‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 524 sur 975 · RICCIARDA ET LE CHOEUR · texte numérisé non relu

RICCIARDA ET LE CHOEUR

0 sinistre visite !

Y dois-je ajouter foi?

Hélas! mon coeur palpite El d'horreur et d'ell'roi!

MANFREDI, prenant la main de Ricciarda.

Tu trembles?

RICCIARDA

J'en conviens ! cette ombre redoutable.

Aux fêtes d'un banquet apparaissant soudain. Annonce à l'un de nous quelque malheur prochain.

MANFREDI

Raison de plus pour nous remettre à table! On y brave aisément tous les coups du destin, Quand d'un ami fidèle on peut presser la main. {Tous les convives se sont assis et boivent de nouveau.)

CHŒUR

Buvons, amis, buvons ensemble

A l'amitié, comme aux amours !

Que le saint nœud qui nous rassemble

Dure jusqu'à nos derniers jours!

{Plusieurs convives se levant, et buvant à Manfredi.)

Oui!., oui! notre amitié fidèle

Ne t'abandonnera jamais !

RICCIARDA, (7e même, et élevant sa coupe.

Pour toi, ma tendresse éternelle

De la mort bravera les traits !

MANFREDI, Se levant et élevant sa coupe d'une main chancelante.

.K vous donc!., à vous!., à jamais!..

Tors, le regardant avec effroi.

Dans sa main la coupe chancelle...

Et sur son front quelle pilleur!

MANFREDI, cherchant à lutter contre le mal qu'il éprouve.

Non... ce n'est rien!., non... non... je brave la douleur!..

C'estmamaiuseulemenl!..et noumoncceur qui tremble!..

{Essayant de répéter le refrain du choeur.)

Buvons... amis... buvons. . ensemble!..

{Laissant tomber sa coupe, et s'appuyant sur la table )

Ah!., je sens fléchir mes genoui; !..

{Ricciarda et les convives s'éloignent de lui avec terreur.) MANFREDI, avec amertume.

Eh bien!., vous vous éloignez tous?..

Pourquoi?., quand tout à l'heure... ici, vous disiez-fous :

ENSEMBLE

MANFREDI, avcc ironic.

Buvons, amis, buvons ensemble...

A l'amitié, comme aux amours!..

Que le saint nœud qui nous rassemble Dure jusciu'à nos derniers jours !

GUIDO ET GINEVRA

(Avec fureur.)

Amitié perfide.

Serment imposteur, Votre àme sordide Abusait mon cœur.

Mais, ô joie estrème .' Nous serons encor, Et malgré vous-même, Unis par la mort!

EICCURDA ET LES CONVIVES, à part.

Ah! malgré moi, d'efl'roi je tremble.

Le trépas menace ses jours!

Faut-il que la mort nous rassemble !

Dieu puissant!., à toi j'ai recours!

{Tous le regardant avec effroi.)

De son front livide

Voyez la pAleur. ,

D'un trépas rapide

C'est l'avant-coureur!

Craignons pour nous-même

Sou funeste sort!..

0 terreur extrême!

Comment fuir la mort?

(Il s'avance en chancelant vers ses amis qui, devant lui, reculent effrayés; mais Ricciarda ne peut l'éviter. Manfredi la saisit par la tnain et l'amène au hord du théâtre, pendant que tous les convives disparaissent par la porte à gauche.)

MANFREOI.

Ah! toi du moins, tu me seras fidèle!

RICCIARDA

Laissez-moi!..

MANFREDI

Tu tiendras les serments qu'on m'a faits! « Pour toi, ma tendresse éternelle (t De la mort braverait les traits!., w Me disai^s-tu... tes vœux sont satisfaits : (Serrant contre son cœur Ilicciarda qui se débat.) Ricciarda! nous voici réunis pour jamais!..

ENSEMBLE

MANFREDI

Maîtresse perfide.

J'ai lu dans ton cœur, Tendresse sordide.

Serment imposteur !

Mais, 6 joie extrême !

Nous serons encor, Et malgré toi-même.

Unis par la mort!

RICCIARDA

Laisse-moi, ]jerfide !

Pour toi, dan.i mon cœur, L'offroi qui me guide Double mon horreur.

0 terreur e\trême !

Faut-il être encor.

Et malgré moi-même.

Unis par la mort !

RICCIARDA, se débattant.

Ginevra!.. Ginevra!. de moi soyez vengée!

Oui!., c'est elle qui me punit!..

Tiens... ne la vois-tu pas? c'est son ombre outragée

Qui se lève !.. et qui le maudit ! . . (Manfredi, frappé d'effroi, laisse échapper Ricciarda, qui, chancelante et à moitié évanouie, s'appuie sur la table à gauche. Manfredi rassemble toutes ses forces, se lève du canapé sur lequel il était tombé, s'approche de Ricciarda qui pousse un cri, et veut fuir. Manfredi s'attache à elle presque mourant, et tombe à genoux, mais sans lâcher les mains de Ricciarda,qui ne peut fuir qu'en l'entraînant avec elle.)

MANFIIEDI.

Ah! ne crois pas ipi'ici je t'abandonne, .

Toujours unis jusqu'à la mort!

Pour toi l'heure dernière sonne !..

Et tu partageras mon sort.

RICCIARDA

Dieu m'a maudite et m'abandonne, Et je ne puis échapper à mon sort!

(Ils disparaissent tous les deux par la porte à gauche. Le théâtre change et représente la principale place de Florence. — Il fait nuit . La neige tombe et couvre les principaux édifices ; à droite, sur le premier plan, une maison très-simple : c'est celle de Guido; an milieu de la place, la statue équestre de Cosme de jlédicis. Sur les troisième et quatrième plans, àgauvho , un riche palais où l'on monte pur des degrés ; au fond, plusieurs rues et de beaux édifices )

Page 1