RICCIARDA ET LE CHOEUR
0 sinistre visite !
Y dois-je ajouter foi?
Hélas! mon coeur palpite El d'horreur et d'ell'roi!
MANFREDI, prenant la main de Ricciarda.
Tu trembles?
RICCIARDA
J'en conviens ! cette ombre redoutable.
Aux fêtes d'un banquet apparaissant soudain. Annonce à l'un de nous quelque malheur prochain.
MANFREDI
Raison de plus pour nous remettre à table! On y brave aisément tous les coups du destin, Quand d'un ami fidèle on peut presser la main. {Tous les convives se sont assis et boivent de nouveau.)
CHŒUR
Buvons, amis, buvons ensemble
A l'amitié, comme aux amours !
Que le saint nœud qui nous rassemble
Dure jusqu'à nos derniers jours!
{Plusieurs convives se levant, et buvant à Manfredi.)
Oui!., oui! notre amitié fidèle
Ne t'abandonnera jamais !
RICCIARDA, (7e même, et élevant sa coupe.
Pour toi, ma tendresse éternelle
De la mort bravera les traits !
MANFREDI, Se levant et élevant sa coupe d'une main chancelante.
.K vous donc!., à vous!., à jamais!..
Tors, le regardant avec effroi.
Dans sa main la coupe chancelle...
Et sur son front quelle pilleur!
MANFREDI, cherchant à lutter contre le mal qu'il éprouve.
Non... ce n'est rien!., non... non... je brave la douleur!..
C'estmamaiuseulemenl!..et noumoncceur qui tremble!..
{Essayant de répéter le refrain du choeur.)
Buvons... amis... buvons. . ensemble!..
{Laissant tomber sa coupe, et s'appuyant sur la table )
Ah!., je sens fléchir mes genoui; !..
{Ricciarda et les convives s'éloignent de lui avec terreur.) MANFREDI, avec amertume.
Eh bien!., vous vous éloignez tous?..
Pourquoi?., quand tout à l'heure... ici, vous disiez-fous :
ENSEMBLE
MANFREDI, avcc ironic.
Buvons, amis, buvons ensemble...
A l'amitié, comme aux amours!..
Que le saint nœud qui nous rassemble Dure jusciu'à nos derniers jours !
GUIDO ET GINEVRA
(Avec fureur.)
Amitié perfide.
Serment imposteur, Votre àme sordide Abusait mon cœur.
Mais, ô joie estrème .' Nous serons encor, Et malgré vous-même, Unis par la mort!
EICCURDA ET LES CONVIVES, à part.
Ah! malgré moi, d'efl'roi je tremble.
Le trépas menace ses jours!
Faut-il que la mort nous rassemble !
Dieu puissant!., à toi j'ai recours!
{Tous le regardant avec effroi.)
De son front livide
Voyez la pAleur. ,
D'un trépas rapide
C'est l'avant-coureur!
Craignons pour nous-même
Sou funeste sort!..
0 terreur extrême!
Comment fuir la mort?
(Il s'avance en chancelant vers ses amis qui, devant lui, reculent effrayés; mais Ricciarda ne peut l'éviter. Manfredi la saisit par la tnain et l'amène au hord du théâtre, pendant que tous les convives disparaissent par la porte à gauche.)
MANFREOI.
Ah! toi du moins, tu me seras fidèle!
RICCIARDA
Laissez-moi!..
MANFREDI
Tu tiendras les serments qu'on m'a faits! « Pour toi, ma tendresse éternelle (t De la mort braverait les traits!., w Me disai^s-tu... tes vœux sont satisfaits : (Serrant contre son cœur Ilicciarda qui se débat.) Ricciarda! nous voici réunis pour jamais!..
ENSEMBLE
MANFREDI
Maîtresse perfide.
J'ai lu dans ton cœur, Tendresse sordide.
Serment imposteur !
Mais, 6 joie extrême !
Nous serons encor, Et malgré toi-même.
Unis par la mort!
RICCIARDA
Laisse-moi, ]jerfide !
Pour toi, dan.i mon cœur, L'offroi qui me guide Double mon horreur.
0 terreur e\trême !
Faut-il être encor.
Et malgré moi-même.
Unis par la mort !
RICCIARDA, se débattant.
Ginevra!.. Ginevra!. de moi soyez vengée!
Oui!., c'est elle qui me punit!..
Tiens... ne la vois-tu pas? c'est son ombre outragée
Qui se lève !.. et qui le maudit ! . . (Manfredi, frappé d'effroi, laisse échapper Ricciarda, qui, chancelante et à moitié évanouie, s'appuie sur la table à gauche. Manfredi rassemble toutes ses forces, se lève du canapé sur lequel il était tombé, s'approche de Ricciarda qui pousse un cri, et veut fuir. Manfredi s'attache à elle presque mourant, et tombe à genoux, mais sans lâcher les mains de Ricciarda,qui ne peut fuir qu'en l'entraînant avec elle.)
MANFIIEDI.
Ah! ne crois pas ipi'ici je t'abandonne, .
Toujours unis jusqu'à la mort!
Pour toi l'heure dernière sonne !..
Et tu partageras mon sort.
RICCIARDA
Dieu m'a maudite et m'abandonne, Et je ne puis échapper à mon sort!
(Ils disparaissent tous les deux par la porte à gauche. Le théâtre change et représente la principale place de Florence. — Il fait nuit . La neige tombe et couvre les principaux édifices ; à droite, sur le premier plan, une maison très-simple : c'est celle de Guido; an milieu de la place, la statue équestre de Cosme de jlédicis. Sur les troisième et quatrième plans, àgauvho , un riche palais où l'on monte pur des degrés ; au fond, plusieurs rues et de beaux édifices )