‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 519 sur 975 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GINEVRA, seule dans le caveau, est étendue sur un lit et recouverte d'un voile que l'on voit peu à peu se soulever. — Elle revient lentement à elle, et, réveillée à moitié par le froid et par l'humidilé, elle se lève en s'appuyant sur son coude, et cherche à se mettre sur son séant.

RÉCITATIF

J'ai froid ! ! !.. à peine je soulève Ma tête appesantie et mes membres glacés !.. Que cette nuit est longue ! — Et quel horrible riHc !

Il dure encore ! ah ! laissez-moi ! — Laissez Mes yeux s'ouvrir au jour et mon àme à la vie !

{Cherchant à rappeler ses idées.) Pourquoi ce bruit confus?.. Pourquoi, ipiand je dunuiiis. Ces accents de douleur que de loin j'entendai ? Le calme enlin renaît et la nuit est finie ! Oui... je m'éveille...

[Levant la tête, et regardant autour d'elle.)

Où donc?., cil suis-je?.. ah! qu'ai-je vu ! Et ipiel effroi se glisse en mon cœur éperdu ! [Jusque-là, elle était re.tée assise sur le tombeau. Elle vient de se lever. Elle marche et parcourt avec effroi l'étroit souterrain où elle est renfermée.)

Pourquoi donc cette nuit fatale ?

Pourquoi les murs de ce caveau?

[Apercevant le flambeau funéraire qui est prés d'elle.)

El vous, lumière sombre et pâle,

Ètesvous celle du tombeau?

AIR

Oui... oui... tout m'abandonne, La mort m'environne, D'effroi je frissonne...

0 tourment nouveau !

0 nuit d'épouvante !

Quelle horrible attente !

Faut-il donc, vivante, Descendre au tombeau?

Fuyons!

(Elle parcourt le caveau, dont elle touche tous les murs.)

Aucune issue !..

[Elle monte les degrés de l'escalier qui conduit à l'église, et se trouve arrêtée par l'énorme pierre qui en ferme l'entrée, et qu'elle essaie en vain de soulever.)

0 terrible agonie!

Jamais ma faible main ne pourra soulever

Ces murs ]iesanfs qui me ferment la vie !.. ,\li ! si ma voix pouvait jusqu'à vous s'élever...

(.ippelant de toutes ses forces.) Gnido!.. Guido!.. Mon père!., mon père!.. Entendez-moi !.. Venez me secourir! ! !.. [Redoublant ses cris.)

Je vous appelle... et du sein de la terre ! ! !.. {Avec désespoir.) Sans pitié!., sans secours, me faudra-t-il mourir?

Oui, tout m'abandonne, La mort m'environne.

D'effroi je frissonne...

0 tourment nouveau!

0 terrible attente!

0 nuit d'épouvante !

Faut-il donc, vivante.

Descendre au tombeau?

Et mes pleurs et mes cris sont-ils donc superflus?.. A la nuit du sépulcre à jamais condamnée,

Solen des cieux, ne vous verrai-je plus?.. {La lampe du caveau s'éteint. — Ginevra pousse un cri d'effroi.) Ah !.. Dieu prononce, et c'est ma destinée. Dieu m'abandonne, plus d'espoir!..

0 mon père !. 0 Guido !.. je ne dois plus vous voir!

Mon amour est un crime Que Dieu devait punir..

Il reprend sa victime...

Il revient la saisir...

C'en est fait, je succombe Aux maux que je ressens!..

Et le froid de la tombe Revient glacer mes sens !..

[Ses forces l'abandonnent, et elle tombe inanimée à droite au pied du tombeau.)

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