M. ET MADAME DUBOCAGE
M. dubocage. Ail! vous voilà donc enfin. Madame.
MADAME DUBOCAGE. Oui, Hiais parlez plus lias. 11 y a une heure que imus sommes ai-rivées de Versailles, par les Parisiennes.
M. DUBOCAGE. Et vous n'avcz pas versé?
MADAME DUBOCAGE. Mais uon.
M. DUBOCAGE. Par exemple, c'est jouer de bonheur! aussi je suis enchanté, ma chère amie. (Il veut lui baiser la main.)
MADAME DUBOCAGE. MonsIcur Dubocage, monsieur Dubocage, ma nièce est là. Et les convenances...
M. DUBOCAGE. Les convenauces n'ont pas le sens commun; vous êtes veuve, c'estfort bien; vous jurez tout haut de ne jamais vous remarier; aussi qu'arrivet-il cinq mois après?
MADAME DUBOCAGE. Cinq mois et demi. Monsieur.
M. DUBOCAGE. Cinq mois et demi! je le veux bicnj certaines raisons d'affaires d'intérêt, et, si j'ose le dire, un peu d'inclination réciproque, vous forcent à recevoir ma main. Eh bien ! morbleu ! depuis que vous êtes ma feninie...
MADAME DUBOCAGE. Jc VOUS ai dit, monsieur Dubocage, de ne jamais prononcer ce nom-là; que voulezvous que pense ma nièce, que pense le monde, qui depuis longtemps connaît la rigidité de mes principes, et qui, vous le savez, n'est que trop disposé à se moquer des vtjves, trop pressées de se remarier? attendez au moins l'année de rigueur, et alors. ..
M. DUBOCAGE. Et jusquc-là, moi, faut-il que je sèche de jalousie? car apprenez, Madame, que lorsque vous étiez à Versailles, je n'y tenais pas, je ne dormais plus, pas même à l'audience.
MADAME DUBOCAGE. Je VOUS demande cependant quel sujet vous avez d'être jaloux ; pour me rapprocher de vous, j'abandonne Versailles et ma cour, et me voilà inslallceau fond du Marais, sous un nom supposé, avec ina nièce.
M. DUBOCAGE. A la bouneheurc; mais cette petite Ernestine, qui ne vous quitte pas, c'est très-incommode ; et il vaudrait mieux trouverquelques moyens jioiir qu'elle ne s'étonnât pas de mes visites.
MADAME DUBOCAGE. Sovcz Iraiiquille, je m'en charge; mais c'était ma nièce, ma pupille, je ne pouvais pas m'en séparer! et encore moins à son âge, lui confier un secret de cette importance. D'ailleurs je n'étais pas fâchée de l'éloigner de Versailles; il y avait quelque galant que je n'ai pu découvrir.
M. DUBOCAGE. Savez-vous ce qu'il faut faire? il faut Id marier.
MADAME DUBOCAGE. C'cst bien mou intention; on m'a même parlé d'un fils de négociant de Marseille, le jeune Saint-Eline, avocat très-distingué; le connaissez-vous?
M. DUBOCAGE. Le jcunc Saint-Elme, avocat à Paris? non, je ne le coiniais pas; mais je vous promets de prendre des inl'oimations. Adieu, adieu Je lAelierai,
si mes affaires mêle permettent, de revenir vous voir aujourd'hui : c'est qu'il y a si loin du Marais au faubourg Saint Germain ! je me perds toujours dans ce maudit quartier dont je ne connais pas une rue... Ah! mon Dieu, j'oubliais; (Ouvrant le secrétaire.) vous aurez sans doute besoin d'argent, et je vous apportais là quelques rouleaux... (Il va pour les poser sur des papiers.) Qu'est-ce que c'est que cela? (Lisant.) Etat de mes dettes : petits dîners particuliers au Cadran bleu; livres de droit, vingt-deux francs; cachemires, six cents francs. Et ce gros cahier? Cicéron, tragédie en cinq actes et en vers, par un étudiant en droit.
MADAME DUBOCAGE. Commeiit ! des vers ; qu'est-ce que ça signifie ?
M. DUBOCAGE. N'ailcz-vous pas vous fâcher? ces papiers apparlenaient sans doute à la personne (|ui habitait avant nous ce garni; et si j'osais risquer une comparaison...
Air : L'Amour a perdu sa cause.
Dai.'iK'z me la permettre ainsi ; Je !a <TOis peut-être a.ssez neuve : ■ Vovezïous, uu liôlel garni Est semblal)le au cœur d'une veuve.
MADAME DUBOCAGE. Mouslcur Dubocage !..
U. DUBOCAGE
(Suite de l'air.) Ce cœur où l'on veut s'établir.
Et qui, malgré qu'on puiss» faire.
Gante cncor quelque souvenir Du précédent locataire.
[Tirant sa montre.)
Déjà!
Air : .illons, donnez-moi.
Adieu, je reviens bientôt Auprès d'une épouse chérie; Car mon cœur me dit qu'il faut Que je revienne bientôt.
MADAME DUBOCAGE
Adieu, revenez bientôt ; Oui, si vous voulez me plaire.
Mon ami, songez qu'il faut Revenir ici tantôt.
M. DUBOCAGE
De l'hôtel des Américains, Je vais vous envoyer des vins.
De ces mets délicats et fins Que, je vous l'avouerai, ma chère.
Au Marais on ne trouve guère.
MADAME DUBOCAGE, tendrement. Quelle attention délicate!
Adieu, je reviens bientôt, etc.
(.If. Dubocage sort )