‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 3 sur 975 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Les pnÉcÉDi;>'TS, RAniKÇA, entre par la porte rfc (jauche ; il jmrte un manteau et xin riche pourpoint sur son bras,

CHABLES-QuiNT, qui est rcstè plongé daHs ses réftexions. Qui ■. ienl là?

c,i:attinara. Bahicça, le valet de chambre et le courrier le Votre Majesté.

charles-quint. Qu'il revienne!

■ BAHiÉÇA, bas, à Guatlinara. Voilà trois fois que je reviens!

cu.WTiNARA, au roi, qui vient de s'asseoir devant la table, à droite, et qui regarde %Me carte de géographie. Il dit que voilà trois fois qu'il revient.

CHARLES-QiiM, de même. Qu'il attende!

DABIÉÇA, bas, à Guatlinara. Je ne fais que cela! (Babiéça entre dans le cabinet de toilette du roi, à gauche. Pendant ce temps, Guatlinara s'approche du roi, qui, assis dc*vant la table, A droite, étudie toujours sa carte de géographie.)

GC.WTiNARA. -Musi, Votre Majesté trouve la présence de l.i princesse Marguerite inutile à Madrid?

ciiARLES-QL'iNT, .saus Se retourncr. Oui!

ci'ATTiNARA. El daiigercuse?

CHARLES-QLIM, de même. Oui!

CUATTINARA. Il faut doiic au plus tôt l'éloigner!

c.HARi.ES-QUiNT, de même. Non!

CUATTINARA , c/o»np. Comment cela, sire?., et pourquoi?..

CHARLES-QciST, lui montrant du doigt la carte de géographie. Voici, Guatlinara, une carte de l'Europf que je regarde souvent. Quand j'y aperçois par malheur quelque province faisant angle ou saillie dans mes Élats, et dont la possession pouiTait m'aligner ou m' arrondir, celte idée, absurde ou non, m'occupe et m'absorbe jusqu'au moment où, à tout prix, la province est à moi! alors je n'y pense plus et j'en rêv« une autre! Eh bien! en voyant hier cette fiéie princesse s'avaiiçant ahisi dans mes domaines, une idée m'a tout à coup souri...

CUATTINARA. Ocicl!.. uiic nouvcUe province à conquérir!

CHARLEs-QLiNT, uvcc choleur. Tu l'as dit! la partie est depuis longtemps engagée entre Marguerite et moi. Elle est

;r"ivée ici, m invincible, puui nous enlever notre prisonnier, à la pointe de se? t-harmes... Quel triomphe... si, sans rien accorder... j'obtenais!., et si. laissant à .Madrid sa fierté, et sou frère captif, elle repartait, sans pouvoir din; comme lui : Toul est perdu... fors... {Viueinenl.) Voyons! est-ce que ta haine castillane ne sourit pas à ce plan? Nous avmis triomphé du frère... triomphons de la sicur!.. Vive Dieu! Mai'guerite est si belle, que sa conquête vaudrait une seconde b.ilaillo de Pavie.

iiABilîçA, rentrant. Sire!..

niARLEs-QuiNT. Encore toi! Que veux-tu?

BABikçA.' Habiller Voiiv Majesté pour la messe.

cinRi.r.s-QciNT. c'est vrai! je l'avais oublié!

BAïuÈi.A. El puis demander à Votre Majesté pour moi...

CHAitLES-QiiNT. Pour loi!.. Par saint Jacques! ijue l'on m'aceu.se encore d'être insatiable! En voilà un, qu'avec loub' ma puissance, je n'ai jamais |)u satisfaire. Lûr.sque j'étais encore^ cnt'.uit, il a en, dans une partie de paume, et par malheur poiu' moi...

BADiÉçA. L'avantage d'('tre éborgné par Voti'o Majosti;.

ciiAiu.Es-Qn\r. L'av.int.igi^! tu dis bien! car, sous ce prétexte, il n'y a p is prétention, si exa.gérée qu'elle soit, qui ne lui sinnble toute naturelle... 11 faudrait. Dieu me pardonne, en faire un ministre...

bauié':a, avec humeur. Il y en a qui n'y voient pas mieux que moi!

CHARLEs-QiT.vr. Je lui ai fait une pension. Je l'ai nommé mon Courrier de cabinet. Hier encore, je l'ai, à sa prière,

nommé mon valet de chambre, et cela ne suffit pas

Voyons!., que te fiut-il de plus? que demandes-tu en fait de places?

