SCENE Vin. Les précédents, eœcepté MADELEINE
DE LA DURANDiÈRE, à table, fxaminant les tableaux. Ce n'est pas mal, pas mal, vraiment ; à la manière do Riibens. Vous ne connaissez pas Uubens? un grand, un fort, qui en son temps a fait des lithographies superbes. Eli mais ! je ne me trompe pas, regardez donc !
M. DE GEnvAL. Lo portrait de ma nièce!
MADAME DE sÉNA^GB. Mon portrait!
DE LA DURAjiDiÉRE. Et parfaitement ressemblant.
M. DE GERVAL. Tu avais donc prié M. Armand de te peindre?
MADAME DE SÉNANGE. Oul, OUI, HlOn OHCle. [A fart.)
Comment! en secret, et sans m'en provenir, il aurait
eu l'idée!., quelle ineonséqucnce!
DE LA DURANDiÈRE. Dc plus, unc ronumco, de petits vers à Adèle.
M. DE GERVAL. Adèle ! c'est ton nom : est-ce que tu l'as prie de te faire aussi des romances?
MADAME DE sÉiSANGE. Moi ! iioii , mou oiiclc... il aura choisi le premier nom venu.
DELA DURANDIÈRE. Joli, joli... Moi, Ce quo j'aime, c'est la romance chevaleresque : dès qu'il y a des troubadours, c'est mon genre.
Air : Mais les devoirs de la chevalerie.
Au tcm]is licureux de la chevalerie.
Galant guerrier et vaillant Iroubiidoui', Pour mériter chcitelâliie julié, J'aurais cliauto, comb:ittu tour à tour. Tout est clungc : les ilatnos, moins rcbcllest Aiment celui qui sait les provoquer ; Je serais mort pour di'fcnilre les belles, Et je ne vis que pour les altaillicr.
Voyez plutôt... paroles et musique de M. Trois Étoiles, auteur très-connu. J'ai chez luui toutes ses œuvres, avec accompagnement de violon.
M. DE GERVAL. Jc vais VOUS déchiffrer cela. Hein!., hein !.. ah diable ! moi qui ai la vue basse, et qui n'ai pas mes lunettes! Que diable en ai-je fait? Non, je ne les ai pas sur moi ; je les aurai perdues en roule, et je ne sais comment je vais fau'e de toute la soirée. Est-ce que vous n'en avez pas, vous, de La Uurandière?
DE LA DURANDIÈRE. Moi, dcs lunettcs! j'ai une vue superbe ; je découvre dans la campagne à deux lieues à la ronde. (// ouvre la crois^ée qui est dans le fond.) Voilà dans la cour une chaise de poste qui va partir.
MADAME DE SÉNANGE. H séloiglic! Ct saUS HIC lloUncr
l'explication de cette conduite !
DE LA DURA>DiÉr.E. Un mousieur eu besicles vient de monter en voiture, ct voilà qu'elle roule.
MADAME DE SÉNANGE. C'CSl fini!
DE LA DUR.iNDiÈRE, à la fenêtre. Postillon, postillon ! arrciez!
M. DE GERVAL. Eh bicu! quc faites-vous donc?
DE LA DURAisDiÈRE. Laisscz-moi douc... la voiture s'arrête... Monsieur, Monsicur!je vous prie de monter un instant. Oui... ici... au salon... J'aurais deux mots à vous dire.
M. DE GERVAL. Y pcuscz-vous ! qucl cst votrc dessein?
DE LA DURANDIÈRE. Eh parblcu ! de lui prendre ses besicles, puisqu'il eu a et que vous n'en avez pas. L'idée est bonne, et nous allons rire. (H nt.) Ho! hé!
M. DE GERVAL. Quoi ! VOUS croycz qu'd consentira?..
DE LA DURANDIERE. Eh! parblcu ! il le faudra bien.
MADAME DE SÉNANGE. Et s'il SC fàcliait?
