LUZY, CÉLINE, OCTAVE
Lczy. Suis-je de trop?
CÉLINE. Non, au contraire; car j'ai bien dts chnses à vous demander.
Lczv. Vous ne rcnirez donc pas au salon?
OCTAVE. Ne m'en parlez pas, ce n'est pas cela qui est le plus agréablc^dans le mariage; on nous avait placés sur deux grands fauteuils, et tout le monde rangé en cercle nous regardait, tandis que nous étions là gravement à côté l'un de l'autre sans oser nous parler.
CÉLINE. Et ma tante qui disait toujours : Céline, tenez-vous droite; il n'y a rien de fatigant comme cela! heureusement qu'elle nous a donné une heure de récréation pour aller jouer dans le jardin, à condition que nous serions bien sages, et que nous ne gàlerioiiî pas nos beaux habits! Et je suis tout de suite venue de ce côté, pour trouver ma cousine Ursule ! Où dune est-elle?
Li2v. Je crois qu'elle était indisposée, et qu'elle est rentrée de bonne heure dans son a|ipartement.
OCTAVE. Indisposée?
CÉLINE. Ah ! mon Dieu ! est-ce que cela lui aurait repris? voyez comme c'est fâcheux; moi qui venais pour lui demander...
Li'ZY. Et quoi?
CÉLINE. Dame! beaucoup de choses, n'est-ce pa--:. Octave?
OCTAVE. Oui; d'abord, je voudrais savuir si, maintenant que me voilà marié, j'aurai toujours mon précepteur.
Lizv. Mais, peut-être qu'en adressant encore un placet au roi pour une dispense...
CÉLINE. El puis, est-ce que nous n'irons p is à la cour?
OCTAVE. Moi, d'abord, je ne serais pas fâché de figurer parmi les grands; et puis enfin quand on n'a
* .\lUision il la pièce précédente, à la Petite Sœur, où mailemoiselle Léontihe jouait la scène de la poujièe avec une finesse et un talent Irés-remarquables.
LE MARIAGE'ENFANTIN
plus de précoptciir, qu'on va à la cour et qu'on est monsieur et madame, qu'est-ce que l'on a à faire?
CÉLINE. Oui, il faut que vous nous disiez cela.
LizY. Sans doute, mes |Ktils amis, ce serait avec plaisir. (Regardant lapenduk.) Mais voyez-vous, dans ce niouient-ci...
Di;o û'Azéma.
Il est bien tard, et l'on m'ajtcnd; Demain je promets de le dire.
OCTAVE ET CtLlNE.
Il n'est 'pas tard, un see.l moment, A notre vœu daignez souscrire.
OCTAVE
'Voyons ce ((«"en ménage on fait.
LCZÏ.
D'abord l'époux est maître de lui-même.
OCTAVE
Bon : je ne ferai plus ni version ni tbéme.
LMY.
11 commande comino i| lui jdait.
OCTAVE
Ce n'est pas ça (lui m'embarrasse !
Mais, voyons, que fait-il cncor ?
Parlez, ditcs-lo-moi, île grAce.
HZY.
Dés le niatin, au son du cor, Il se lève et part jiour la cliasge.
OCTAVE ET CELINE.
Et puis...
irzv.
Et puis .iu dîner qu'on Ini sert Monsicnr préside à cote de Madame. .
OCTAVE El CELINÏ.
Et puis...
irzï.
Et puis Monsieur mène sa femme Au spectacle ou bien au concert.
OCTAVE ET CELINE.
Et puis...
IIZV.
Et puis... il est bien tard, et l'on m'attend; Demain je promets de le dire.
OCTAVE ET CELINE.
Il n'est pas tard, un seul instiuit, A notre voeu daignez souscrire.
CELINE.
N'est-ce que ça? mais entre époux.
On devrait être, j'imagine...
LCZV.
Et comment donc '?
CÉLINE
Mais comme vous, Quand vous parliez à ma cousine.
Lczv, décunierté.
Goniroi^ot"- je parlais, dites-vous?
CELl.NE.
Oui, sans doute, la chose est claire.
Luzv.
Quoi! vrairnent vous avez cru voir...
Répondez-moi; soyez sincère.
CELINE.
D'abord, j'ai bien vu l'autre soir Entre vous un air de mystère.
LCZV, d'un air inquiet.
Et puis...
CELINE.
El puis j'ai bien vu qu'elle était ■youte tremblante, et pourtant satisfaite. LuzY, de même.
Et puis...
CÉLINE
Et puis j'ai bien vu qu'en cacbctlo Votre main Elissait un billet.
ICZT.
Et puis...
CELINE, lui montrant /apeiiilu.^ \\ est bien tard, ou vous attend, Demain je promets de le dire :
A notre vœu daignez souscrire ; Nous nous tairons en attendant.
LllZÏ.
Il n'est pas tard, un seul instant, A mes désirs daignez souscriio; Mais qui pourrait, j'ose le dire, S'attûlidre à cela d'un enfant'/ [P^iidaut lu riloiirnatle qui doit être joua; pianissimo, Luzy parle et dit : \
Kli! mon Dieu, ils ont raison, dix heures passées; moi qui m'amuse là à causer avec c s enfants. Adieu, mes petits a.nis, nous nous reverroiis. (/( sort en courant.)