SCÈNE xviu
PROSPER, tenant M. DUBOCAGE par la main; M.Bubocaye est sans chapeau et un peu en désordre.
PROSPER. Ne craignez rien, Monsieur, et suivez-moi. On n'y voit goutte, mais je connais si bien l'escalier.
M. DLBoc.tGE. Ma foi. Monsieur, je vous remercie, je m'étais égaré dans ces rues que je ne connais pas; et sans vous, ces deux coquins m'auraient fait un mauvais parti; j'avais beau crier... .tu'iII
PROSPER. Oui, c'est un avantage du quartier;.i^ jjçuf licures, tout le monde est endormi; seulement nous avons quelques personnesqui se couchent un peu plus tard, et qui s'amusent à vous demander la bourse; par exemple, ils ne se sont jamais adressés à moi; il faut qu'ils méconnaissent. , i,- .
M. DUBOCAGE. Puis-jc VOUS demander où je suis?
PROSPER. (^Iiez moi, Monsieur. Je vous disais bien que par ma petite porte, et en traversant lejardin, nous serions arrivés de suite. , ,
M. DiBûCAGE. Et à qui dois-je cet important service?
PROSPER. A M. Prosper, étudiant eu droit.
M. LiLBoc^GE., Piaille! voySjêtes un peu loi|i|.|djB,,j|é-
^l*^' . „„ir;-.r. ni.,,, p.ivi, .i;.y, •.)• it|ii:ii ..,.,-,„. i,
PROSPER. Ça m est égal, je n'y vais jamais; mais je vous di^mande mille pardons de vous laisser dans l'obscurité, je cbcrdie mon briquet pbosphorique.
M. DiiBOCAGE. iSc VOUS iuquiélez pas, je vais trouver un siège. lEn se reculant il rencontre ta table.) Eh! mou Uicu, qu'est-ce que je sens là? c'est un couvert ijui est tout dressé.
PROSPER. Ah! ah! ils ont servi; parbleu! Monsieur, j'espère que vous me ferez l'honneur de partager... Ah ! voilà mon briquet.
M. DUBOCAc.E. Ma foi, avec plaisir; à cette heure-ci, on ne m'attendra pas.
PROSPER, lirisant plusieurs allumettes. C'est-à-dire, je vous nivite, là, comme un étourdi, j'oubliais de vous dire que j'ai des dames; elles sont là à côté; parce que vous entendez bien qu'un garçon...
M. DiBOCAGE. C'est Irop juste. {A part.) Allons, mo voilà en partie fine.
PROSPER. Mais il faut que je leur demande la permission de leur présenter un étraiigei.
M. DUBOCAGE. Comment donc ! je serais désolé de vous gêner ; je passerai dans un autre appartement, et traitez-moi en garçon.
pjîOSPER, allumant les bougies. Du tout, je suis sùi' que ces dames seront enchantées d'avoir un pareil convive.
M. DUBOCAGE, quia regardé autour de lui. .\h! mon Dieu !
PROSPER. Eh bien! qu'est-ce que vous avez donc?
M. DUBOCAGE. Riiu : c'est l'éclat subit de la lumière. {A part.) Je ne me trompe pas...
PROSPER. Eh bien ! vous ne vous asseyez pas, vous avez tort; mettez-vous à votre aise. {H àte son chapeau, son habit, et met une redingote.)
M. DUBOCAGE. 11 cst tout à fait chez lui. Morbleu! qu'est-ce que ce'.a signifie? Comment ! Monteur, c'est ici votre apparten.ent?
PROSPER. Comme vous voyez.
M. DUBOCAGE. Et c'est ici que vous allez passer la
nuit? '•;";"!■■
PROSPER. Apparemment, je n'ai pas envie d'aller coucher à la belle étoile, en héros espagnol... Eh bien! qu'avez-vous donc? vous changez de couleur!
M. DUBOCAGE. Je VOUS avouc que l'émotion, la surprise...
PROSPEU. Bah! vous allez vous remettre en soupani.
M. DUBOCAGE. Ah! saus doute: nuis ces dames dont vous parliez tout à l'heure?
PROSPER. Elles arrivent de province, de Versailles, c'est tout comme ; vous en serez content.
M. DUBOCAGE. Nou : j'avais tort d'être jaloux ; mais, morbli'u ! {Se reprenant.) Et, sans doute, ces dames vous voient d'assez bon œil?
PROSPER. Vous sentez bien que là-dessus, je ne peux pas vous dire... mais, modestie à part, je ne me ci'ois pas mal avec elles. Tenez, je les entends, et si vous voulez avoir la bonté d'attendre un instant, je vais demander la permission de vous présenter. (Regardant autour de lui.) C'est que je n'ai ni salon, ni antichandjre. i '
.M. DUBOCAGE. Eh! parbleu r'Èé'riibinet. (Montrant la porte qui fait face au public et qui a une lucarne avec un rideau de taffetas.)
PROSPER. Je vous demande mille pardons. (M. Dubocage entre dans le cabinet.)