LA COMTESSE. A VOUS
DE GRiGNON. Est-il possiblc!..
LA coMTESïiE. Oui, à cc caraclcro chevaleresque,;! ce besoin de daiger qui vous tourmente...
DE GRiG.NoN. J'en conviens!
LA COMTESSE. Et commc rien n'est plus contagieux que l'imagination, et que, grâce au baron de Moiitrichard,.)'ai re>prit tout plein de eoiispiruteurs et d'arrestations, j'étais là à faire des châteaux en Espagne... de aiiastropbes... je nie (igurais un pauvre proscrit condamné à niurt...
DE GfiiGXOK. Et vous étiez le proscrit.
LA COMTESSE. Noi), dU Contraire, c'est à moi (pi'd venait demander asile.
DE CRiGNON. C'est bicu aussi...
LA COMTESSE. Il m'apprenait qu'il avait une mère, une sœur...
DE CHIGNON. Comme c'est vrai!
i.A COMTESSE. Et soudain voilà des soldats qui entourent le château en m'oixionnant de leur livrer mon hôte...
DE GRiGNON, se levant. Le livrer... jamais!
LA COMTESSE. Coinmc nous lions entendons!.. Ils me menaçaient presipie de la mort!..
DE GuicMON. Qu'importe la mon! surtout si celé que l'on aime est là pour vous enconragvr, pour vous bénir... Ah! comtesse, quand je fais de tels ivves, avec vous pour témoin, mon cœur bal, ma tête s'exalte...
LA COMTESSE, souriant. Peut-être parce que c'est un rêve!..
TE GRIGNON. Quoi ! VOUS doutcz qu'cn réalité... Mais
que faut-il donr pour vous convaincre? Ce matin, j'ai l'adli, pour vous, nie jeter au milic-'J des llainmes... ce soir, je voudrais vous voir dans un péril mortel pour vous en arracher ou le partager avec vous...
LA COMTESSE. Qucllo ctialeur!..
DE GRiGNON. Ah! VOUS iic le couuaissez pas cc cœur qui vous adore, vous ne savez p.xs de qu;'l sacrifice, de quel dévouement l'amour le rendrait capable... Oui... je n'adresse an ciel qu'une prière, c'est qu'il m'envoie une occasion de mom'ir pour vous !
LA COMTESSE. Eh bien ! le ciel vous a entendu.
DEGRiGNox. Comiueut?
LA COMTESSE. Cette occasion que vous iniplorirz, il vous renvoie!
DEi'.RiGNOK. Hein?
LA COMTESSE. Cliavles, mon valet de chambre, que vous avez vu arrêter, n'est pas Charles : c'es! M. Henri de Elavigneul.
DE GRu.No.x. Quoi!..
LA COMTESSE. M. Hcuri dc Flaviguoul, ciind.unné à mort comme conspirateur.
DE GRIGNON. CicI !
LA COMTESSE. El VOUS pouvcz le sauvcr!..
DE GRIGNON. Couimcnt?..
LA COMTESSE. En VOUS uietîant à sa place.
DE GiiiGNON. Pour êtri' fusillé!..
L\ COMTESSE. Noii ! . . Ci'la n'ira pas jusque-là; mai;, pendant quelques instants seulement", il faut consentir à passer pnnr lui, à vous l'aire arrêter pour lui
DE GRlKNof». Ah! iiernietlez, Mad.ime, pern. étiez... j'ai dit tout pour vous!.. Mais poui' un ineouuu...pour ini étranger...
LA COMTESSE. PolU' Ull pi'oscrit!..
DE GRIGNON. J'entends bien!
LA COMTESSE. Doiit jc suis Ui couiplice... dont je djis défendre les jours au péril des iuieu~, et vous hésitez
DE GuiGNON. Du tout! du tout ! Vous Comprenez bien (jue si je tremble... car je tremble., c'est pour vous .. ri(Mi que pour vous... cir pour moi... cela m'eslbieii iudilfi'rent...
LA co.MTESSE. Je le savais bien... aussi je compte sur votre héroïsme... et moi! jc tâcherai qu'il soit sans péril !
DE GRICNON. Salis péril!
LA COMTESSE. Je crois pouvoir en répoiiilro.
DE GRIGNON. Saus péril!., (.ivec enllwusin.'^rhr-.) Ma.\s je veux (pi'il y eu ait... moi !.. je veux le braver pour vous!.. Parlez, que faut-il faire?
LA coMTES-E. Prendre un habit de livrée qui est là.
DE GRIGNON, avec iiUrépidUé. Je le fer.ii!.. .\près?
LA COMTESSE. Monter sur le siège de ma calèche, au lieu de mon cocher.
DE GUIGNON. J'y monterai ! .. Apivs?
LA COMTESSE. Pivudre Ics guidcS et me conduire...
DE GRIGNON. Jc VOUS conduii'ai !.. Apri's?
LA COMTESSE. Jusqu'à dcux cents pas <i'iei... où des gendarmes se jetteront sur nous ..
DE GRi-.NON, avec !Wî Commencement d'ijjroi. Des gendarmes !
lA COMTESSE. Et vous arrêteront.
DE GRIGNON, avec peur. Moi, de tirignon!..
LA COMTESSE. Non |ias, vous, de Crigiioii... mais vous, Henri de Flavigncul... et quoi qu'on vous dise, quoi ipi'on vous fisse...
DE GRIGNON. Quoi qu'oil llIC faSSC...
LA COMTESSE. Vous avoucrèz; vous soutiendrez que
BATAILLE DE DaWES.
vous êtes Henri de Flavigneul... On vons emprisonnera...
DE cRiGNON. Moi... (li' Grignon...
LA COMTESSE. Vous, de FlavigncuL.. cl pendant ce temps le véritable Flavigneul passera la frontière... et sauvé par vons, par votre héroïsme...
DE GRK^NuN. Et moi, pendant 00 temps-là?
LA COMTESSE. Vous I en prison... je vons l'ai dit.
DE GRIGNON. En prison! (.1 part.) Des l'ers... des cacliols... {Haut.) Permettez...
LA COMTESSE. Je VOUS oxpliiiuerai.. . On vient... vite^ vite, la livi'ée est là.
DE GitiGNON. Oui, Madame... je vais...
LA COMTESSE. Eli bien; oii allez-vous?
DE GRIGNON. Je vais prendre la livrée...
LA COMTESSE. Cc ii'est pas de ce côli' !..
DE GRIGNON. C'est jiiste... c'cst le salon!..
LA co.MTEssE. C'cst parici i
DE GRIGNON. L'cst Vrai!... Je n'y vois plus!..
LA COMTESSE. Alteiidez...
DE GRIGNON. QUOi doilC !
LA COMIESSK. Pi'euez celte lettre.
DE GRIGNON. Pourquoi?
LA COMTESSE. Pour la mettre dans voire habit.
DE GRIGNON. L'iiabit de livrée !..
LA COMTESSE. Précisément.
DE GRIGNON. Uans quel but?..
LA COMTESSE. Vous le sauitz !.. alkz toujours !..
DE GRIGNON. Oui , Madame !
LA COMTESSE. Et au préiuicr coup de sonnette...
DE GRIGNON. Oui, Madame!
LA COMTESSE. Sovcz prêt à paraître.
DE GRIGNON. En livrée!
LA CO.MTESSE. Sansdoute!.. On vient... allez donc... allez vile !..
DE GRIGNON , sorloiit par la porte à çiauche. (»ui... Madame! Ali! mon père ! ma mère! où m'avez-vous poussé!..