‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 354 sur 975 · SCÈNE VHI · texte numérisé non relu

SCÈNE VHI

Les PRÉCÉDENTS ; ÉnOUARU, sous les hnhitsel la /iifnrf de Verhois.

EMILIE. .Mon père, c'est monsieur V^by>îfe, iv marchand brocanteur de ce malin.

LAGNY. — Imprimerie de VuiiT el Cie. — l||o 0

L'ARTISTE

RAYMOND. C'cst-à-diro que je ne. peux pas travailloi- Mil instant. Laissonmis, que je me ilépèelie di; m'en ■ (lélianasser. (Emilie sort, Raijiiiund fait signr à lùlowird d'approcher.) Voyons^Muiisieni", de quoi s'agit-il? (H fredonne.)

Troppo languir Pei' iina lioUa.

[Hdouard se met à fondre en larmes :R(njmot}d, étonné, s'arrête.)

Eli bien! qu'avez-vons donc?

ÉcoiiARD. Ali, Monsieur! c'est que votre voix m'a rappelé celle de madame Verliois, ma pauvre femme. Ali! je ne peux pas cntin.ire chanter un seul air de bas-e-taille sans que... [Il se remet à pleurer.)

iiAYMo.ND. Ali , Jioiisieur! je suis désolé.

Kioi'Ano. Il n'y a pas de ipioi, Monsieur. Je vonsdeniuiderai la permission de poser mon chapeau et mon parapluie. [Il passe à droite, dépose .son chapeau il .wn paraphnesururiechaise.puiss'avançantfer.sUaijmoiid.) Je vous demanderai la permission de prendre nus lunettes, {lllui présente un papier ) WiWii, Mcmsieur, de quoi il s'agit.

RAYMOND. Oui, jc vois bleii; c'est à vous qu'on a cédé mes créances; monsieur Vevbois, marchand brocanteur.

Ciioi'ARD. C'est-à-dire brocanteur, cntenclons-nous ; liiocanteur le malin, et choriste de l'Opéra le soir.

RAYMOND. .\h ! vous daiiscz?

ÉDOCARD. Depuis quaraute-flnq ans, et il est impossible d'avoir nue existence plus agitée. [Pleurant.) Ah ! ma pauvre femme!

RAYMOND. Si vous voulcz, uous parlcroiis d'aflaires un autre jour.

KDOUARD. Non, Monsieur, cela me ili^trait. {Lui mon- Irant les papiers.) Vous voyez au bas de la page les quatorze cents francs que vous me devez.

Riv.MoND. Oui, mais je ne vois pas les tableaux (pi'un a saisis chez moi l'aulre semaine et qu'on a dû vendre.

nnocARD. J'en ai la note sur moi, je vous demanderai la permission de reprendre mes lunettes. (// met ses lunettes ; pleurant.) .Ma pauvre femme! ali! ces souvenirs sont bien déchirants! il vaut mieux cependant (pie ce foit elle... 1° Le tableau d'histoire.

RAYMOND. Oui, une bataille magnifique.

ÉDOiARD. Vous savez que dans ce moment les lah'eaux de bataille...

RAYMOND, à part. Ils l'auront laissé aller pour rien, c'est une bataille perdue.

EDOUARD. Le tableau d'histoire, neuf cents francs.

RAYMOND, étonné. Neuf cents francs, je n'en ai jamais vendu ce prix-k'i.

ÊDOUAUD, à part. Je le crois. (Ihul.) Voulez-vous écouter la suite? 2° i'our le tableau de genre, vous .savez que tout le mor.dc en fait ; sans cela, ou l'aurait mieux vendu. Le taldeau de genre, ipiatre mille francs.

RAYMOND. Qu'est-ce que vous me dites là'.' Je n'en reviens pas! quel art que la peinture! <|ualre mille francs des tableaux de genre !

EDOUARD. 3° Va portrait de femme, une llgurante à l'Opéia... [Il se met à pleurer.)

RAYMOND. Lh bien, qu'avcz-vous donc?

KDOUARD. C'était celui de madame Verbois, ma pauvre défunte.

RAYMOND. Comment: cette petite femme que j'ai peinte il y a quinze jours?

liDOUAiiD, phnirant. C'était la mienne, et le portrait était d'une ressemblance... ; vous sentez iiien que je n'ai pas regarde au prix".

RAYMOND. Quoi! c'est VOUS qui l'aviz acheté?

EDOUARD. Un portrait de femme, quinzi' francs.

RAYMOND. Je ne le souffrirai pas; et au lieu de spéculer sur votre douleur, c'est à moi de ré|u-imer les excès où elle pourrait vous conduire; je vous cède le portrait pour rien.

EDOUARD, pleurant. Ah ! Monsieur.

RAYMOND. Comftient! madame Verbois était figurante à l'Opéra?

EDOUARD. Au côté gauche, et moi au côté droit. Nous avons été séparés pendant vingt-cin ( ans, et nous ne nous réunissions que dans les morciaux d'ensemble, et aux tableaux finals. Ah! Monsieur, cpielle l'eiunie !

