‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 323 sur 975 · SCENE VIIL · texte numérisé non relu

SCENE VIIL

LA COIMTESSE, HENRI, se tenant au fond à l'écart. MONTRICHARD.

LA COMTESSE, allant vivetmnt ù Monti ichard . Ah!., monsieur lebarou...quejesulsbeureus( de vuusvoir!.

MONTRICHARD. Jc veuais d'abord. Madame, vous adresser mes remercîments...

LA COMTESSE. Pour volrc préfecture? eh bien, jc les mérite; vous aviez un adversaire redoulable... mais j'ai tant cabale... tant intrigué... car vous m'avez fait faire des choses dont je rougis... que j'ai fini par l'emporter...

MONTRICHARD. Quc de gràces à vous rendre. Madame!.. Et qui donc a pu me valoir un si honorable patronage ?

LA COMTESSE. Voti'C mérite, d'abord ! oh ! je vous connais de plus longue date que vous ne le croyez... nous avons fait la guerre l'un contre l'autre, en Vendée...

MONTRICHARD. Et VOUS m'avcz protégé, quoique ennemi ?

LA COMTESSE. Micux eucorc... à litre d'ennemi... Jc vous conterai cela un de ces jours... car vous me restez... Charles... [Henri ne répond pas.) Charles... délivrez monsieur le baron de son chapeau... [Mouvement dubaron.) oh ! je le veux !.. [A Henri.) Charles... allez cherchef des rafraîchissements pour monsieur le baron... (Henri sort en riant.)

MONTRICHARD. VoUS UlC COHlbleZ...

LA COMTESSE. Oui... je vcux vous rendre la reconnaissance tres-difflcile !

MONTRICHARD. Vraiment, Madame!., eh bien, jugez de ma joie, je crois que je viens de trouver le moyen de ni'açquitter vis-à-vis de vous!

LA co.MTEssE. Vous couimenccz déjà... (Mouvement de surprise du baron.) en me donnant le plaisir de vous recevoir... ,^ ,, .-.^,.

MONTRICHARD. Je lierai pieux encore... je viens vous offrir à vous. Madame, qui êtes si dévouée à la bonne cause, l'occiision de rendre un signalé service à Sa Majesté! j,„ .^ , ,„ „. .,:;..

LA CO.MTESSE. Doniiez-:moi lii m?iiii, baron; voila le mot d'un vrai royaliste! et ce service, c'est...

MONTRICHARD. Do l'airc arrêter le chef de la grande conspiration bonapartiste...

LA COMTESSE. Bravo!.. Ce chef est donc un homme important... connu...

MONTRICHARD. Conuu ?.. oui ! du moins de vous, à ce que je crois, madame la comtesse.

LA CO.MTESSE, riant. De moi!., je connais un conspirateur!.. Ah ! le nom de ce traître, qui m'a trompée?..

MONTRICHARD. M. Hciiri dc Flavigueul ! ..

LA CO.MÏESSE, ovcc botthomii'. M. de Flavigueul!.. ce tout jeune homme, qui a l'air si dou.x... oh! je n'aurais jamais cru cela île lui!., je l'ai vu en eirel quelquefois chez sa mère... mais c'en est fait! (Riant.) je dis (.omnie le farouche Horace : 11 est bonapartiste, je ne le connais plus ! je crois ipie je fais le vers un peu long, mais Corneille me le pardonnera... Ah çà ! mais où est-il ce M. de Flavigueul?

MONTRICHARD. Il Se CacIlC.

LA COMTESSE. Il sc cache !

.MONTRICHARD. Daus uii cliàtcau...

LA COMTESSE. Voisin?

MONTRICHARD. Trcs-voisin...

LA COMTESSE. OÙ VOUS allez le surprendre...

MONTRICHARD. Voilà Ic difficile!., et il me faudrait votre aide pour cela. Madame...

LA COMTESSE. .Mou aide!..

MONTRICHARD. Oui! luiagincz-vous que ce château appartient à une femme du plus haut rang, du plus pur royalisme... une femme d'esprit, de cœur, et de plus, ma bienfaitrice...

LA COMTESSE, ironiquement. Comme moi?,.

BATAILLE DE DAMES

MONTRicHARD. Précisément. .. Voiis coiiccvez mon embarras... pour lui (lire d'aljord que je la soupçonne, puis, que je viens faire chez elle une invasion domiciliaire... et, ma foi. Madame, je vous l'avouerai... j'ai compté sur vous pour la prévenir.

LA COMTESSE, éclatant de rire. Ah! la bonne folie !.. Ainsi vous croyez que moi!., je recèle un conspirateur...

MOMRiCHABD.Hélas!.. jenelecroispas ; j'en suis sûr!

LA COMTESSE. Et c'cst pour ccla que vous avez amené tout cet ailirail de dragons? que vous avez déployé ce luxe de gendarmerie?

monthicharo. Mon Dieu , oui ! et je ne m'éloignerai qu'après avoir arrêté l'ennemi du roi... U laut bien que je vous prouve ma reconnaissance, comtesse...

