‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 375 sur 975 · URSULE, POT-DE-VIN · texte numérisé non relu

URSULE, POT-DE-VIN

[Ursule est assise à une table et écrit.)

POT-DE-viN. Il est vrai de dire qu'on Irouverait difficilement une jeune personne plus studieuse, et plus appliquée que noire jeune maitresse. Elle ne m'a pas seulement vu entrer.

URSULE, apercevant Pot-de-Vin, et serrant précii>i-

tamment sa lettre. Qui vient là? Comment! c'est vous, monsieur Pot-de-Vin?

poT-DE-viN. Oui, Mademoiselle, en qualité d'intendant du château, je suis partout, je vois tout. 11 e,t vrai de dire que j'ai la vue bonne. (Indiquant le papier qu'elle tient à la main.) Ce^t, je le présume, une lettre ((u'il faut porter quelque part?

URSULE, serrant le papier et le mettant dans son sein. Non, non. C'est une liste de livres.

POT-DE VIN. De livres de méditation, j'en suis sûr? car vous en lisez beaucoup, et je ne m'étonne plus de

LACNV, — Imprimerie de VlALtT el Cii'

LE MARIAGE ENFANTIN

vos I l'ojcls : nuiîtlvssù de voli--iu(}inc, et d'iinc foi'liiiic iiimic'iisc, vniisi'ctiivr du mmiili', outrer dans un cliapilic de cliai:oinesses; vcidà (|iii doit servir de modèle à louti's les jeunes personnes de la province.

lusri.E. Mais si elles faisaient toutes comme moi, je ne sais |)as si la province y gagnerait; d'abord oH se marierait pou.

roT-iiE-viN. Et tout n'en irait i|ue mieux. Je tVe conçois pas cotte manie qu'ont maintenant Iw icnnos personnes de qualité; elles veulent toutes se terrer.

Sl'Ioti moi, c'est tiiïe folie :

Il vaut tjicu rtilen*, en vérilfr, GnrclL^ jioiir soi totiie s.i Vie Sa fortune cl sa iiberti^.

Pour un grand bien,

Je sais fort bien ,,

Qn"il faut 1111 maître, et silîi'M itfftlàVBM :

C'est mon devoir;

Et j'ai pu voir Que quand oh ^'ctit gérer,

Arlmiiiistrei'i Plus d'un souci Vous arcompagTic 5 ^ H faut de l'aide... eli bien ! Ton ^reM', Au lien d'époHX, tir. itAêi:dant; Et tout le monde y Er>!rnfr.

Ce;t ce que fait madetnoiseile de Miveval. vofre tante.

l'RsrLE. Permettez, monsieur Pol-de-Vin : malgré SCS soixante ans, ma tante n'est point une ennemie du mariage.

l'oT-iiE-viN. Il est vrai qu'elle rencouragê beaTicott|b dans ses domaines-; mais pourquoi l'aimcAelle? parce qu'elle a toujours été demoiselle, et moi je le déteste, parce que...

URSULE. J'entends, vous avez été marié ?

poT-DE-viN. .Mieux que cela, je le suis encore; j'ai de la famille! Iienivusement m:\demoiseIle Celhie, voire cousine, par suite du parti que vous prenez, va réunir sur sa tète l'hérittge que vous partagiez ensemble; n'ayant que dix ans, et orplieline comme vous, il se peut que d'ici à quelque temps elle ait besoin d'uu intendanl.

VRSULE, souriant. Je crois que celle-là préférera un mari.

poT-DE-viN. Elle peut prendre les deux, et n'en sera que mieux, tant elle est étourdie; car il est vrai de dire...

rRSiLE. Je remarque, monsieur Pot-de-Vin, que voilà une locution que vous afiectionnez beaucoup : // Cil vrai de dire!..

POT-DE-VIN. C'est une habitude que j'ai prise, eu réglant mescomptos, et que j'ai conservée, parce que, dans la bouche d'un intondant, cette phrase-là ne pont pa-; nuire; seulenjent ça étonne d'abord, et puis l'ofi s'y fait.

.\in de l'Iicu de six francs.

En ma personne on voit, du reste, L'ii intendant de qnalilii, El j'ai su, par un gain modeste, M'arroiiilir aver [iroliité'. (Bis.) Oui, ma fortune, je m'en vlnte.

Se trouve fuite, ou peu s'en faut.

URSVIE.

Ah! tant mieux I vous allez liientôt

Songer à celle de ma tante.

{On sonne.)

.POT-BF.-viN. Tenez, la voilà olle-mèmc qui sonne; ce sera quelque nouveau tour que lui aura joué madi'moiselle Céline. Depuis que M. le baron de Balainville

.s'est avisé d'i'iivoyer ici son fils Octave, ces deux enfants-là nous font tourner la tète. Ils sont curieux! curieux!.. A propos, savez-vous pounfuoi depuis hier soir ~ on a décorii la chapelle du ehàtc lu ? J'ai vu app( irter de Paris quelque chose qui ressemble à une corbeille de m:iriage. [On sonne encore ) Oa y va, on y va! à peii;e si l'on peut causer une minute! (// sort.)

Vft^t'Lt, seide. Levoilà parti ; plaçons vile ma lellre Mls'd> vase, dans l'endroit accoutumé. Fut en jamais lilus malheureuse ! oliv msVTée vleiMiis huit jours, et n'o.--er pas même écrii'c à son WwH! Ce bruit ilo ma vocation religieuse est kilemrtlt étîiMi, je l'ai moimême anhoiicé si formellentent à ma tante, et à t(uis mes parents, et même à là cour-, i^ue je tremble à l'idée seiilé (îe l'éclal que cela va produire! Comment tour avoue-t que je n'ai jamais cessé d'aiiiier .M. de feuzy, que li nouvelle de sa mort, lévi^ftWdiTé pir un ttiurriiT de Tarfuce, m'arait seilte d'-cidée à reiToneer àvi monde, et que maintenant.,, ob bien! maintenant ■JTé suis sa femme , et il faut tonjoui'S qu'oil te sache.

Air de Tenr'crs.

Je lui jurai constance pôriV la v're

Quand il partit pour les combats;

Au ciel je jurai d'être \inie,

.Murs que j'appris son Irépas, .

fies deux serments que mon cnem- se rappelle, Lequel tenir?., dans mon trouble secret, Je nie suis dit : je dois être fid' le

Au premier serment que j'ai l'ait.

11 n'y a donc plus à présent que ce mariage à déclarer, et si je pouvais m'enlendro avec M. do Lnzy... mais quand il vient quelquefois chez ma tante, j'ose à peine le regarder, il me semble que tous les yeux sont fixés sur moi; [Montrant le vase.) et si l'on surprenait ma correspondance avec un mousquetaire, quel scandale!

Page 1