BABIÉÇA. Que Votre Majesté m'en ôte une.

CHARLES-QUINT. Pardicu , et pour la rareté du fait... je te l'accoj'dc !

BABIÉÇA. Comme courrier de caliniet. Votre Majesté me fait voyager de Madrid dans les Pays-Bas, de France en Allemagne, et de Naples à Cadix... C'était bon quand j'étais garçon... mais maintenant que je suis marié... sire, et le seigneur Guatlinara, notre prolecteur, vous le dira, marié à la plus jolie fille et à la plus coquette de tous vos États...

CHARLES-QUINT, sowiant. Qui sont assez étendus, grâces au ciel !

isAuiLÇA. Us ne le sont que trop! et on assure que vous ne songez qu'à les augmenter encore! Que deviendrais-je alors? car je ne puis cacher à Votre Maje.sté... que je suis jalouv... jaloux...

CHARLES-QuiNT. Couuue uu iioblc Espagnol!

BABIÉÇA. Comme un mari qui est toujours en route, toujours absent, et qui, chez lui. au retour, ne peut observer (pie d'un œil! Aussi, Votre Mijcstc, qui me croyait ambitieux, comprend bien qu'elle me rend un véritabki service eu ra'ôtant cette maudite place, d'autant que, j'en suis sûr, elle m'en dédommagera d'une autre manière!

cHARLEs-QuiNT. Nous y pcuscrons... Prépare ma toilette. Je te suis.

BABIÉÇA, se dirigeant vers le cabinet, à gauche. Oui, sire.

cu.vTTiNARA, d'wi air mquiel et à demi voix. Votre Majesté compte donc lui accorder...

CHARLES-QUINT, (?e même. Moi, le ciel m'en préserve! Un courrier de cabinet jaloux... c'est un trésor !.. il est toujours , pressé de revenir... et je ne trouverai jamais mieux ! '

BABIÉÇA, prêt à filtrer dans la chandtre du roi, revient sur j

«•s pas. ,\h! mon Dieu!., sire!., j'oubliais Ce n'est pas •

|mnr moi... cette fois... c'est de la part de la princesse Mar- ; guérite... ^ , ,,

CHARLES-QUINT. Eh! parle donc vite... c'est par là qu il .

fallait commencer.

BABIÉÇA. J'ai préféré commencer par moi. {Présentant une

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARKE

lettre.) Non pas que cette noble diime ne soit si gracieuse r|iie dès qu'elle vous sourit, on se sent gagner le cœur... et elle sourit toujours!

cuATTiNARA. Quand je vous (lisais, sire, qu'elle les a tous ensorcelés, jusqu'aux valets de chambre!

BABiEÇA. Je lui dois tant!.. L'autre jour encore, elle m'a dit, en jetant un coup il'œil sur le capitaine des hallebardiers, mon ami intime : « Quoi! Babiéça ne voit pas qu'on fait la cour à sa femme ?.. »

c.uATTiNARA, vivemetit. Le capitaine des hallebardiers'..

BABIÉÇA. C'était vrai.

CHARLEs-QL'iNT, qut vieiit de parcuurirla lettre. 0 ciel !

GUATTiNARA. Qu'cst-cc donc, sirc?

CHARLES-QUINT. Elle iiic demande un sauf-conduit pour repartir, c'est-à-dire, pour renverser toutes mes combinaisons!.. {Se promenant avec agitation.) Couçoit-oii qu'elle veut quitter l'Espagne, si je ne lui laisse voir son frère, si je ne m'entends pas aujourd'hui pour sa rançon et sa liberté...

cuATTiNARA, avec intention. J'avais raison de dire... que la princesse Marguerite troublerait... non-seulement toute la cour... mais l'empereur lui-même...

CHARLES-Qi'iNT , uvec hauteur. Qu'elle parte!., qu'elle parte... j'y consens... Fais toi-même ce sauf-conduit... mais qu'elle parte! Car les femmes, Guattinara, si ce n'étaient que fausseté, coquetterie ou trahison... passe encore !. . Mais cela occupe, oui, cela occupe... et c'est un temps perdu pour les alfaires!.. Aussi pnmds-y garde!.. (A habiéça.) AWona, viens. (/( sort, avec Babiéça, par la porte à gauche.)

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