‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 300 sur 975 · M. DE VILLEBLANCHE, MADAME DE MARCILLY · texte numérisé non relu

M. DE VILLEBLANCHE, MADAME DE MARCILLY

MADAME DE MARCILLY. Ali! jc VOUS chcrchais , Monsieur! et je ne savais ce que vous étiez devenu.

M. DE VILLEBLANCHE, qui s'cst ossis dans un fauteuil auprès de la table , et qui a pris un livre. Vous êtes bien bonne de vous en être aperçue.

MADAME DE MARCILLY, avcc douccur. Jc vois quc vous avez parlé à M. de Saint-Félix, et que vous êtes fâché contre moi; aussi je vous cherchais pour faire la paix.

M. DE VILLEBLANCHE, toujouT S froidement. Vous aurez de la peine, je vous en préviens.

MADAME DE MARCILLY, souriant. C'cst cc quG nous verrons; mais, avant tout, dites-moi, je vous en prie, quel intérêt si grand prenez-vous à M. de Saint- Félix?

M. DE VILLEBLANCHE. Lui, d'aboi'd cst uu fort aimable jeune homme; et puis son père était un ami intime (.1 part.) que je n'ai jamais vu.

MADAME DE MARCILLY. M. de Saint-Félix votre ami i itime? vous ne m'en avez jamais parlé.

M. DE VILLEBLANCHE. Parcc qiic uous nous étious perdus de vue depuis longtemps; mais avant son départ pour Bordeaux, il ne cessait de me parler de ce mariage; de me dire combien il serait flatté d'avoir une belle-fille aussi aimable , aussi jolie.

MADAME DE MARCILLY. Mais il lie counait pas Eugénie.

M. DE VILLEBLANCHE. Je VOUS demande pardon : il ne l'a vue qu'une fois; mais c'est assez pour juger.

MADAME DE MARCILLY. Je VOUS assui'e qiie vous vous trompez; je n'ai jamais reçu M. de Saint-Félix le père; et je mène si peu Eugénie dans le monde.

M. DE VILLEBLANCHE. C'cst possiblc; mais je vous proteste qu'il l'a vue chez le baron de Précour, à une partie de boston ; il lui a même paru fort héroïque qu'une jeune personne se résignât ainsi au boston.

MADAME DEMARCILLY. Qu'CSt-CO qUC VOUS (liteS doUe?

mais c'était moi qui faisais son boston.

M. DE VILLEBLANCHE. Vous? pas (lossible! il m'a bien dit : Mademoiselle de M.arcilly.

MADAME DE MARCILLY. Ah ! c'cs! charmant ! je me rapiiellc fort bien cette soirée ; c'était moi. Qwn\ réellement, il est possiblc qu'il m'ait pri^e po mue demoiselle? Convenez que c'est fort drôle.

M. DE viLLEi.LANCHE. Je uc ti'ouve pas cela drôle du

LE CONFIDENT

tmit, moi, Madame; M. de Saint-Fclix pira:s<;ait Irr.'^-i'piMS de sa Julie partner; et s'il aiiprenait que ce n'(>st pas sa liellc-fiUe...

jivnAMK ni: m.micillï. Vraiment! vous seriez jaloux? Par Ixinheur, il est des inojens de vous rassurer.

M. LIE vii.i.ebi,am:he. Vous croyez? {A part.) La voilà Lien disposée, nous pouvons commencer rattaqne.

MADAME i)E MAiiciLLY, ovec Un ppu d'embamis. C'c?,t un aimable homme que ce M. de Saint-Félix le père. Aussi je ne voudrais pas me fâcher avec lui; et, si vous tenez àm'èire agréable, si, comme vous le dites, vous tenez à ma main, il y aurait un moyen de l'obtenir dés iiujourd'luii même.

M. DE vn.LERi.ANCHE. Aujourd'hui! (.4 part.) Nous y voici. (Haut.) Et (lue faudrait il faire pour cela?

M\DAME iiE MARcu.LV. Lui écrire vous-uiénie une lettre bien amicale, bien aimable, comme vous savez les écrire, et lui dire qui', comme bcan-père d'iinijénie... 'du moins vous allez l'être; ainsi, dans le l'ail principal, il n'y aura point de mcnson;.,'e) .

M. DE vn.LEUiANCin:, à part. Ce qui veut dii'e i|u'il va y en avoir dans le resle.

MADAME DEMMicu.i.Y. Voiislui écriroz douc que vous ne pouvez consentir encnre au mariage de votre belle- (ille; mais que, plus lard, dans trois ou quatre ans...

M. DE v[i,i.EBLA>r.HE , froiilcmcnt. J'en suis bien fâché, Madame, mais je n'écrirai pa-; cette lettre.

MADAME DE MARCiLi.Y. Vous ne tenez donc pas à m'é penser?

M. DE viLLEBEAN'ciiE. Nou, Madame, pas mainten.nit.

Madame de marcili.y. Et pourquoi ?

M. DE V1LLEBLANC11E. Paicc que j'ai fait des réflexions, et je trouve que vous êtes encore trop jeui e pour moi.

MADAME DE MAiiciLi.Y, ctoiincc. Comment ?

