‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 386 sur 975 · CÉLINE, OCTAVE · texte numérisé non relu

CÉLINE, OCTAVE

OCTAVE, en dehors. Céline! Céline ! ouvre-moi, n'aie pas peur, c'est moi.

CÉLINE. C'est mon mari, qui vient par la fenêtre. [Elle ouvre la fenêtre.) Prends garde au moins de te laisser tomber. (Octave entre dans sa chambre.) Quoi! te voilà déjà? comment as-tu fait?

OCTAVE. Je te disais bien, moi, que je ne me laisserais pas enfermer; il est vrai que d'abord je l'étais à double tour dans la chambre de mon père, et deux grands laquais faisaient sentinelle; mais à peine avaient-ils fermé la porte, que j'ai ouvert la fenêtre qui donne sur le jardin.

CÉLINE. Quoi! cette fenêtre qui est si haute?

OCTAVE

Air de Toberne.

Combien j'avais envie De m'élancer en bas !

CELINE.

0 ciel! à votre amie Vous ne pensiez donc pas?

OCTAVE

Fallait-il en silence Souffrir dans ma prison?

Oui, disait la prudence; M:iis l'amour disait non :

J'ai franchi la distance En prononçant ton nom.

ENSEMBLE

CÉLINE

Quoi ! c'est en prononçant mon nom Qu'il est sorti de sa prison?

(iCTAVE.

Céline, en prououçant ton nom, Je suis sorti de ma prison.

OCTAVE. Je suis ensuite monté, à. l'aide du treillage, jusqu'à la fenêtre, et me voilà; je viens l'enlever.

CÉLINE. M'enlever? mais voyez donc comme il est hardi!

OCTAVE. Dame! veux-tu être enlevée? disoui ou non.

CÉLINE. Certainement, Monsieur, je ne demanderais pas mieux; mais je n'ai pas été élevée comme les petits garçons, je ne peux pas monter le long des treillages.

OCTAVE. C'est vrai ! il ne s'agit pas ici de se casser le cou ; alors, n'y pensons plus.

CÉLINE. Non pas. Monsieur, vous m'enlèverez plus tard.

OCTAVE, allant fermer la fenêtre. A la bonne heure, restons dans cet appartement; aussi bien cela me semble gentil, de me trouver là, tout seul avec toi, à une heure comme celle-ci.

CÉLINE. Quand on est marié.

OCTAVE. Au fait, c'est vrai; le marié et la mariée restent toujours ensemble.

CÉLINE. Eli bien! Monsieur, venez dans ce fauteuillà, à côté de moi, et causons. [Ils s'asseyent dans le même fauteuil.)

OCTAVE. Oui, causons. Mais tu prends toute la place. Sai.s-tu que c'est bien singulier que ta cousine Ursule ne veuille plus aller au couvent?

CÉLINE. Eh bien ! qu'est-ce que cela te fait?

OCTAVE. Ça nous fait du tort.

CÉLINE. Fi ! Monsieur, vous n'êtes peut-être pas assez riche?

OCTAVE. Je ne dis pas cela pour nous, mais enfin pour nos enfants.

CÉLINE. Eh mais! c'est vrai; je n'avais pas encore songé à nos enfants.

OCT.WE. Oui, voilà comme vous êtes, vous ne songez à rien. H faudra cependant les établir; l'ainé, cela va sans dire, il sera baron comme moi; mais le cadet, le voilà chevalier de Malte.

CÉLINE. Non, Monsieur, il ne sera pas chevalier de Malte.

OCTAVE. 11 le faudra pourtant bien.

LE MARIAGE ENFANTIN

CÉLINE. Avâc plaisir, Moniieur, — Scène li.

CÉLINE. C'est ce que nous verrons; car enfin, mon fils est à moi.

OCTAVE. Tiens, il ne m'appartient pcut-èlre pas?

CÉLINE. Et vous croyez que je vous le laisserai sacrifier.

OCTAVE. Oui, Madame.

CÉLINE. Non, Monsieur.

OCTAVE. Ah! qu'elle est méchante!

CÉLINE. Qu'il est entêté ! allez, je ne vous aime plus.

OCTAVE. Ni moi non plus. (Ils s'éloignent, et, après 1/71 ynoment de silence. Octave reprend.) La jolie chose que le mariage !

CÉLINE, le rappelant doucement. Octave! Octave! c'est moi qui ai tort; eh bien ! mon ami, il sera chevalier (le Malte.

OCTAVE. Non, non...

Air : Paris et le village.

Fais Je lui tout ce que tu veux, Pour toi mon respect est extrême.

CELINE.

Eh bien ! mon ami, faisons mieux,

Et qu'il en décide lui-même.

OCTAVE

Sans son aveu si l'on choisit, Vraiment, c'est lui faire une insulte.

Puisque c'est de lui qu'il s'agit, C'est bien le moins qu'on le consulte.

{Céline répète les deux derniers vers avec Octave.)

OCTAVE. Oui, nous lui demanderons...

CÉLINE. C'est-à-dire, nous lui demanderons... écoule donc... comme tu bâilles !

