GENEVIÈVE, CLÉRAMBOURG, ADRIEN
ci.ÉRAMBOL'RG, Sortant de la porte à ç/auche avec des papiers à la main, et parlant à la cantonade. Est-ce (jue Cela me regarde? de l'argent à recevoir... des comptes à régler, à réviser! adressez-vous à Adrien mon caissier. (L'apercevant.) Ah! te voilà! <in te demande de tous les côtés, et quand tu n'es pas là, ou ng s'y reconnaît plus dans cette maison, ij rUi.li
GENEVIÈVE. Dame! Adrien vous est s! tifèéssaire!!
tLÉuAMBOiRG. Dis donc indispensable!
Air : Tout le long de la rivière.
C'est le modèle des caissieis :
Avare en tout de mes deniers.
Il dispute sur cliaquo soniuio.' Il est, d'honneur, trop économe.
ADRIEN
Et vous, monsieur, trop généreus.
GENEVIÈVE
Aussi vous faites à vous deux Uue excellente maison de finance ; (Montrant Adrien ) Voici la recette,
(Montrant son père.) El voici la dépense.
Oui, c'est la recette et la dépense.
CLÉRAMBOURG. En outrc, il n'y a pas dans Marseille de négociant plus intelligent et plus habile!., c'est moi qui l'ai formé ! et quand je pense que c'est toi qui me l'as recommandé, il y a bientôt quinze ans! [Se retournant vers .idrien.) Car c'est elle!..
GENEVIÈVE, voulant empêcher son père de parler. Il le sait bien, mon père.
CLÉRAjiBOiRG. C'cstégal! Cette histoirc-lù me fait toujours plaisir et à lui aussi ! d'ailleurs, si je ne répétais pas de temps en temps mes histoires... je les oublierais; et je me vois encore sur la grande route, en chaise de poste, en tète ii tète avec Geneviève qui avait alors quaire ans, car depuis la mort de ma femme, je ne la quittais plus. Je dormais, tout en la tenant sur mes genoux où elle mangeait des cerises, quand un pauvre orphelin qui mourait de faiin, un petit mendiant... tout déguenillé... c'était toi!
GENKViÉVE, voulant l'interrompre. Mon père !.
ci.ÉRAMiiouRC. Vint lui tendre la main en suivant la voiture. Voilà Geneviève qui lui jiUle son panier de cerises, qui se met à crier pour me réveiller et bon gré, mal gré, il fallut obéir à son caprice, faire monter à côté de nous le petit mendiant : c'était son idée, sa volonté ! elle en avait déjà !
GENEVIÈVE. Et déjà, mon père, vous aviez l'habitude d'y céder.
ADRIEN. Ce que vous n'ajoutez pas, Monsieur, et ce que l'orphelin n'oubliera jamais, c'est que depuis ce jour, vous m.' l'avez plus abandonné, qu'il a été élevé par vous, comme l'enfant de la maison...
CLÉRAMBOURG, uvcc impatience. C'est bon ! c'est bon ! ça ne tient plus à l'histoire de la grande route... (]nterrompant un nouveau yestc d'Adrien.) Et puis on te demande au bureau et à la caisse... tiens... à toi tous ces papiers. (Lui donnant ceux qu'il tient à la main.) lly a là deux ou trois affaires difliciles et embrouillées en diable!
ADRIEN. Merci, Monsieur!
GENEVIÈVE, à Adrien, qui fait quelques pas pour sortir.
Air de Robin ou de Giselle.
Vouleî-vûus bien dire que de mon père.
Le déjeuner ici soit^ipporlé.
CLERAMBOCHG.
Un poulet froid!
GENEVIÈVE
Non, le docteur, sévère.
Pour le matin, vous a prescrit le thé.
CLERAÏBOrRG.
Toujours du thé.
GENEVIÈVE
Recette souveraine.
" CLÉRAMBOCRG.
Au diable soit la Faculté!
Son ordonnance...
GENEVIÈVE
Est en tout point la mienne...
CLERAMBOURG.
Alors, morbleu! qu'on nous serve du thé!
ENSEMBLE
CLÉRAMBOURG
Ah! c'est vraiment un pi uvoir ailjitrairo. Mais qui, pour ça, n'est pas moins respecté; Et vous voyez qu'avec plai.sir son père Fait en tout point ici sa volonté.
ADRIEN
Quel précepteur et charmant et sévère I Pouvoir aini.iblc autant que respecté!
Heureux ainsi, qui peut, comme son père, Faiie en tout point ici sa volonté.
GENEVIÈVE
Oui, c'est ainsi que j'entends l'arhilr.iire! Que sur-le-champ on noos ser\c le thé.
Et c'est très-bien que mon evcellent père Fasse en tout point ici ma volonté.
{Adrien sort.)