M. DE vn.i.Eiti.ANCHE. Oui, Madime, cette aventure (le .M. de Sairil-Kéliv, et d'autres idées qui me sont vernies, tout me le prouve.

MADAME DE MARcu.i.Y. Vous uc me parlcz pas sérieusement; et je ne croirai jamais (Regardant dans la glace.) que ce soit à ce point-là.

M. DE V1LLEBI.ANCI1E, à part. Elle y regarde; j'en étais sûr.

MADAME DE MARCiuLV, apercevant le billet. Qu'est-ce que je vois là?ime lettre à ma psyché! Savez-vous ce que Cela veut dire?

M. DE VILI.EBLANCHE. Eu aucuiie façon ; car j'arrivais à l'instant.

MADAME DE MAEicu.LY, l'ouvrant et à part. De quelle part'! [Allant à la fin de la lettre.) « Signé, Votre miroir- I) Quelle est cette plaisanterie?

M. DE VII-LEBLAKCHE. VoulcZ-VOUS que je VOUS lisC?

MADAME DE MARciLLY. C'cst inutile, Moiisieur; que je ne vous dérange pas : reprenez votre livre. [iJ. de Vdlehlaiiche vase rasseoir; mais il observe madame de Marcillij tout le temps où elle lit la lettre.)

M4DAME liE MARCILLY, di'bout et ù part. Elle lit. (( Madame, vous m'avez souvent fait l'honneur de me « consulter ; et, quelques secrets que vous m'ayez con- (( fié-, ma fidélité a toujours égalé ma discrétion; ce <( matin encore vous avez daigné me demander mon (( avis. » [S'inlerrompant.) 0 ciel! qu'est-ce (|ue cela signifie? et qui a pu deviner?.. Mais contiiuKiis : ■ (EUe lit.) (( Ce matin encore vous avez daigné me de- « mander mon avis; unis counne je crains que vous <( n'ayez mal inicrprété mon silence, je prends la li- (( boric de vous l'expliqinT : vous êtes toujours jeune, (( toujours jolie ; je m'y connais. Madame, et vous

« pouvez m'en croire ; c'est pour cela mèine, c'est par « co(|nelterie que moi, votre conseiller intime, je vous « engage à marier votre fille sur-l(»-champ, pour que « chacun s'étonne etse demande si ce n'est |ias là votre « sœur, et pour qu'on admire une résolution que pins « tard peut-être on trouverait toute naturelle. » (Elle regarde M. de Villeblanche, qui feint d'être occupé de sa lecture. S'i7derrompant^) Je n'y conçois rien ; mais voilà un conseil d'une sagesse... Je n'avais pas encore envisagé la (piestion sous ce point de vue ; et il est de fait qu'il faut être bien jeune et bien jolie pour oser se permettre... Mais voyons la fin : [Elle lit.) « Je ne hasarderai plus qu'un seul avis: un miroir « voit bien des choses qui échappent même à l'œil « d'une mère : et votre fille est venue parfois me con- « sulter; j'ai vu ses yeux mouillés de firmes! Elle (( aime sans oser vous l'avouer, et vous ne voudriez <( pas la rendre malheureuse. Non, vous ne le vou- <( drez point, dans vutre intérêt et peut-être dans le « mien; car le malheur de votre fille ferait le vi'ilre; (( je verrais dans la douleur vos traits s'altérer; rien <( ne flétrit comme le chagrin, et l'on embellit par le (( bonheur. Tâchez donc que ma glace fDlele ne piiis-e (( jamais réfléchir que les traits heureux d'une bonne (( mire ; faites que nous soyons contents l'un de l'autre, « et que vous ayi^z à me regarder autant de plaisir « que j'en ai à vous voir. Moi, votre miroir fidcli'. »

M. DE VILLEBLANCHE, qui s'est Icvc et s'csl approché d'elle. Eh bien ! qu'avcz-vous donc?

MADAME DE MARCILLY, lui donnant la lettre. Tenez, tenez. Monsieur, lisez vous même. Que devenir? comment cacher ma honte? car à coup sur quelqu'un a mon secret.

M. DE VILLEBLANCHE. N'est-CB quB Cela? Je vois ce dont il -s'agit.

.\m : En amour comme en amilié.

D'un seul instant de vanité Dont le repentir vous lionorc, Vous craignez la pul)licit(i; Eli bien 1 votre secret vous appartient encore; Ne craignez pas qu'il soit jamais trahi ; Calmez cette frayeur extrême.

Notre secret est encore en nous-méme.

Alors qu'il est dans le sein d'un ami.

MADAME DE MARCILLY. Quoi , Moiisiciir ! Ce uiifoir si laisonnable, c'était vous!..

M. DE VILLEBLANCHE. Je ii'étais quc son interprète et son secrétaire ; j'attends la réponse.

MADAME DE MARCILLY. Ne la devinez-vous pas?

M. DE VILLEBLANCHE, apercevant Saint-Félix et Catherine qui sont au fond du théâtre, et qui ont entendu les derniers mots. Tenez, Madame, c'est à lui (|u'il faut la faire.

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