OCTAVE. Moi, je n'ai pas l'habitude de veiller aussi tard.

CÉLINE. Et moi , on me couche toujours à neuf heures; mais c'est égal: dis-moi, est-ce là tout le mariage ?

OCTAVE. En effet, il semble qu'il manque quelque chose à la journée.

CÉLINE. Eh bien! cherchons.

OCTAVE. Oui, cherchons... et rappelons-nous d'abord tout ce que nous avons vu dans les noces où nous avons été.

LE MARIAGE ENFANTIN

cÉi.iNF., comptant ,siir scsdoirits. D'abord lo marié et la niai'ioiî...

OCTAVE. Voilà.

cÈLiKE, de même. Les parenl.';, l'église, lus beaux habits et les bomiucts.

OCTAVE. Tout cela y est.

cÉLiKE, de même. Les chansons, le bal, la musique...

OCTAVE. Alteiicis, attends; j'y suis... j'ai ce qui nous manque, il n'y a pas eu de bal.

CKLi>E. C'est pourtant vrai; ch bien ! voyez donc, à quoi pense ma tante?

OCTAVE. Heureusement qu'il est encore temps... si nous dansions.

CÉLI^E. 01) ! la jolie idée! tu vas m'inviler, n'est-ce pas? d'autant plus que je me rappelle très-bieii (|»c c'est toujours la mariée et le marié qui ouvrent le bal.

OCTAVE. Et qu'au bout de quelques menuets, le marié est toujours à regarder sa montre. Je n'en ai pas, mais c'est égal.

CÉLINE. Attends, attends que je m'asseye. Octave la salue et lui présente la main.) Avec plajsir. Monsieur. {Ils dansent les premières mesures du menuet d'Exaudet.)

cÉLirsE. Eh bien! cela t'a-l-il amusé? qu'est-ce que tu en dis?

OCTAVE. Ça ne me fait rien; et toi?

CÉLINE. Oh ! moi , ça nie fatigue de faire des révérences.

OCTAVE. Eh bien! autre cjiose; clierchons encore.

Am de l'allemande t|« t'rontiu.

ENSEUDLIi.

Allons,

Clierchons Avec courage, Pour notre secret, Si le menuet Ne produit ijuu |ieu d'effet.

.Mloiis,

CluMChons.

Bkntùt, jo gage, L'allcmandi' aura.

Oui, je le sens là, Plus lie iiouvoir (|ue cela.

{Us dansent l'allemande, et à la fin Octave embrasse Céline.)

CÉLINE. Écoute, j'ai cru entendre du bruit.

OCTAVE. Tu m'as fait peur.

CÉLINE. C'est dans l'appartement de ma cousine Ursule. {Regardant par le trou de In serrure et faisant signe à Octave de ta main.) Viens donc, et niarelie bien doucement... Il y a un domestique en livrée, qui est là à attendre, et puis 1\I. de Luzy parle à ipa cousine.

OCTAVE. Est-ce que tu peux entendre?

CÉLINE. Eh! sans doute; mais tais-toi donc. {Écoulant.) Il a dit : Ma bien-aimée !

OCTAVE, à Céline. Ma bien-aimée!

CÉLINE. Oh! que ce nom-là est joli; vous m'appellerez toujours comme cela, n'est-ce pas, Monsieur?

OCTAVE. Oh ! toujours.

CÉLINE. A merveille! (Regardant.) Mon ami, mon ami, il lui baise la main.

OCTAVE. Attends, attends. {Il lui baise la main.)

CÉLINE. Et puis voilà une valise que prend le valet, ils ont l'air de s'en aller.

OCTAVE. Bah!

CÉLINE. Oui; M. de Luzy a pris ses gants et son chapeau, et ils s'éloignent.

CCTAVE, prenant son chapeau et mettant ses gants. C'est bon , c'est bon ; cj ne sera pas long.

CÉLINE. Eh bien! que l'ais-lu donc?

OÇfAVE. Je fais couime eux : allons, partons !

e)i(.iNE. Mais y penses-tu? tu ne cr.diis pas que...

OCTAVE. Apprenez, Madame, que je ne crains rien, et que je VOUS ordonne de me suivre. {On entend du bruit en dehors.)

CÉLINE. .\li! mon Dieu, ou vient de ce côté; j'entends la voix de .\1. l'ol-de-Vin et do plusieurs personnes.

OCTAVE. Ah ! mon Dieu , où nous cacher? {Ils font te tour du théàtic.) Ah! cette table... je serai là à merveille; th bien! es-Ui cachée ? moi, je le sui?. {lise cache sous la lahle.]

CÉLINE, cherchant partout. Et où veux-tu que je tfouve une cachette ? il n'y en a pas dans ce maudit ii|q)uvlemeiil... Ah! ma edrbeille de mariage.

oci'ivp, toujours sints la table, l'oiu'ras-tu?

CKLiN^. J'y serai très-bien. (tV/c se cache dans la çorbeitle.)

OCTAVE. Est-ce fait?

CÉLINE, Oui, mais tais-toi : on vient.

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