‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 591 sur 975 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ADRIEN, devant la table à droite^ Il écrit, s'arrcle, cache un instant sa Icte dans ses mains. Môme on travaillant je pense encore à elle! Mon Dieu! ilountïmoi la force de me taire... dussé-je en mourir... {Apercevant Geneinéve qui entre.) Ah ! (// se remet vivement à écrire.)

GENEVIÈVE, entrant du fond, allant écouter à la porte à gauche. Il n'est pas encore levé!.. Otijà ici, moasieur .\drien... déjà à l'ouvrage?..

ADRIEN, is /(.'iwif. Oui, MademoiseUe... j,'étais. là, dans le cabinet de travail de muiisieur votve père-.v mais je nie relire... si je vousgiîne...

GENEVIEVE. Du tout... je désii'ais au contraire vous parler à vous seul.

ADRIEN, à part, avec crainte. Ah! mon Dieu!..

GENEVIÈVE. Et puisque xoitàttne bonne occasion, je me hâte d'en prolitcr... Est-ce que mon prrc éprouverait dans ses affaires... quelques pertes... quelques malheurs?..

ADRIEN. Lui! monsieur Clérambourg! le premier négociant de Marseille ! jamais sa position n'a été plus belle! Aimé et honoré de tous... des capitaux immenses... un crédit... idem... hier encore...

.ViR du Pot de fleurs.

De deux vaisseaux que l'on nous expédie Nous ai rivait la rirlio cargaison!

Et les trésors de l'Inde et d.; V'Asie S'fUta.-'seBt daus notre maison.

Le jour se passe .X com|iter des espèces ; Et si chez nous, je vous le dis tout lias.

Il existe queliiu'embairas Ce n'est que celui, des richesses!

J'en sais quelque chose, moi, le caissier de votre père ( t son premier commis.

GENEVIÈVE. Je sais, Adrien... que, maigre votre jeunesse... il a, en vous, une entière conliance; c'est pour cela que je m'adressais à votre amitié!.. Mon père, qui est la boulé même, semble no vivre que pour moi! Je ne lui ai jamais vu de cli;igriu que lorsqu'il craignait que je ne fusse malade... on bien quand je lui exprimais un désir... ou uu caprice qu'il ne pouvait satisfaire.

ADRIEN, vivement. C'est vrai! c'est vrai!., mais au.-si, jamaisuiipère a-t-il eu une fille plusattenlive... plus dévouée... plus adorable !

GENEVIÈVE, lui faisant siijne de se faire. Ne parlons p.is de ça, Adrien ! c'est mua dcvoirct mon plaisir !.. 11 a tant veillé sur moi., que je puis bien à mon tour m'iiiqu'éli-r pour lui'.. Depuis deux jours ! j'en suis certiiue... il a queltpie eliagriii secret qui le toiirtneiite. II a reçu avant-hier, devant moi, une letlro dont la lecture lui a causé une gr«ade agiiation... Savez-vous ce que c'était?

ADRIEN. Non, .Maïkiuoiselle... quand vous avez été partie, il l'a relue uite secouite {Us. avec colère, et l'a jetée au feu.

GENEVIÈVE. Depuis deux jcmes... il aime à rester seul ici... dans cecabiuet. Savcî-vwis pourquoi?

ADRIEN. J'étais entré hier sw la pointe du |)ied, pour lie pas le déranger,.. Je l'aù-s^ptrt;u là, dans son grand fauteuil .. lisaftt cette fcïoehiue... qui, .sans doute, l'amusait ou l'ioléressait vivement... car il avait une ligure riante et épanouie... cl il s'interrompait de temps en temps pour dire : Très-bien!., bravo!., c'est cela même.

<i^yE\K\E, courant au guéridon. C'est là... ce livre...

ADRIEN. Oui, .Mademoiselle...

GENEVIÈVE, lisant. Tableaux de Famille... (Jetant la brochure.) Quelques idées de bonheur qui lui rappelaient sa fille... C'est là sa seule pensée!

ADRIEN. Tout le reste de la journée je l'ai vu uniquement occupé...

GENEVIÈVE, vivement. De quoi?

ADRIEN. De ce bal où vous alliez le soir! C'était presque votre première entrée dans le monde... il voulait que vous fussiez superbe.

GENEVIÈVE, à part. 0 mon bon pèreT

ADRIEN. Et vous l'étiez... Je vousai vue au moment de votre départ... Aussi Ton dit que vous avez eu à ce bal un succès...

GENEVIÈVE. MaikS OUI !.,. j'étais si heureuse de danser!., cène peut être cela qui ait fâché mon père.

ADRIEN. Au ciiulraire!.. son unique bonheur, c'est qu'on trouve sa fille belle... {.ivec hésitation.) et son seul rêve, sans doute, c'est de rencontrer potir elle uu brillant établissement ! un des premiers partis de France...

GENEVIÈVE, froidement. 11 ne m'en a jamais parlé.

ADRIEN, (?cmtw)!e. Je conçois sa peine... il ne trouvera jamais rien de digne de vous!., rien d'assez beau.... d'assez élevé! . C'est là, peul-éire, ce qui le tourmente...

GENEVIÈVE

nicMcviÉvE, de même. C'est possible!., il y a desçcens ijui oui trop d'ambition... il y en a d'aulrcs qui n'en ont pas a^Sl'z!.. Vous, par exemple, nionsimir Adrien.

ADKiEN. Moi ! Mademoiselle.

GENEVIEVE. Il mc Semble que vous pourriez songer davantage à vos intérêts, à votre avenir!.. Et puis... vous ne sortez jamais... vous travaillez trop!., ren'ist pas raisonnable... beaucoup de f^ciis vous trouvent changé... et ce n'est pas étonnant !.. la nuit dernière, à trois heures du matin... vous étiez encore au bureau...

ADRIEN. Votre père... était dehors... il était avec vous à ce bal... et il m'aurait été impossible de dormir avant qu'on ne fût rentré... (Viennent.) parce que, voyez-vous, Mademoiselle... (S'arrêlaïU.) votre père avant tout...

GENEVIEVE, avec embarras. Je vous remercie de l'affection que vous lui portez...

ADiiiEN. Vous êtes bien bonne. Mademoiselle.

GENEVIEVE. Voici mou pèro...

ADRIEN, a part. Ah ! tant mieux.

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