SÉBASTIEN, ADÉLAÏDE
SÉBASTIEN, à part, après un moment de silence. C'est singulier! voilà i|iie je ne sais pas trop que lui dire. (Haiil.) Adélaïde, est-ce que cela vous contrarie de rester seule avec moi?
ADÉLAÏDE, après avoir hésité. Oh non ; mais je vous prie, Monsieur, de ne pas m'appeler ainsi Adélaïde, tout court; cela me semble trop libre.
SÉBASTIEN. II me semble cependant, Mademoiselle, que quand on aime les gens... Mais c'est que peutêtre vous ne m'aimez pas? 0 dieux ! elle hésite.
ADÉLAÏDE. Je ne peux pas vous répondre là dessus. Monsieur, puisque maman n'est pas là; mais je sais bien la peur que j'ai eue quand on a dit que vous alliez épouser mademoiselle Gervais, la fille du marchand de draps.
SÉBASTIEN. Comment! même à celte époque-là, vous aviez déjà daigné vous occuper de moi?
ADÉLAiDE. Sans doute; depuis la veille de Noël, le jour où vous êtes venu dans la boutique.
SÉBASTIEN. C'est vrai; c'est la première fois que je suis allé chez vous : j'y entrais pour acheter...
ADÉLAÏDE. Une paire de bas de Rouen, première qualité, coton en quatre fils et cinq au talon : c'est moi qui vous l'ai vendue. Allez, quoique maman dise que je suis une sotte, et que je n'ai pas de mémoire, il est des choses qu'on n'oublie pas.
SÉBASTIEN. Comment! il serait possible!.. De sorte que quand on vous a proposé ce mariage ..
ADÉLAÏDE. J'ai acepté tout de suite, tout de suite; mais j'ai peut-être eu tort de vous dire cela.
SÉBASTIEN. Au contraire, parce que cela me prouve que nous ferons bon ménage.
ADÉLAÏDE. Je tâcherai, du moins; car, voyez-vous. Monsieur, sans qu'il y paraisse, moi, je raisonne quelquefois, et je sais bien ce que je me promettais lorsqueje pensais à mon mariage.
SÉBASTIEN. Ah ! vous y pcnsiez?
ADÉLAÏDE. Tous les jours.
Air : Ah ' si Madame me voyait (de Romagmési).
C'est il vous seul à commander; Mon seul but sera de vous [ilaire.
Quand la modiste ou la lingère Viendra pour se faire solder.
S'il s'agit d'une robe nouvelle.
Ou de quelque bonnet garni.
Je lui dirai : Madeîhoiselle, Ah! demandez à mon mari.
DEUXIÈME COtPLET.
Vos désirs seront tous mes vœux, Car je serai docile et sage ; Et si, dans notre voisinage.
Il survenait quelque amoureux; S'il disait que son cœur soupire, El qu'il veut être mon ami.
Moi, je saurais toujours lui dire :
Ah ! demandez à mon mari.
SÉBASTIEN. Quelle candeur! mais dites-moi, Adélaïde , vous me parlez là d'amoureux, est-ce que par hasard il y aurait déjà eu des personnes qui vous auraient dit qu'elles vous aimaient?
ADÉLAÏDE. Oh! oui.
SÉBASTIEN. Et qui donc, s'il vous plaît? ADÉLAÏDE. Mon petit cousin , M. Belenfant. sÉiASTiEN. Ah! M. Belenfant s'est permis... ADÉLAÏDE. Sans doute : il voulait aussi m'épouser;
mais moi je ne voulais pas, parée qu'il avait des manières et un ti'ès-niauvais ton, mon petit cousin : il voulait toujours me prendre la main pour l'embrasser, et cela ne me convenait pas.
sÉB.\sTiEN. De sorte que vous l'avez refusé.
ADÉLAÏDE. Certainement. Vous ne vous en douteriez pas; mais moi j'ai du caiactère.
SÉBASTIEN. Vraiment !
ADÉLAiriE. Tellementque quand j'étais petite, j'étais très-colère, et même quelquefois encore.
SÉBASTIEN. Allons douc , ce n'est pas possible.
ADÉLAÏDE. Ah ! vous le verrez; il ne faut pas croire, Monsieur, que^e sois parfaite.
SÉBASTIEN, à part. Et Droguignard qui leur suppo sait des intentions... Quelle naïveté! quelle franchise !
ADÉLAÏDE
MOHCEAU d'ensemble.
(Final du premier acte de la Somnambule.)
Tenez-vous, je vous en supplie, Voilà quelqu'un, c'est imprudent.