‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 528 sur 975 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

GINEVRA évanouie; GUIDO, venant de la rue à droite et se dirigeant vers la maison.

Tu seras donc pour moi sans cesse inexorable, 0 trépas que je cherche et qui me fuit toujours^.. A tuu5 ces malheureux prodiguant mes secours. Vainement j'ai bravé ce fléau redoutable; Le fléau me repousse et ne veut pas de moi; Il me condamne à vivre, o Ginevra, sans toi!

Fille des cicux!.. Quand donc te reverrai-je?

Uappelle-moi!., que mon exil s'abrège. .

(// va pour entrer dans sa maisoii, à droite. — Ginevra, à gauche, et sur les marches du palais, soulève la lète et pousse un soupir.)

Qu'entends-je auprès de moi!

{S'arrètant et allant à elle dans l'obscurité ) Encore une victime!.. -Ah! pauvre jeune lille ! Tu n'as donc pu fléchir le sort!

Loin des siens, 1 lin de sa famille, ^^culciii... sans secours... elle a trouvé la mort! (Sd baissant pour la regarder.) Est-ce un songe?..

(Il pousse un cri et s'éloigne.) Ah!

Suis-je donc en délire?

( Voyant Ginevra qui revient à elle et se lève.) Ombre de Ginevra!!

DUO

GUIDO, à genoux et étendant le's bras vers elle. Ombre chérie!., ombre adorée!

Tu daignes donc combler mes vœux!

De moi trop longtemps séparée, A ma voix, tu descends des cieux!

GINEVRA, appuyant sa main sur l'épaule de Guido. Guido!.. Guido!..

GUIDO, tressaillant.

C'est elle!

C'est sa voix qui m'appelle.

Et qui m'ouvre les cicux!

GINEVRA

Non!., non, Guido, calme ta peine .

Je ne suis pas une ombre vainc!

Je vis, j'existe!., c'est bien moi!

Dieu t'a rendu ta bien-oiniée ; Dans la tombe il m'a ranimée.

GUIDI)

Ginevra!.. c'est bien toi!., c'est toi que je revoi !

ENSEMBLE

GUIDO

Prodige, dont je doute encore !

Oui... je sens li battre son canir!

Ne souffre pas. Dieu que j'imiilure.

Que j'expire de bonheur?

GINEVRA

C'est moi! c'est moi! j'existe encore!

Ta vue a ranime mon cœur.

Et ce Dieu que ma voix implore, A pris pitié de mon malheur !

GUIDO

Venez! quittez ces lieux d'épojvaiile et d horreur! Où faut-il vous conduire?.. A vous ma destinée !

GINEVRA

lilais je n'ai plus d'asile!., errante, abandonnée.. Où désormais porter mes pas? Bien plus cruel que le trépas.

De son logis Manfredi m'a chassée !

GUIDO, regardant le bras de G^ne ra.

Ah! grand Dieu! Ginevra blessée!

GINEVRA

Oui, la main d'un eiioux a menacé mes jour.>. Quand ma voix suppliante implorait son suconrs!

GUIDO

L'inf.ime!..

GINEVRA

Me traînant au palais de mon père.

Un silence de mort accueillit ma prière ; Et maintenant que me reste-il?

GUIDO

Moi!

Qui t'ai voué mon sang, et ma vie, et ma foi!

ENSEMBLE

GUIDO

.\h ! mon âme à toi se donne.

Et nul danger ne m'étonne ;

A ton humble esclave... ordonne :

T'obéir est ma loi!

Que ton ctur au mien se livre !

Viens!.. Partons!., il faut me suivre!

Si pour toi je ne peux vivre,

Je veux mourir pour toi.

GUIDO ET GINEVRA

GINEVBA.

Le flevoir, hélas I l'ordonne.

Il laul qu'ici j'abandonne L'amo'ir que ton cœur me donne.

L'honneur m'en fait la loi !

Trop doux espoir qui m'enivre; Non... non, je ne puis te suivre!..

Quand pour toi je voudrais vivre.

Je vais mourir loin de toi.

GllDO

Ainsi ma prière est stérile !

Ainsi chez moi tu refuses l'asile...

Le seul qui maintenant te reste !..

GINBVRA.

Je le dois...

{On aperçoit à gauche, à travers les fenêtres du palais, les jUunmes qui commencent à gagner l'édifice, et l'on entend le chœur des bandits.)

ClICEUR.

A la mort! au pillage!

Ni Dieu^ ni chef, ni lois!

Tout est notre partage Ici nous sommes rois !

GUIDO

Entends-tu ces bandits?

GINEVRA

Us me glacent d'horreur!

Us te tueront... va-t'en!

r.iiDO.

Je suis ton défenseur!

GIKEVBA.

Ah! le ciel m'a condamnée.

Qu'importe ma destinée !

Va! laisse une infortunée!..

Laisse-moi subir mon sort!

Gl'IDO.

Quitter celle qui m'est chère.

Toi, mon bien, ma vie entière!

Je ne crains rien sm- la terre, Rieu, que de te perdre encor!..

[Les bandits traversent le fond du théâtre en agitant . des flambeaux. — Ginevra pousse un cri. et tombe évanouie dans les bras de Guido. — Le piédestal de Va statue les cache aux yeujc des bandits )

GUIDO, ia tenant dans ses bras, et fentrainant.) Dieu ! doublez mon courage et sauvez mon trésor !

{En ce moment s'ouvrent les portes du palais auquel on vient de mettre le feu, et les bandits, la torche à la main, descendent les escaliers. — La toile tombe.)

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