire que c'est tout uniment im petit chef-d'œuvre ! Vous n'avez encore rien fait de si fin, de si joli, de si délicat!
nÉLÉ^E. Vous êtes trop bon, monsieur Crosby... Mais trêve d'éloges, et voyons l'essentiel. (Souriant.) Combien me donnez-vous de ce petit chef-d'œuvre?
CROSBY. Mon Dieu!., il faudrait, pour être juste, le couvrir d'or... mais...
DUROCHER, « part. Ah ! yoilà le mais comme là-bas.
CROSBY. Les temps sont durs! le commerce va mal...
DUROCHER, à part. Juste la même plirase dans les deux pays.
CROSBY. Je ne puis guère vous donner de celui-ci... qu'une centaine de guinées!..
DUROCHER, étonné. Cent guinées!.. cent louis de France... est-il possible!..
HÉLÈNE. Soit, monsieur Crosby... comme vous voudrez!
DUROCHER, bas, à Hélène. Tu acceptes! {La prenant à part.) Pardon, (lardon, mon enfant, je suis honnête homme avant tout .. je crains que ce brave homme ne se ruine! Quoique Anglais, je m'y intéresse... et à ce faux-là... vrai...
HÉLÈNE. C'est le prix ! Je lui ai vendu près du double les trois derniers, qui ne valaient pas celui-ci.
DUROCHER, stupéfail. Les trois derniers!
HÉLEîsE. Oui vraiment !
DUROCHER. Plus du double!
HÉLÈNE. Eh mais, sans doute !
DUROCHER, prenant à part Crosby, qui, pendant ce temps, examine te tableau. Monsieur, c'est fait... c'est vendu !.. Mais dites-moi, non pas que ce ne soit charmant, délicieux... et comme vous l'avez très-bien apprécié, un vrai chef-d'œuvre... mais enfin, je voudrais savoir comment, ici... à Londres... on peut s'en retirera ce prix-là.
CROSBY. Parfaitement. C'est pour moi une affaire excellente...
DUROCHER, opart. Ce n'est pas possible... et, à moins d'en avoir la preuve de mes propres yeux...
UN DOMESTIQUE, annonçant. Lord Tressillyan,
HÉLÈNE. Je ne le connais pas !