LA comtesse, changeant de ton. Eh bien... moi, monsieur le baron, je vous prouverai comment une femme offensée se venge !

MONTRICHARD. Vous veuger...

LA COMTESSE. D'uu procédé inqualifiable... d'une sanglante injure pour une fervente royaliste comme moi... (Allant au canapé.) Veuillez vous asseoir, baron... as;eyez-vous... et écoutez-moi!..

HENRI, se rapprochantpour écotUcr, etàpart. Qu'est-ce qu'elle va lui dire?

i.A COMTESSE, o Henri. Qu'est-ce que vous faites là?. . vous écoutez, je crois... achevez donc votre service! {A Montrkhard.) Vous rappelez-vous, monsieur le baron, qu'il y a, hélas!., div-huit ans, un jeune magistrat plein de talent et de zèle fut envoyé au château de Kermadio, pour y arrêter trois chefs vendéens...

MONTRicHARi». Si je me le rappelle. Madame, ce magistrat? c'était moi!

LA COMTESSE, avcc moquerig. Vous !.. vous étiez alors lirocureur de la République, ce me semble...

MONTRICHARD. VoUS CrOyCZ?..

LA COMTESSE. J'en suis sûre.

MONTRICHARD. C'cSt pOSSiblc.

LA COMTESSE. Ordouc, puisquc c'était vous, monsieur le baron, vous souvcncz-vous qu'une petite fille de treize ou quatorze ans?..

MONTRICHARD. Fit évader les trois chefs vendéens à ma barbe, et avec une adresse...

LA COMTESSE. Épargnez ma modestie, monsieur le baron, cette petite fille, c'était moi!

MONTRICHARD. Vous?.. MiidaiTie?..

LA coMTEfSE. Douze aus après, en Normandie... où vous étiez je crnis, fonctionnaire, sous l'Empire...

MONTRICHARD, avpc embomis. Madame!..

LA COMTESSE. Eh! niou Dieu! qui n'a pas été fonctionnaire sous l'Empire!.. Vous rappelez-vous ces compagnons du général Moreau qui allèrent rejoindre une frégate anglaise...

MOMiticHARD. Sous prétexte d'un déjeuner, d'une pi'onicnade en rade ! .

LA COMTESSE. OÙ jc VOUS avais invité... Ne vous fâchez pas... Vous voyez, comme je vous le disais, que nous avons déjà coiiihattu l'un contre l'autre sur terre et sur mer... aujourd'hui, nous voici de nouveau en présence, vous, cherchant toujours, moi, cachant encore, du moinsà ce que vous croyez... Rien de changé à la situation, sinon que vous êtes aujourd'liui préfet de la royauté. Mais ce n'est là qu'un détail. Eli bien! baron, suivez mon raisonnement... ou M. de Flavigneul est ici, ou il n'y est pas!

MONTRICHARD. Il y cst, Madame!

LA co.MTESSE. A moins qu'il n'y soit pas.

MONTRICHARD. U y CSt !

LA COMTESSE. Décidément?.. Ehbi'en! vous savez comme je cache, cherchez?.. (Elle se lève.)

MONTRICHARD, il Se tève. Vous verrez comme je cherche... cachez!.. Ah! madame la comtesse, vous me prenez pour le novice de 98, ou pour l'écolier de 1 804, mais j'étais jeune alors, je ne le suis plus!

LA COMTESSE. Hélas!.. je le suis moins!

MONTRICHARD. L'ardent et crédule jeune homme est devenu homme'

LA COMTESSE. Et la jcunc fille est devenue femme! Ah ! monsieur le baron, vous venez m'attaquer... chez moi! dans mon château! Pauvre préfet! quelle vie vous allez mener ! je ris d'avance de toutes les fausses alertes que je vais vous donner. Vous serez en plein sommeil!., debout! le proscrit vient d'être aperçu dans une mansarde. Vous serez assis devant une bonne table, car vous êtes fort gourmet, je me le rappelle... à cheval! M. de Flavigneul est dans la forêt !. . Alloas, parcourez le château, fouillez, interrogez... et surtout de la défiance? défiez-vous de mes larmes! défiezvous de mon sourire !.. quand je parais joyeuse, pensez que je suis inquiète... à moins que je ne prévoie cette prévoyance, et que je ne veuille la déconcerter par un double calcul... ah! ah! ah!

HENRI, à part. Par le ciel, cette femme est ravissante !

LA COMTESSE, à Henri. Servez des rafraîchissements à monsieur le baron... Prenez des forces, baron... prenez... vous en aurez besoin... {Voyant qu'Henri rit encore et n'apporte rien.) Eh bien! que faites-vous là avec vos bras pendants et votre mine bêtement réjouie... Servez donc?.. {A Montrichard , en s'en allant.) Adieu! baron... ou plutôt au revoir!., car si vous devez rester ici jusqu'à capture faite... vous voilà chez moi en semestre... (Lui faisant la révérence.) ce dont je me félicite de tout mon cœur... Adieu ! baron, adieu! [Elle sort par la porte du fond.)

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