‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 554 sur 975 · SCÈNE IIJ · texte numérisé non relu

SCÈNE IIJ

Les PRÉCÉDENTS, HORTENSIA, CALICOT, avec des

moustaches , une cravate noire , des lottes, des éperons et im œillet rouge à la boutonnière de son haliit.

HOUTENSLi ET CALICOT.

Air du menuet à'Ânnide^ C'est le temple de Gnije Qui frappe dans ces lieux

Nos yeux, Et les jardins d'Armido Ne sont rien près De ces bosquets.

lAFûi.iE, à l'Ermite, montrant Hortensia. Voyez quelle noblesse!

Ne serait-ce pas là Quelque grande princesse?

l'ebmite Oui, du grand Opéra.

UllIlTENSIA ET CALICOT.

C'est le temple de Guide, etc.

HORTENSIA, à VErmde. Monsieur est sans doute le proprièlaire? J'ai quitté la répétition'de notre nouveau ballet pour voir si ce séjour méritait le bien qu'on en dit.

LA FOLIE. Qui vous cu a donc déjà parlé?

iiOHTENSiA. Oui? La Renommée.

L\ FOLIE. Elle n'a pas perdu de temp?.

HORTENSIA. Je ci'ois qu'elle ne sort pas de nos coulisses. Il est vrai qu'elle y a de l'occupalion.

l'ermite, galamment. Elle nous asouvententreteniis de vous.

HORTENSIA, avec volubilité. Oui , c'est une bavarde ! il faut qu'elle jase, qu'elle jase. An fait, c'est son état. .Mais nous avons là de ces demoiselles qui n'y sont pas obligées , et qui s'en acquittent encore mieux ((u'eUe. (Regardant autour d'elle.) D'homieur, c'est cliarniant ; je passe ici ma journée.

l'ermite. Je croyais que c'était jour d'opéra.

hortensia. J'ai relâche, j'étais indisposée.

Air nouveau de M. Darondeaii.

Hélas! ce n'est pas sans peine!

* Maïnifique café du Palais-Royal, célèbre alors par ses salons dorés et par sa belle limonadière.

LR COMBAT DES WONTAr.NhS.

Que je |il;iiiislcs gramls I:i1c ità.

Danser trois fois par semaine, Cela iireniJ tout noire lcm|)S. On se iloil, mali;ré soi-mcnie, A ce public imijortun ;

(Regardant Calicot.) Mais je suis à ce ijue j'aime De deux jours l'un.

Ans^i aujourd'hui nous n'avons pas perdu de temps.

CALICOT. Nous sommes même venus si vite (c'est moi qui conduisais) que j'ai acciwhé le piiaéton Je ce gros colonel ; ça a mamiué d'avoir des suites. J'ai vu le niouicnt oii ça allait compromettre... le vernis (le ma voiture.

i.A FùUE. Ah! vous me rassurez, car, entre mililaires, cela pouvait avoir d'autres suites.

nunTENSiA. Vous vous trompez , nu clii^re, Monsieur n'est point militaire, et ne l'a jamais été. L'est monsieur Calicot.

cvi.icoT. .Marchand de nouveautés au Mont- Ida!

i.A FouE. C'est que cette cravate noire, ces éperons, et surlout ces moustaches... Excusez, Monsieur, je vous prenais pour un brave.

CAucoT. Il n'y a pas de quoi , Madame.

A m de Julie,

Oui, (le tous ceuv que je gouverne, C'est l'iuiiforme, et l'on pourrait eufiii So croire dans une caserne En entrant dans un mai-'asin ; Mais ces fiers enfants de Bellono, Dunl les moustaches vous IVmt peur.

Ont un comptoir pour champ d'honneur, El pour arme une demi-auue.

HORTENSIA. Monsieur est un jeune négociant qui fera de trés-honnes affaires. D'ahord il est déjà très-connu; on le rencontre partout, au café Anglais , au boulevard de Gaud , à toutes les promenades. Il p irle de musique à la Bourse, et de commerce à l'Opéra. C'est un de nos habitués. Du reste, ne manquant jamais une nouveauté : voilà pourquoi nous sonmies vernis vous voir.

LA FOLIE. Vous VOUS trompcz, vous me connaissiez déjà, regardez-moi bien.

HORTENSIA. Que vois-jc? La Folie sous ce déguisement?

LA FOLIE. C'est moi, qui j dans mainte occasi(3n, vous ai S'^'vi de guide.

HORTENSIA. Je vous remercie, vous m'en avez fait faire de belles.

L.\ FOLIE. Ingrate! j'en avais une dernière à vous proposer, une charmante !

HouTENsiA. Qu'(ist-ce que c'est?

LA FOLIE

Am : Un homtne pour faire un tahh-au.

J'ignore ce qu'on en dira, Mais je voulais, ma toute belle.

Vous enlever à l'Opéra.

DOKTENSIA.

Ou', certes, la chose est nouvelle!

Un projet tel que celui-là Malgré nous jamais ne s'achève; Vous savez ijiun â l'Opéra Que jamais on ne nous enlève.

LA FOLIE. Je voulais vous proposer une placj dans l'Olympe; mais, pour cela, vous tenez Irop à la terre.

HORTENSIA. Mais, uon : nous autres danseurs, nous n'y tenons pas du tout.

CALICOT. C'est juste, toujours en l'air.

HORTENSIA. Db tout tempsTOpéra aétc une région in-

termédiaire entre la t MTe (t le ciel. Vous voyez que nous sommes à moitié chemin.

CALICOT. Madame était née pour être déesse ; c'est son vrai lot.

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