Air ; Vcii! brûlant d'.lrabie.

Aimahlj aiitanl que b'jllCj En mu(U-rno Ninon, On ne voyait cliez ullo Que fies gens du lion ton; Maint et maint di|ilonialc Russe, prussirn, a:)i;lai>.

Son boudoir, je m'en tiatle.

Etait presqu'un congrès.

Et quel talent! comme elle dansait! c'était une grâce, une vivaeih'; l'orchestre ne pouvait pas lasuivre! \h, ma pauvre femme! jamais je ne poun-ai l'oublier.

RAYMOND. Je n'ai pas besoin de vous deinamlcr si vous faisiez bon ménage?

KraiiARD. Ah! cerlainemcnt; aussi bon qu'on peut le faire à l'Opéra. Je me rappelle un tour que me fit une fois ma pauvre femme; c'était un soir d uis l'opéra d'.lrm/i/c; car il faut vous dire (pie j'adorais madame Verbois ; mais j'étais d'une jalousie, un petit tigre; je m'aperçus qu'elle causait avec M. B djamhe, quatrième danseur, et j'allais éclater, lorsque rimpi'ricusc ritournelle me i'ori^a à partir du pied gauche; je n'eus que le temps de lui (lire en traver- .sant : (Il traverse le Ihéàlre en dansant.) « Je le défends de lui parler. » Et elle,oiUraînée par la mesure, me répondit ,'i l'instant : (U traverse encore.) «Ah! tu me le défends; eh bien! jc ne causerai qu'avec lui. « Moi, saisissant un autre chas; é-c.rbisiî"; {Il le fait.) « Je vous prie au moins de ne pas le recevoir quand je n'y serai pas.» Et elle : «Quevous y soyez ou non, ce sera la même chose. — C'est ce que nous verrons. — C'est ce que vous verrez... » — Enfin, Monsieur, une scène trés-péiiihle, d'autant que dans ce moment nous représentions des bergers amoureux; (-t vous sentez coiubicn c'élait gênant pour l'expression de la phy>iononiie, nous étions obligés de rire. Nousavions des guirlandes, (prenant un air tendre.) « Ah, perfide! — Ah, scélérate!» (Se mettant à pleurer.) .\h, ma pauvre femme!,. Enfin, Monsieur, je ne me reconnais plus, sa perte a développé en moi une sensibilité dont je ne me croyais pas capable. J'avais ce matin une lettre de change de cinq mille franes, d'un jeune homme qui demeure au premier, dans cette maison. C'est en pleurant que je l'ai fait protester, et quand je pense que maintenant ce malheniviix jeune homme...

RAYMOND. Comment! M. Edouard serait en prison.

Air : On dit que jc suis sans malice.

Granits dieiiv! ma surprise est cxln^mc.

ïOOUARB.

J'en suis |ihis triste (|HC voiis-niènie.

RAVMOXD.

Et d'oi'i iirovlcnt votre regret?

L'AHTISTE.

ÉDOi'ARD, pleurant, Ali! ma fcmmo le ronna'ssait.

Ri'm|ili (.rriianls, de luilitcsse, Clii z nuiis on le voyait fans cesse; Si ma pauvre fuinnie \ivail, Gjands dieux! qucd clia.'riu elle aurait!

RAYMOKL). Comment! il serait possible... BcMiinlini avait (innc raison!.. Monsieur, ISIonsienr, un instanl... v(jus (liles une lettre de cliani^c de einq niilli' IVanes; je la pave, ou du nmins je vous doiiiie en à-comple les ipiali'i! mille francs de mon tableau de genre, et j'espère ipic vous me donnerez du" temps pour le l'esle.

ÉtiouARii, rionné, «/)nr(. En voici Lien d'une autre!.. iUaul.) Non pas, Monsieiu', s'il vous plaît; il me tant tout ou rien... et il s'en l'aut encore de mille Trams.

nAVMoM>..\li! nies viuj;t-cinc| louisdemacavatinc... [t'renant la houisc.i'l la dunnaiit.) T<mii z, tenez, voilà encore six cents francs, et pour le reste saisissez mon i]ioliil|i'r.

KiioiARD. Du tuul, M(jnsieur, jene souflViraipoint... ce n'est pas votre dette... (Refusant la bourse.) et je ne prendrai pas...

luvMOND. Morlileu ! vous la jirendi'i'Z, ou je vous fais sauter par la feriétre.

F.Doi'ABD. (Ju'cst-ce à dire, Monsieur? apprenez que je n'entends point de cette oreille-l;i, surtout avec des gens de voti'e et ige.

RAVMOMi. 1)0 monc'tage?

ÉDoiAiiD. Oui, Monsieur, ce n'est point quand on loge au sixième (pi'on peut liasardrrdrs plaisanteries, qui seraient tout au [dus permi.-es à l'entresol.

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