SCÈNE X
Les PRÉCÉDENTS, SÉBASTIEN, ADÉLAÏDE, DROGUI- GNAEID, Gens de la noce.
CHœUR.
Oui, célébrons l'hyménée Dont ils out fiirme les nœuds
Tous les deux :
Cette cliaine fortunée Va les rendre à jamais heureux.
DELENlANt.
J' vas danser d' la bell' manière ; Ma tant', quoiqu'on ne soit pas. Ici-bus, Dans la caval'ri' légère.
Ça n'empèch' pas les entrechats.
CHOEUR
Oui, célébrons, etc.
ADÉLAÏDE, conduite par Sébastien, va embrasser madame, Giraud. Ah ! ma mère.
MADAME GiiiAUD, s'essuyant les yetix. Eh bien! mon Adélaïde, comment cela va-t-il?
ahélaide. a merveille, maman. (Bas.) Excepté ce monsieur Droguignard qui, à chaque instant se plaît à me contrarier, ou à me dire des choses piquantes; il a fallu toute ma patience...
MADAME GIRAUD, ba9. Tu ne peux 60 avoir trop. {Haut.) Voici Belenfant, ton cousin, qui vient d'arriver à Paris, et à qui j'ai fait part de ton mariage. {Le prenant par la main et le menant à Sébastien.) Souffrez, mon cher gendre, que je vous présente un cousin de ma fille, M. Belenfant.
SÉBASTIEN, se retournant. Ah ! mon Dieu !
DROGUIGNARD. Eh bien! qu'as-tu donc?
SÉBASTIEN, bas, à Droguignard. C'est mon militaire d'hier au soir, celui à qui j'avais donné rendez-vous à la barrière de Vincennes.
BELENFANT. Cousiu, je suis euchanté de la circonstance d'un mariage dont je ne me doutais pas; mais c'est égal, touchez là.
SEBASTIEN, avcc joie. Dieux! il ne nie reconnaît point.
LA DI:M0ISELLK et la IJAME.
' BELÈisFANT. Voiis m'avÉz l'air d'un malin, (Montrant Broguifjnard.) ainsi c|iJe ce l^ron-là ; et je vois que nous irnns biin ensemble. Ah çà! corbleu, on dirait que vous tremblez?
sÉnASTiEN. Du tout, du tout; mais je sors d'être marie, el c'est un reste d'émotion. (Bas, à Adélauh'.] Coumient ! c'est là ce petit cousin dont vous nie parliez?
ADiiLAiDE. Oui, Monsieur, c'est M. Belenfanf, mon jeune cousin.
siiiiASTiEN. C'est que vous ne m'aviez pas dit qu'il fût dans les cuirassiers. Xh\ mon Dieu, comme il nuregarde !
EF.LE.NFANt. C'cst Otonuaut, mon cousin, je ne vous avais pas encoi'C vu, et il me semble que ce n'est pas la |iremièrc fois que je vous dorjno une pDigiiéc de main.
SÉBASTIEN, faisant le geste de donner rtn cotip de poing. A part. 11 appelle celi donner une poignée do main. (Haut.) Je vous prie de croire. Monsieur, que ce n'est pas moi, ce n'est pas moi du tout, et vous vous trompez.
DELENFAM. Alors, cxcusez, cousin, il n'y a pas d'affront; ail çà ! puisqu'il y a une noce, il y a un festin, c'est de rigueur, je me charge d'égayer cela.
sÉi;AsriE>, bas, à Drvtjuignard. Eh bien! il est sans façiiii; le voilà invité.
KELENFANT. Il n'y a rien de tel qu'un militaire, quand il est à la noce. Je me nuls à côté de la mai-iée, et en avant les sautés et les chansons; je m'en tliarge, car je possède, à c(! qu'ils disent, une littérature de caserne un peu soignée ; j'ai là surtout une cavatine : {Chantant à pleine gorge.)
Do l'amoui- j'.qicrçois la torolic...
MADAME CIRaID.
vous ■;
E\i bien! mon neveu, y peusez-
Aui : }'oulant jiar ses ain-rcs compicics.
Mais Ir.lseE-vnus ilonc... par des l'ciiuiics C.Ui peut-il i'tie ùcuulc?
BELENFAM.
J' n'en sais rien, car ilevnnl Jes tliimus Ça n'a jamais été chanté.
MADAME CIRArb.
Grands dieux!
BS6Ef<F.'.M, oii.r dames.
N' sojez pas imiiiiéles, C'est des rumanc's à sontinieut.
Que nuus cliaiitous au régiment, Lorsque nous sommes en goguettes.
Et puis, dites donc, cousin, 1 1 jarretière de la mariée? nous sommes là.
SÉBASTIEN, iîh bien ! par exemple !
MADAME GihAVD. Y pcnséz-vous, mounovcu?
BEEENFA>T. Eciiutcz douc, ma tante, dmime le plus jeune de la famille... cl puis j'oubliais de vous demander... à quelle heure diue-t-on? 11 fauilhi que Ce soit un peu tard, entendez-vons, cousin, parce que j'ai ail'aire ce malin.
SÉBASTIEN. Ah! vous avcz affaire?
cELE^FANT. Oui;'un blauc-bec que je ne Vois pas venir, et qui m'avait donné rendez-vous à la barrière du Maine.
SÉBASTIEN. Ah! mon Dieu, il aura mal entendu. [S'oubliant.) C'était à la barrière de Viucennes.
BELENF.vN'T, Se retotimant vivement. Hein ! qn'est-ce que vous dites?
sÉB.\STiErt. Rien, rien, monsieur le soldat; Je disais seulement qu'il y aurait bien plus loin pour vous si c'était à la barrière de Vinechnes.
BELE^FA^iT. Paiblcu, une belle inaliee; sans a lieu.
AiB de Webcr.
Je pars.
Et sur les boulevards Je Vais l'attendre El II! surprendre î S'il le faut môm'j'ai le piOjet D'entrer dans cliaijua cabaret.
MADAME CIBAIID.
Dans un tel jour vous battre, liélas!
BELENFAM.
Mon Dieu! n'arrêtez pas Mes pas.
SÉBASTIEN
Qu'il suit tramiuille sur ce pôtnij Son adversaire n'ira point.
BELKNFANT.
Je pars, etc.
(U sort.)