‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 362 sur 975 · STANISLAS, CHRISTINE · texte numérisé non relu

STANISLAS, CHRISTINE

rirnisTiNE, au garçon d'auberge. Stanislas, ditesvous? un soldat? Ah, mon Dieu! où est-il?

STANISLAS. Eh bien! est ce enfin In bourgeoise?

ciiiiisTiNE, l'apercevant et courant à lui. Le voilà... Ah! Monsieur, que je suis contente de vous revoir.

STANISLAS. Et moi, donc! je n'en puis pas parler; milzieiix, ça vous coupe la respiration.

ciiiusTmE. (Juand j'ai appris qu(! votre corps d''armée traversait ce jiays, je me suis dit : Nous le reverrons, ou il nous donnera de ses nouvelles... Vous restez quelque temps avec nous?

STANISLAS. Deux hcurcs au plus, le temps de se reposer; et en avant, le sac sur le dos.

AïK : On dit que je suis sans malice. Quelque regret qu'on ait, ma belle, Des que le tambour nous appelle.

Faut sur-le-cbamp être sur pié ; Adieu l'amour et l'amitié.

A chaque instant changeant de gite.

Nous somm's forcés d'aimer jilus vite.

Et de régler le seiitinuiit Sur la marche du régiment.

CHRISTINE. Votre blcssuiv. . vous en ètes-vous ressenti?

STANISLAS. Non pas, petite mère, elle a été trop bien

MICHEL ET CHRISTINE

soignée, mais je cmis que sans vous je qLiUtiiiiis le posle, et quand je \x'nso que peiulant un nvr.s entier...

ciuiiSTi^E. Allons, allons, ne parlons plus i!e cela ; volie présence en ces lieux nous a sauvés di^ bien d'au tfcs choses... sans vous celle maison peul-ùtn; serait hiùke; et moi qui en étais la servante, je n'en ser.iis pas aujourd'hui la niaitressc.

STAMSLAS. Comment! mademoiselle Christine, vous êtes la bourgeoise?

ciiRiSTiMî. C'est une histoire que je vous raconterai; l'auberge, le jardin et ses dépendances, tout cela est à moi : et jugez de mou bonheur, c'est chez moi ipie je vous reçois. Voulez-vous gnùter de mon vin?.. (Elle fait signe a Guillaume d'apporter une bouteille.)

STAMSLAS. Oui, parbleu! à condition que penilantcc temps-là vous me raconterez votre histoire. On n'écoute jamais mieux que quand on boit.

ciuusTiNË. Vous savez combien j'étais malheureuse, or|ihelme, sans fortune, obligée de servir madame Ruders, l'ancienne bourgeoise, qui était si méchante...

STAMSLAS. Et qui vendait de mauvais vin. Je me suis toujours défié de cette feminc-là.

CHRISTINE. Lorsque, environ quatre nioisaprès votre départ, un soldat qui retournait au pays me demande et me dit : Mademoiselle, j'ai deux mille écus à vous reniettie de la part d'un ami qui ne vous demande rien que d'être heureuse... adieu. 11 était déjà parti et sans même accepter un verre de vin, et depuis je ne l'avons plus jamais revu...

STAisisLAS, vivement. C'est très-bien ; j'étais siàr que ce hussard-là était un bravo homme...

ciiRisTiMi. Comment! un liussard! et d'où savezvousque c'était là soti uniforme?

STAMSL.^s. Eh! mais, mais morbleu! c'est vous qui me l'avez dit.

cuBisTiNE. Du tout, ct VOUS 60 savez plus que moi.

Air : Ainsi que vous, Mademoiselle.

A qui dois-je un bienfait semlilable?

Vous liésitez... je le sais à prrsent; Ouij vous seul en êtes capable.

'•" STANISLAS

Qui? moi I j'y pense bien, vraiment!

CHRISTINE

Avouez moi vos noliles ai'lifices,

Ou tl' vos bienfaits je ne veux plus.

