‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 380 sur 975 · SCENE VU · texte numérisé non relu

SCENE VU

URSULE, puis M. DE LUZY.

URSULE, les regardant courir. Il faut qu'il y ait quelque chose d'extraordinaire dans le château, car il y règne une activité... je vois d'ici tous les domestiques qui vont et viennent d'un air empressé ; peu m'imporle en tout cas , pourvu qu'on ne vienne point me troubler. (Se retournant et apercevant M. de Luzy.) •Comment ! c'est vous, mon ami ? par quel hasard vous présentez-vous aujourd'hui de si bonne *lieure chez ma tante?

LUZY. Je viens d'être invité par elle mè.iie, ainsi que presque toute la noblesse des environs Un billet que m'a remis son coureur m'engage à me trouver le plus tôt possible au cliàleau, pour assister à une cérémonie sur laquelle elle ne s'explique point, afin de me laisser, dit-elle, le plaisir de la surprise.

uiisuLE. J'y suis ; ce sera le couronnement de quelque rosière ! ma tante est folle des rosières.

Air : Le choix que fait tout le village. Tous les ans une jeune fille Reçoit la couronne en ces lieux :

Ma tante veut que sa famille Dispute ces prix glorieux.

Sa main les offre à l'innocence Bien plus cncor qu'à l.i boauté Et m'en destinait un, je pense, Que sans vous j'aurais mérité.

Luzï. Vous devinez avec quel empressement j'ai accepté l'invilalion de votre tante, et combien mainte-

LE MARIAGE ENFANTIN

nant j'ai peu d'envie de m'y rendre ; j'avais un pressentira>;nt que vdiis ne ;-eriez pas à celte fête, et que je pourrais ici vous trouver seule queli]ues instants.

URSULE, avec tendresse. Seule... non ! j'y serais déjà avec vous! je vous avais écrit à notre adresse ordinaire.

Luzï, allant prendre la lettre. Je vous entends ; mais puisque vous voilii, dites-moi ce qu'elle contient.

URSULE. Non, Monsieur; il est des choses qu'on est liien aise d'écrire, et qu'on ne veut pas dire tout haut.

ICZY.

Air : Ainsi que vous, Mademoiselle.

Me disiez-vous au moins que de l'absence, Ainsi que moi, vous sentiez le tomment? Me disiez-vous qu'avec impatience

Vous attemliez ce dout moment?^

A l'époux qui pour vous soupire Prometticz-Yous le bonheur qu'il poursuit?

URSULE

Je ne sais pas si je dois vous le dire;

Mais peut-être l'avais-je écrit :

Oui, je crois (bis) que je l'avais écrit.

LUZY. Eh bien! pourquoi ne pas prendre un parti? pourquoi tarder plus longtemps à déclarer notre mariage? qui vous arrête? est-ce l'embarras de faire un tel aveu à voire tante? mais il n'y a pas de nécessité de le lui faire de vive voix ; nous pouvcms partir et lui envoyer une letlre bien respectueuse, qui la préviendra de tout.

URSULE. A la bonne heure; mais après la résolution que j'avais prise, je songe toujours à l'éclat que rc mariage-lii va faire dans la province.

LUZY. Raison de plus pour s'éloigner et pour se dérober aux méchants propos ; d'ailleurs ce qui fait événement en province n'est pas même reman|ué à Paris, et personne n'y pensera h nous. J'ai déjà donné mes ordres, fait préparer mon hôte! pour vous rerevoir; et, si vous y consentez, ce soir, à minuit, je .serai sous les murs du parc avec une chaise de poste et Dubois, mon domestique.

URSULE. Comment! ce soir?

LUZY. Eh bien! vous voilà déjà tout effrayée!,. Allons, Ursule, une bonne résolution, et surtout n'allez pas vous dédire au moment du danger. On vient... i'est convenu.

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