‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 410 sur 975 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ARMAND, assis prés de la table, la tête appuyée sur sa main; MADELEINE.

MADELEINE, à la cantomdc. Soyez donc tranquille, monsieur Baslien, tout sera prêt; si vous commencez à me tourmenter comme ça, la journée sera bonne. Ah! c'est vous, monsieur Armand, vous êtes la,, tout seul au salon?

ARMAND. Oui; qu'est-ce que tu me veux?

MADELEINE. Jc voul.iis VOUS dire... que je vais ùfer (le la grande galerie vos peintures et votre musique; ca ne [leut pas y rester, parce qu'il nous arrive au- .jourd'buL de la société.

ARMAND, se levant. Qu'est-ce (|ue tu me dis là? Aladame de Sénange attend du monde?

MADELEINE. Sou oucle, ricn que cela, M. deGerval, un marin qui est bon enfant et brutal; mai?, comme il est riche, on est convenu de dire qu'il n'était que bon enfant.

Air : Un homme pour faire un tableau.

Autrefois à tous ses parents Son humeur était importune ; Mais depuis que, par ses talents.

Dans les Ind's il a fait fortune.

Sans façon chacun lui permet D'être bourru, quinteux, colère :

Une fortune que l'on l'ait Vous fait joliment 1' caractère.

Aussi, c'est pour fêter son arrivée qu'on a invité toute la société des environs, les nobles et les bourgeois ; nous aurons ce soir la petite ville et deux châteaux, hein ! ça sera-t-il beau ?

ARMAND. Oui, mais je ne jouirai pas du coup d'oeil : dis à un des gens de la maison, s'ils ne sont pas Irnp occupés, d'envoyer chercher des chevaux de posle.

MADELEINE. Comment ! Monsieur, vous partez? voilà quinze jours que vous êtes ici tout seul; et quand le beau monde arrive, quand ça va devenir amusant, voilà que vous vous en allez.

ARMAND. Rester plus longtemps serait abuser de l'hospitalité que m'a offerte madame de Sénange, et que je ne voulais même pas accepter.

M.vDELEiNE. le VOUS aurais bien défié de faire autrement; votre voilure brisée, et vous dangereusement blcsié.

arjmand. Grâce atj ciel, il h*y paraît plus, et je peux partir; les lettres d'aujourd'hui sont-elles arrivées?

MADELEINE. Voilà le paquet, c'est Bastien lui-raème qui a été le chercher à la ville; voyez s'il y en a pour vous.

\Rii.\r\r>, prenant ses Itesides pour parcourir les lettres. En prenant une. Madame de Sénange. {En lisant une autre.) Madeleine Uurand, jardinière chez madame de Sénange.

MADELEINE. Ticus, il y cu a aussi pour moi: je me doute de ce que c'est. {Elle l'ouvre et la lit.)

ARMAND, parcourant toujours le paquet. Ceci, ce sont des journaux. {Prenant d'autres lettres.) Madame de Sénange... madame de Sénange... Quelle correspondance ! et qui peut donc lui écrire ainsi de Paris?

MADELEINE, pleurant. Ah ! mon DieU, moti Dieu ! que je suis malheureuse !

ARMAND. Eh mais ! qu'as-tu donc?

MADELEINE. C'cst le pèiv de Bastien, un riche fermier, qui ne veut pas que j'épouse son fils, parce que je ne lui apporte pas de dol: est-ce que c'est ma faute? si j'en avais, Bastien l'aiiraitdejà; mais, comme ou dit. Monsieur, la plus belle (Hic ne peut donner...

ARMAND. C'est juste; mais tu as sans doute quelques parents?

MADELEINE. Ticus, si j'en ai, je crois bien. D'abord j'en ai que je vois tous les jours, mais qui n'ont rien; ensuite, j'en ai d'autres qui ont fait fortune, mais ceux-là on n'en a pas de nouvelles.

Ain : Va-t'en voir S'ils viennent.

J'ai des parents tant et plus

Qui vont et qui viennent.

Ceux qui n' sont pas trop cossus

A leur famitr tiennent.

Tant qu'ils ont besoin d'écus.

Vers nous ils reviennent; Mais dès qui d'vieiin't des Grêsus,

On n' sait pus c' qu'i d'viennBnt.

J'ai surtout mon oncle Durand, qui est si riche qtie je le croyons perdu ; vous n'en auriez pas entendu parler à Paris?

AR>iAND. Quel est son état?

MADELEINE. Jc nc pcux pas VOUS dire, il fait tous les métiers ; il paraît que c'est un état qui rapporte.

ARMAND. Oui, sans doute : je verrai, je m'informerai ; et dans tous les cas, je le promets que moi-même.

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