J' n'ai pas lougi d'accepter vos services; Vous rougissez de m' les avoir rendus.

STAMSLAS. Eh bien ! oui, c'est à moi ou plutôt à mon colonel que vous le devez. Son portefeuille qu'il m'a donné en mourant contenait douze mille francs, que j'avais ainsi partagés, six pour vous et six pour mon père; la moitié à celui qui m'avait donné la vie, et l'autre à celle qui me l'avait conservée,c'est trop juste. J'avais chargé un de mes camarades de venir vous trouver; et le reste, j'avais été dernièrement le porter moi-même... mais mon père, ancien soldat, vieil invalide...

CHRISTINE. Eh bien!

STANISLAS. 11 n'en avait plus besoin, il n^'est plus au service; c'est là-haut qu'il reçoit sa paie... [S'essuijant les yeux.) .Mais, tenez; ne parlons plus décela, car je veux que vous acheviez votre histoire, et moi ma bouteille... Je devine que vous avez acheté cette maison.

CHRISTINE. Qui était mal tenue, mal gouvernée, et qui, grâce à mes soins et à mon zèle, est devenue la meilleure auberge du canton.

STAMSLAS. Tant mieux, vous méritez d'éti-e heureuse.

CHRISTINE. Heureuse!

STAMSLAS, hésitant. Oui, morbleu ! et certaini'uient celui que vous daigneriez. . Allons, morbleu! (piand je resterai là une heure en position, c'est un retranchement qu'il faut enlever à la baïiinnette. Tenez, m:idenioiselle Christine, depuis un an vous uacz été mon chef de file, et vous étiez toujours à côté de niui au feu comme au bivouac. J'ai de l'argent dniit je u' sais que faire, un cœur qui ne s'est pas encore donné', un bras qui ne s'est jamais vendu, tout cela est à votre service, et je vous l'oll're : voule/.-vinis de moi?

cHiusTiNE. Comment! miin<ieur Stanislas, il serait possible?

STAMSLAS. Voulez-vous m'épouser? parlez, je n'ai que deux heures à rester ici, ct je n'ai pas de temps à perdr'\

CHRISTINE. Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance; mais ce que vous me proposez estiinpossiblc ; il faut encore le temps de s'aimer.

STAMSLAS. Eh bien ! est-ce que vous ne m'aimez pas?..

CHRISTINE. Mais...

STANISLAS. M'aimez-vous? oui ou non.

CHRISTINE. Daignez, de grâce...

STANISLAS. Je n'aime pas les phrases; répondez-moi par un seul mot, oui, ou non...

CHRISTINE, timidi-ment. Eh bien!., non.

STANISLAS. Comment ! vous ne m'aimez pas, moi voire frère, votre ami, qui irais me jeter pour vous à la bouche d'un canon, et qui vous chéris encore plus que mon pauvre colonel! et pourt|uoi ne ni'aimeriezvùus pas? Je vous aime bien, vous (|ui me traitez plus durement qu'un caporal allemand ne traite une recrue.

CHRISTINE. Je sais ce que vous avez fait pour moi, je ne l'oublierai jamais; mais je n'en suis pas digne, et je vais tout vous rendre...

STANISLAS. Me le rendre! il ne manquerait plus que cela. Cette fiUe-là a juré de me faire mourir de chagrin.

CHRISTINE. Mais au moins écoutez-moi.

STANISLAS. Je n'écoute rien.

CHRISTINE. Stanislas...

STANISLAS. Non.

CHRISTINE. Mon ami...

sT.wisLAS, s'arrétant. A la bonne heure cela!... parlez...

CHRISTINE. Si ce que vous me demandez ne dépendait pas de moi? si, avant de vous connaître, j'en aimais un autre.

STANISLAS. Un autre! je n'avaisjamais penséàcela... vous en aimiez un autre?

CHRISTINE. Eh bien! s'il était vrai, qu'est-ce que vous diriez?

