SCÈNE XVIIL ADÉLAÏDE, SÉBASTIEN
SÉBASTIEN. Depuis que je ne vous ai vue j'ai fait bien des réflexions, Mademoiselle.
ADÉLAÏDE. Et moi aussi, Monsieur.
SÉBASTIEN. Sur la vivacité de votre caractère.
ADÉLAiDt;. Et moi sur la faiblesse du vôtre; et je rends grâce maintenant à la ruse que vous avez employée, puisqu'elle me permet de vous rendre votre parole.
LA DEMOISELLE ET LA DAME
SÉDASTiEN. Qu'est-ce i|ue viius (litrs (liiiic, Id riise que j'iii employée?
AnÉi.AiDE. Si vous l'ailliez iii'eux, r(''|ireuve i|uo monsieur voire ami , voire conseiller, a jugé à iiropos (le Icnler, é|ireuvo ([ui d'abuni nous a tous imliyiiés, et dont maintenait je suis eneliantéc.
sÉiiASTTKN. Il serait [lossilile! comment vous faviiv,?..
ADÉLAÏDE. Je De l'ai pas ignoré un inslaul, et je vous le répéti', il laut que votre l'aililessesoit liien grande, ou que rascendant de M. Druguignard suit bien Inri, |iour que vous ayez pu consentir à un siratagème a'issi ofleiisant envers une laiiiille respeclable qui, j'ose le dire, ne le mérilaitpas.
SÉBASTIEN. Ah! Uion Dieu !
ADÉLMDi:. J'avoue qu'en voyant cetle scène incouvenanti; se prolonger ainsi , je n'ai pas été miilri,-sc de mon ressentiment; il y avait déjà lungleiups, Comme je vous l'ai dit, et comme vous avez pu le voir, que je faisais mes efforls pour n; pas éclater. Mai-;, i]uelqnc modération que l'on ail , cela ii'enipècbe pâî d'avoir du cœur cl de la fierté, et oii no veut pas être humilié surtout devant les gens que l'on aime.
sÉiiASTiEX. Dieux ! qn'est-C(^ que j'ai f.iit li!
AUKLAiDE. Ce ii'e>t pas sur vous ((u'est tombé mon ressentiment : je ne vous accusas pas, je vous plaignais, mais j'en voulais à la p rsinne qui avait pu Vous conseiller une iiareillo ribe. Qu'en aviez-vous besoin, Mousieiu-? jiui-que v i is ne m'aimiez pis, puisque cette union faisait votre malheui', que ne le disiez-vons franchement l'i mi famille? c'était tout simple, tout naturel; personne ne pouvait s'enfàchct', et le seul cœur que votre procédé aurait blessé ne vous aurait fait entendre anc'Jiie plainte.
sÉuASTiEN. Cet imbccilc de Droguignard, j'étais sur qu'il me ferait faire quelques lièlises. Adélaïde, daignez m'écouter.
ADÉLAÏDE. Non, Moiisieui'; non, tout est fini; je né pourrais poiiilfaire voire bonli-.ur, je connais tous nus défauts. La vivacité de mon ( aracliTO, je ne vous l'ai point laissé ignorer., ee UKiliii m 'me encore je vous en avais prévenu.
SÉUASTIEN. C'est vrai; cl croyez-vous que je n'aie pas aussi mes défauts? je suis déliant, soupçonneux...
ADÉLAÏDE. Soupçonneux! et pour quel motif? estce à cause de mon cousin? Dés (|ue vous avez désiré qu'il s'éloignât, ai-je hésité un moment à le lui dire? Qui donc a pu vous choquer en lui? son ton et ses manières? ne vous en avais-je pas encore prévenu ce malin? Kl ce soldat dont vous blâmez comme moi le langage et la brusquerie, ce soldat a cependant plus de généi-osité et de délicatesse i|ue M. Drognignard lui-même. Croyez-vous qu'd n'ait p;vs recomuieu vous du premier coup d'(eil riiomme avec qui il avait eu hier au soir une dispute au speelacle?
sÉL'ASTiE?i. Comment! il m'avait reconnu?
ADÉLAÏDE. Vous l'a-t-il fait paraître? vous en a-t-il parlé? n'a-t-il pas sur-le-champ sacrifié son ressentiment à un homme qu'il regardait déjà comme son [larent? Vous le voyez donc, Monsieur, du côté de ma famille sont tous les bons procédés, et du vôtre toutes les injustices.
SÉBASTIEN. C'est vral,c'est trèi5-vrai; ce vilain Drognignard! ce maudit Droguignard ! si je le tenais, je ne sais p:is ce que je lui ferais. Adélaïde , je vous en prie, prenez pitié de moi.
ADÉLAÏDE. Non , Monsieur , il est des outrages que l'on n'oublie pas. (rirurant.) Je vousai trop fait voir que je vous aimais ; et vous ne vous seriez point ainsi
conduit avec moi, si vous n'aviez été trop certain de mon alfcclion.
SÉBASTIEN. Elle pleure, dieux ! c'est nmi ipii la fais [ileurer, ou plulôt c'est cet indigne Druguignard. Adélaïde, je vous .supplie de me pardonner; je n'ai plus d'inquiétudes, plus de soupçons , je vous offre in.i forlune et ma main. (Ai)crcevant madame Giraiv.l.) Ah! madame Ciraud, ma bellr-mcre, venez prendre mon p;u'ti cl la prier de me pai'duuner ! elle ne yeui luis...