‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 414 sur 975 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les précédents, M. DE GERVAL.

M. DE GERVAL. M'V VOilà CnflU.

ARMAND, avec humeur. Justement, un importun qui vient nous interrompre.

.M. DE GERVAL, en riant. Ah! ah! je ne m'attendais pas à trouver un tétc-à-tète.

ARMAND, brusquement. Eh bien ! quand ce serait, .Monsieur, qu'y aurait-il d'étonnant?

M. DE GERVAL. Commcut ! ce qu'il y a d'étonnant! et si je veu.x m'étonner, qui m'en empêchera?

ARMAND. Personne assurément. Et si cela ne vous convient pas, vous n'avez qu'à le dire.

M. DE GERVAL. Eh bien ! corbleu, voilàqui est plaisant !

MADAME DE SÉNANGE. MoU OUClc, y pCnSeZ-VOUS?

ARMAND, à part. Son oncle! qu'allais-je faire? Ah! maudite tète!

M. DE GERVAL. Je voudrais bien savoir comment Monsieur m'empêchera d'être le maître ici?

ARMAND, se contraignant. Moi, Monsieur? ce n'est nullement mon dessein.

M. DE GERVAL. Si, Monsicur; et le ton menaçant que vous preniez tout à l'heure...

ARMAND. Menaçant ! je ne pense pas qu'il le fût.

M. DE GERVAL. Eh bien ! moi, Jlonsieur, je l'ai trouvé

tel, et je n'ai jamais souffert ni un mot nf un geste équivoque.

ARMAND, vivement. Permis à vous. Monsieur. [Il rencontre un geste de madame de Sétmnge, et s'arrête.) Mais je déclare que jamais je n'eus l'intention de manquer de respect à madame de Sénange, ni à un oncle qu'elle honore

M. DE GEuvAL. A la boiine heure. Monsieur; celte phrase-là e^t plus prudente et plus sage que l'autre. Qu'il n'en soil plus question {Bas, à sa nièce.) Quel est ce monsieur-là?

MADAME DE sÉN.ANCE. M. Armand, un jeune homme qui a quelque fortune, et qui cultive par goût la peinture et la amsique. Il se rendait à Paris, lorsqu'un accident l'a forcé à me demander asile.

M. DE GERVAL. Lo hasard pouvait mieux te servir; car il n'est pas trop poli; et de plus, il me fait l'effet d'un poltron.

MADAME DE SÉNANGE. Je UC Crois paS.

M. DE GERVAL, bos, à madame de Sénnnge. Toi, sans doute; mais moi qui m'y connus .. {Haut.) Ah çà! ma chère nièce, nous alhnis avoir aujouid'hui une société et une journée agréables . ce sont les fêtes de ton mariage qui commencent.

ARMAND. De votre mariage?

M. DE GERVAL. Certainement; et puisque vous êtes nnisirien, à ce que dit ma nièce, vous ferez votre paitie; car nous chanterons, et beaucoup. Tel que vo'is me voyez, j'ai une voix de corsaire... amateur. Dans ma jeune,s.^e je jouais les Elleviou et les Martin; et phis tard, en pleine mer, j'ai naturalisé sur mon bord l'opéra comique. {Il chante.)

Ma liarque légère Portait mes îilets.

x ■" Air de Préville et Taconnel.

Plus d'une fois, jouant la comédie,

Dans uii morceau patliétiqne et touchant.

J'ai vu venir la t'régate ennemie

Qui nous trout)t,iit dans le plus beiu moment. [Bis.)

Mais notre troupe, à la réplique exacte,

Changeant de rôle, et toujours en ch.i niant, {Bis.)

Livrait gaimcnt un combat dans l'enlr'acte.

Et reprenait après le dénoùment.

ARMAND. Quoi! l'uniou de Madame serait si prochaine?

M. DE GERVAL. Aujourd'liuî mêuie il faudra qu'elle se décide. {A madame de Sénange.) Tu m'as donné ta parole pour notre sous-préfet.

ARMAND. J'ignorais que Madame fût engagée.

M. DE GERVAL. Vous Conviendrez, mon cher, qu'il n'y avait pas de nécessité que vous en fussiez instruit. {A madame de Sénange.) Après cela, si ce n'est pas lui, ce sera un autre. Je t'amène un original avec qui j'ai fait connaissance, M. de La Durandière, un excellent garçon, tapageur, mauvaise tète et brave comme uu César : voilà comme je les aime. Du reste, riche à millions. 11 cherchait à acheter une propriété; je lui ai parlé de 1 1 tienne, que tu voulais vendre il y a quelque mois, et il doit venir aujourd'hui.

MADAME DE SÉNANGE. Vous savez bien, mon oncle, que j'ai changé d'idée.

M. DE GERVAL. C'cst égal; il faut toujours qu'il vienne : c'en est un de plus, peut-être qu'il le plaira.

ARjiAND. J'ignorais ce matin que vous attendissiez une société aussi nombreuse. Vous-même, vous ne comptiez pas sur les personnes que monsieur votre oncle a invitées, et je craindrais qu'un plus long séjour ne ffit indiscret.

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