‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 376 sur 975 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

URSULE, CÉLIINE.

URSULE. Eh mais! Céline, où vas-tu donc ainsi? comme te voilà grave et sérieuse! et ce mouchoir à la main, en héroïne de roman? (A part.) Elle veut déjà f lire la grande dame.

nÉi.iNE. Je ne sais, ma cousirrej ïhais -je ïtris toute triste.

uRsui.B. Eh bien! il faut tè dis^pei-, H faiiï -joHier. CÉLINE. Je ne peux plus, mes joujoux m'enrrttîeiit. URSULE. Voilà qni est terrible; alors cherche Oclave, ton petit camarade.

CELINE. Octave! il n'est pas en train de jouer non plus, il est comme moi.

Air : .iussitot que je t'aperçois (d'.\zEH,*). Nous ne savons d'où vient cflaj C''cst ce qui me tourmente; Je suis triste s'il n'est pas là.

Lui, si je suis absente.

.\vec tous les petits garçons, Sons le tilleul quand nous dansoTfS, Je n'aime [bis) que ses chansons.

S'il pn-nd quelque aulre pour sa daWlc J'en suis chagrine au fond de t'àme :

Dis-moi d'où ça vient?

.\ quoi tout ça lient?

Je n'en sais rien, voilà le mal.

Si je r savais, ça m' s'raît égal.

LE MARfAGE lùNPANTIN.

DEUllËIIG COUPLEI.

Pouifiuoi, (lés qu'on veut le punir,

Suis-jc toute Itomblantu'' Poui'iiuoi snis-jc [irète à rouïir

Quand son muitie le vante? Los bonbons iiviMën'S par lui Sont ceux que je préfère aussi ; Pouniuoi {bis, donc eu est-il ainsi?

Quand uo*b sommes loin de ma tante, Pouniuoi doue suis-je si contente?

Dis-moi d'où i;a vienl?

A quoi tout ça tient?

Je n'en sais rien, voilà le mal :

Si je r savais, ça m' s'rait égal.

URSULE, à pari. Eli mais ! a-t-on idée... à cet àgc-là! (Haut.) Je vous assure, Céline, que je n'entends rien à tout ce que vous venez de nie dire.

CÉLINE. Oti! que si fait! et si vous vouliez me dire ce (|u"il faut faiiv pour que cela se passe...

i RsiLE. Qu'est-ce que c'est que cela, MademoiseHe ? est-c(^que je le sais?

CÉLINE. Sans doute; vous croyez peut-Wrc ipn' je n'ai pas remarqué qni> vous avez été tout comme moi ! vous vous promeniez toute seule dans le jardin, et puis vous pleuriez, ou bien vous vous arrêtiez en faisant comme cela : {Faisant h gf^le de soupirer.) et quand vous étiez dans le salon, vos yeux étaient toujours tournés vers la porte: le moindre liruit vous faisait tressaillir: et quand on annonçait un cei'tain monsieur en épaulettes et en hahit rou^e, vos joues devenaient sur-lc-cliamp de la couleur di' son uniforme.

TjRsuLE. Comment! Mademoiselle, fi! c'esl fort mal d'être curieuse.

CÉLINE. Sans compter que tout vous ennuyait, et qyi'il y avait souvent à table de si bonnes choses dont voiiS ne mangiez pas; cela me faisait une pcinc^. je me disais . B Ma cousine est bien malade, elle va en mourir.» Ah bien oui! voilà que tout à coup, depuis... [Comptant sur ses doigts.) oui, depuis sept jours, cela a tout à fait changé; d'abord vous aviez un petit air confus et étonBé qui était si drôle... et puis de temps en temps, quoique vous fussiez seule, et qu'il n'y eut pas là d'uniforme, vous vous mettiez à rougir à (lart vous, et comme d'une idée qui vous venait... et tenez, voilà que ça vous reprend dans ce moment.

l'ftscLE, déconcertée. Du tout, Mademoiselle, et c'est IW^s-mal ce que vous dites là. {A part.) Mais voyez donc, moi qui me croyais en sûreté, j'avais là un espion.

CÉLINE. De «ce moment-là vous êtes devenue gaie, tranquille ; et j'ai bien vu que ça irait tons les jours de mieux en mieux! ça n'a pas manqué; je n'osais pas vous demander votre secret, mais je me suis dit : « Patience, on fai.sanl exactement tout ce qu'a fait « ma cousine, ça me réussira |ieut-èlre comme à elle.» Voilà pourquoi je me promène tous les malins dans le jardin, que j'en ai mal aux jambi^s; et puis, je fais comme vous : l'air rêveur, les soupirs et le mouchoir... et allez, faut avoir de la patience, car c'cjst joliment ennuyeux; et puis tantôt à diner, celte belle crème art choi'olal dont j'ai refusé de manger, c'était pour faire coninie vous; ch bien! tout cela n'y fait rien, cela va toujours aussi mal; et il y a sans doute quel(|ue autre chose qu'il faut que vous me disiez.

L'RSELE, 0 part. Mais, a-ton jamais \'.\'! {Haut.) C'est très-vilain, Mademoiselle, d'avoir ces idées-là à voire àgc ; et si vouscn parlez encore, je le dirai à ma laiili^, qui vous grondera d'inqiorlance.

CÉLINE. Ah! vous le direz à ma lante! Eh bien! Mademoiselle, si vous êtes rapporteuse, je le serai

aussi, et je raconterai ce q«c j'ai vu hier, quand toute la société se promenait dans l'allée des marronniers.

l'fiscLE. Qu'est-ce que vous avez vu, s'il vous plaît?

CÉLINE. J'ai très-bien vu que M. de I.uzy a saisi le UKmient où il vous donnait laiiiaiii, pour vous glisser un papier.

rnsri i;, lui faisant signe de se taire. Céline ! au nom du cLel!

CELINE, plus haut. C'est bon! c'esl Imu ! je le dirai à ma tante, je li; dirai à tout le monde !

riisii.E. C'est fait de moi !

CÉLINE. C'est selon.

Air : Je t'aimerai.

Votre secret Sans doute est infaillible, Puisqu'il a su produicf un tid ullet : .\ mes eh larins daiiiuez L-tre sensible. Je me tairai : dites-moi, s'il vous plaît, Votre seoret.

D'un tel secret La puissance est divine :

Ce beau monsieur, dcnl le nom vous troublait. Jadis si trisle, a niaintenanl, cousine, L'air si content ; j'en suis silre, il connaît Voire secret.

rasii.E, à part. Quel embarras! et comment faire? mi' voilà pourtant à la di.scré'tion de citte petite lille. [Ilaul ] Kh bien! Céline, écoulez; si vous voulez être bien s:ige, je vous promets de vous le diiv dans huit jours. (.1 part.) Je vais iiaiier à uia lanti.' ; il faut dès demain l'envoyer en pension.

CELINE. Dans huit jours? vous me le promi?ttez? c'est bon ! mais dites-moi, ma cousine, il doit y avoir encore quelque a-utre «hose, que...

iRsiu.E. Non, non, voilà tout : et si tu ne dis rii'U d'ici là, si je suis contente de toi, je te promets un beau radeau. [Elle sort.)

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