‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 381 sur 975 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les précédents, POT-DE-VIN.

pOT-DE-viN. Ah! mon Dieu, quelle nouvelle! et qui s'en serait jamais douté?

URSULE. Eh bien! Pot-de-Vin, qu'avez-vous donc?

POT-DE-VIN. Mademoiselle, je ne veux pas le croire, moi qui l'ai vu... Il est vrai de dire que la chose est surprenante, foudroyante et anéantissante.

LUZY. Eh ! mon Dieu, qu est-il donc cirrivé ?

POT-DE-VIN. Une lettre...

URSULE. Comment! c'est cela?

POT-DE-VIN. Laissez-moi me reprendre... Une lettre de Paris, de M. le baron de Balaiiiville, le père du petit Octave.

LUZY. Eh bien! que dit cette lettre? serait-il survenu quelque événement à la cour?

poT-DE-viN. 11 n'est rien survenu du tout, sinon que l'abbaye que M. de Balainville sollicitait pour mademoiselle Ursule vient de lui être accordée.,. Mais ce n'est pas cela.

URSULE, à Liizy. Ah! mon Dieu ! et moi qui lui écrivais hier de suspendre ses démarches.

LUZY, de même. Votre lettre ne lui sera pa.s encore parvenue. (A Pot-de-Vin.) Eh bien? après?

poT-DE-viN. Après?.. Nous y voici. En se faisant religieuse, en devenant abbcsse, mademoiselle Ursule a déclaré qu'elle laisserait tous ses biens à sa jeune cousine; et mademoiselle Céline, qui a onze ans, sera dans quatre ans le plus riche parti de la province. Or, M. de Balainville, qui est homme de cour et qui voit de loin, se doutant qu'il se présenterait alors un bon nombre d'amateurs, car il est vrai de dire que les riches héritières n'en manquent point, s'est hâté de prendre l'initiative : il a olitenu de S. .M. Louis XV des dispenses d'âge, et la permission d'unir M. Octave de Balainville à mademoiselle Céline de .Mireval, à la condition, je le suppose, de renvoyer après la noce le marié au collège.

Air des Visitandines.

Jusqu'en seconde notre époux Vivra de l'amour platonique ; Il risqucr.i le billi-t don\ Quaucl il fera sa rhétorique.

Nous permettrons des confidences.

Et nous romprons le célibat.

Quand nous le verrons en état De prendre ses licences.

URSULE. Comment! il serait possible?

pOT-DE-vm. Cette lettre est arrivée à votre tante qui en a éti' dans l'enthousiasme, et qui s'est hâtée d'm presser l'exécution... car ils ont tous une rage de mariage... Us .sont dans ce moment-ci à la chapelle du château, et je n'ai jias voulu être plus longtemps témoin d'un pareil sacrifice... Il est vrai de dire que les prtites bonnes gens en ont l'air enchanté, et qu ils ont déjà pris un ton d'importance et de gravité qui est déplorable. Carenfin, moi je raisonne : si on prend riiahiUide de marier nos jeunes seigneurs à dix ou douze an-;, comme le mariage entraine réniancipation, et comme réniancipation permet de manger si forlune, s'ils commencent de si bonne heure, adieu le ~;ystème des intendants.

. LUZY, riant.

AiH : J'ai vti partout dans mes voyages.

C'est charmant, et de cette noce.

Pour ma part, je suis enchanté.

POT-DE-VIN

Et pour moi, cet hymen précoce Me parait une absurdité.

URSULE

Quelles craintes sont donc les vôtres?

S'ils sont une fois par hasard

Heureux trop t6t... c'est pour tant d'aulre;. .

{Regardant Luzy.) Qui bien souvent le sont trop tard.

{Elle rentre dans l'appartement.]

poT-DE-viN. Mais, tenez, voici tout le monde.

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