STANISLAS. Je dirais... je dirais, que celui-là n'a qu'à bien se tenir, parce que si je le rencontre jamais...

CHRISTINE. Qu'est-ce que vous lui ferez?

STANISLAS. Je le tuerai.

CHRISTINE. Et pour(|uoi le fueriez-vous?

STANISLAS. Parce que ce blanc-bec-là a l'audace de vous aimer.

CHRISTINE. Et s'il ne m'aimait pas?

STANISLAS, e(o;îHé. Ah! c'est dilïérentj mais je voudrais bien voir qu'il ne vous ai nuit pas, avec cette

MICHEL, Jli7,\ÇHIÎl^T}îySail^

( taille-là, ces yeux, celte mine; s'il y avait quelqu'un ! qui usât nepas être anioiu'eux de vous... I CHRISTINE. Vous lui chercheriez querelle, n'est-ce 'pas? ■•:--.

STANISLAS. C"est-à (lire non. Mais comment se fait-il?

CHRISTINE. Rien n'est plus simple.

Ajb : De cet amour vif et soudain (de Carolinki. >,,

Voila trois ans qu'un beau matiu J' quittai le lieu de ma naissance; Là, j'avais uu jeune cousin Qui fut l'ami de mon enfance.

A ses serments mon cœur crevait; On croit toujours ce qu'on désire.

Sans m'uimer il me le disait.

Et je l'aimais sans le lui dire.

STANISLAS. Ah! vous uc Ic lui avez pas dit? CHiiisTiNE. Jamais; j'étais trop pauvre et lui aussi pour songer à nous marier; mais des que, gràco à vous, j'ai eu une petite fortune, je lui ai écrit de venir la partager, et d'arriver tout de suite, tout de ' suite pour in'épouser.

STANISLAS, lîh bien !..

CHRisTixE. H n'est pas encore venu, et cependant il a reçu ma lettre, j'en suis bien sûre. C'est alms que j j'ai acheté celte auberge.

Am du vaudeville de la Somnambule

En ces lieux je m' suis établie; En n' comptant plus sur mon cousin, Loin de lui je passe ma vie Dans la solitude et 1' cliagiin.

-STANISIAS.

Puisque sa tendresse est Ironipeusej Puisque vos vccux sout superflus; .. ^ Qu'attendei-vous ]iour être heuieu.sei^

,-: CHBISTINE.

J'attends que je ne l'aime plus.

STANISLAS. Christine, VOUS êtes une brave lille; votfe' n'avez pas voulu me tromper. Ça vous lient donc encore là? [Montrant le e*Br.) ça ne s'en va pas? ""

CHRISTINE. Non.

STANISLAS. Eh bien, c'est bon; je repasserai plus tard. Promettez-moi seulement que , si vous pouvez l'oublier, ce sera moi...

CHRISTINE, vivement. Oh ! je vous le jure.

STANISLAS. fJ'est bou, vous serez madame Stanislas. {Onente.7ji4.ffidi^hqfs,ç(^^,ci;is 4,e ^ti.eu;:*.)^ Hplà! ))é! quelqu'vWy : Koiiic'i Hhyb hnfi'iuU •jrni'i .ifibni

/ Il 11 ,iiiil t«,/:) i-.'iolc'fjp ■rruic] •:— ■■ •':• .i|i:

-suo'O) .lomoIt«'j''j<WΧW¥r. ■ -'iq

Air ; Partons, suivons tes pas du héros gui nous guiâH

(de pERNANn CORTEZ)

Quel tapage cll'i ayant !

On demande l'hôtesse.

Je vous quille un instaul, Car là-bas on m'attend.

STAMSLAS.

Oui, jiarlez promiilement. On (limande l'hôtesse; i'i»'4 •>■{''*'* sui'gez seulement (Qu'un auii vous attend.

ii,-, ,^ , CBRISTINK,

ENSEMBLE

Quel tapage, etc.

'js STANISLAS,

{Christine sort.)

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