DE LA DURANDIERE. Eh bien ! je serai là ; c'est ce que
je demande : intrépide et goguenard, c'est ma devise.
M. DE GERVAL. C'cst égal j je vous prie , mon cher ami, de vous modérer ; je serais désolé que cela sortît des bornes d'une simple plaisanterie, parce que vous sentez bien qu'ici, chez ma nièce, un jour cu'i il y a du monde... Voilà justement deux, trois voitures qui entrent dans la cour; c'est toute notre société.
MADAME DE sÉNANGE. Eh Hials ! mou oucle, allez les recevoir dans le grand salon : moi , je ne suis seulement [las habillée.
M. DE GERVAL. C'cst juste ; mais surveille un peu ce diable de La Durandière, car il a une tèle...
M.\DAME DE SÉNANGE. Je ne rcstc que pour cela.
M. DE GERVAL. Et VOUS, mon clicr, songez à ce que je vous ai dit.
DE LA DURANDiÉBE. Mais soycz douc tranquille, je n'irai pas lui mettre le pistolet sur la gnrge : on a de l'esprit, ou on n'en a pas. (/( ri'(.) Ah! ah!
8CÉNE IX.
DE LA DURANDIÈRE, MADAME DE SÉN.\NGE,puî;s AR.MAiSD.
DF. LA DURANDiÉtiE. Monsicur voIrc oncle croit peutêtre que je ne sais pas ce que c'est (pruneniystification; s'il s'était trouvé, comme moi, vingt ou trente fois dans ces afTaires-là... Voici notre jeune musicien.
ARMAND, â madame de Sénartfje. Je partais, Madjme, lorsque la voix de Monsieur m'a rappelé.
DE LA bURANDiÈRE. Oui, oul, c'cst moi. (A pari.) Tiens, comme il est ému! on dirait qu'il tremble ; il ne me fait pas l'eflet d'èire fort... {Hau'..) Il faut vous dire, mon cher, que j'ai quelque choseà Vousdemander.
ARMAND. Quoique n'ayant pas l'honneur de vous connaîlre, Monsieur, je serai charmé de vous rendre service ; mais il me semble qu'au lieu de me donner la peine de descendre de voiture, vous pouviez prendre celle de venir me parler.
MADAME DE sÉNAN'CE, effrayée. Ah I mou Dieu ! (Haut.) C'est moi qui avais prié Monsieur de vouloir bien vous appeler.
DE LA DURANDIÈRE, bos, à madame de Sénange. Vous avez raison, cela vaut mieux ainsi. [Haut.) Oui, c'est Madame qui voulait d'abord vous remercier de son porlrail, que nous avons trouvé très-bien.
ARMAND. Quoi! Madame, vous auriez vii?..
DE LA DURANDIÈRE. Je voos (lis quc uous avoiis tous été eneliautés, et Madame surtout.
MADAME DE SÉNANGE, à part. Oli ! l'insupporlablc homme!
DELA DURANDIERE. Eusuite , nous avious là une romance que Madame voulait clianicr.
MADAME DE sÈNANGE. Moi ! ilou , Mousicur; gardezvous bien de le croire.
DE LA DURANDIÈRE, à pari, « madame dc Sénange. Laissez-moi donc faire; nous y voilà. {Haut, à Armand.) .Mais il y avait un acCuuipagnemeiit de violon obligé, et Madame, qui connaît votre talent , ct surtout votre coiinilaisance, voulait, avant votre départ, vous prier de lui l'aire chanter une seule fois cette romance.
ARMAND, prenant la romance. A part. Que vois-je? nia romance ! [Haut.) Certainement , je ne demande pas mieux; et vous. Monsieur, combien je vous remercie de m'avoir procuré l'occasion d'èlrc agréable à Madame ! (// va prendre un violon qui est sur la table.)
MADAME DE SENANGE, à La Dwandierc, qui lui présente le papier de musique. Mais, Monsicur, y pensez-vous?