‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 599 sur 975 · CLÉRAMBOURG, ADRIEN · texte numérisé non relu

CLÉRAMBOURG, ADRIEN

cLÉRAMBOiRG, d'un air joyeux. Ah! te voilà, mun cher .A.drieu!.. Viens donc vite!., j'ai grand besoin d'ami et de conseil.

ADRIEN. Vous! Monsieur?

cLKRAMiiocRG, de même. .Mni-mème !.. je suis bien mallieureux et bien embarrass'.

ADRIEN. Vous n'en avez pis l'air...

CLÉRAMBOIRG. C'cst pourtant la vérité... Trois partis qui se présentent pour ma lille... trois à la fois!

ADRIEN, à part. 0 ciel !..

CLÉRAMBouRG. Le colonel de Saey, que recommande ma sœur... le fils de noire préfet, (jne recommande son pire... et enfin un neveu du ministre, un jeune pair de France, qui se recommande de Ini-nième... Les trois demandes viennent de m'arriver ce matin, et presque en même temps.

ADRIEN. C'est là ce qui vous tourmente et vous embarrasse?..

CLÉRAMBorRG. D'autant plus que ma fille s'en rapporte entièrement à moi et me laisse le droit de prononcer... ce qui est fort diflicile... fort délicat... Je finirai, tu le verras, par ne pas marier celte enlant-là;

ADRIEN, vivement.. Vous croyez?

CLÉRAMBoi'RG. QuÈ veux-tu, CCS trois partis étant également cinvenabh";, je ne vois aucune raison pour préférer I un et me faire aiivsi des Piinemis des deux autres... Si encore ma fille m'aidait un peu... si elle avait quelque goût... quelque inclination pour un des prétendants... je serais trop heureux... cela me guiilerait!.. Moi, je voudciis qu'elle eût fait un choix,

qu'elle préférât quelqu'un miis non elle me

laisse foute la responsabilité... elle n'aime personne...

ADRIEN. Je crois. Monsieur, que vous vous trompez.

CLERAMBOURG, vivcment. Qne veux-tu dire?

ADRIEN. Ce serait mal à moi de vous cacher ce que je siis... ou du moins ce que j'ai cru voir... Oui, Monsieur... vous me rappeliez encore ce matin que voire fille était ma première lieiifailrice... que je ne serais rien sans elle... et son bonheur avant tout.

CLKRAMBOL'RG, hrusquement. Achève donc!..

ADRIEN, cherchant à cacher son trouble. Eh bien ! Monsieur... réjouissez -vous, votre tâche sera moins difficile qne vous ne le pensiez... mademoiselle Geneviève aime quelqu'un.

r.LÉRAMBOtRG, avcc colère. Eh! qui donc? ce jeune pair de France?

ADRIEN. Non, Monsieur.

CLÉRAMBOIRG. Le fils de notre préfet?., je m'en suis toujours douté!

ADRIEN. Eh ! non !

CLERAMBOURG. Le coloiiel ! J'en étais siir!.. mais qui te l'a dit! qui te le fait croire?

GENEVIEVE

ADRIEN. Tout à l'heure... quand je lui ai appris que M. do Sacy était venu pour vous demander su main... si vous aviez vu son trouble... son émotion... sa crainte qu'il ne fût refusé par vous...

CLÉRAMBOURG. Et lUe ne m'en a rien dit!..

M>MEfi, avec chaleur. Ni à moi non plus!;, mais., c'était si facile à deviner... sa main lremMai%«Hè pâlissait... elle était prêle à se trouver mal... '^--~— -

CLÉRAMBOURG. Et je ne me suis douté de rien!

ADRIEN, avec explosion. Vous! niais moi!,, (Se re- /)rcnan<.) Moi qui vous suis dévoué... I | '"

CLÉRAMBOURG, lui prenant les mains. Merci, mon ami... merci... Mais ce colonel, d'où le connaît-elle? oùra-t-clle vu?

ADRIEN. Hier... à ce bal.

CLÉBAMBOURG. QuoI, parcc qu'il est brillant, clégant... parce qu'il valse bien!.. |iaice qu'elle a valse deux fois avec lui. la valse à deux temps,

ADRIEN. C'est indigne!

CLÉRAMBOI RG. C'CSt affrCUX-

ADRIEN. Je n'en puis revenir.

CLÉRAMBOURG. Ni moi non plus! cuiidLii.^e/. doue lis jeunes filles au bal! Voilà! (.'/ lemonle.)

ADRIEN, descendant à droit". \oilà! [Se irlnurnaiit.j Qu'importe après tout... vous ilesinez un gendre... un gendre qu'elle aimât.

CLÉRAMBOiRG. Je nc dis pas non.

ADRIEN. Et vous VOilil lïUICUX !

CLÉRAMBOURG. Furicux... du mystère qu'elle m'en a fait... furieux du secret qu'elle a g;u'dé avec moi, sou père... sans câmpter, vois-tu bien, que si elle a craint de m'avouer une pareille préférence... c'est qu'il y a des raisons... ^\;st qu'elle sait, comme nous, que ce beau colonel est un brillant séduelcur... qui fait ainsi chaque jour de iiuuvelles conquêtes.

ADRIEN. En vérité ! .^ -

CLÉRAMBOURG. Paiblou ! toutcs Ics feinuies en raffolent, et Geneviève est déjà commeelles... et tua fille .-^cra malheureuse... elle adorera nn indigne mari...

et son pauvre père et nous ses amis elle nous

oubliera!.. Ecoute, Adrien, il faut que tu la voies, que tu lui narles... puisqu'elle a déjà eu confiance en loi... ] .,,.'. .,

ADRIEN. Mais ell(^ ne m'a rien dit. ' ' "'

CLÉRAMBOURG. Ç est égal... de ta p.irt ce ne sera pas suspect et ce le serait de la mienne... elle croirait que c'est par haine pour le colonel... dis-lui adroitement... tout le mal que tu sais de lui...

ADRIEN. Je n'en sais pas, Monsieur. md /m ,

CLÉRAMBOURG, avec impaUcnce. Allons donc!., il est évident qu'un militaire,., parbleu, c'est comiu !.. et si quelqu'un peut lui faire entendre raison... c'est toi avec qui elle a été élevée... toi qu'elle regarde et qu'elle aima \cQicm);,, un frère, va la trouver... je t'en prie... , ,

iA^BtiE^. Çii Qi'es( impossible... Monsieur... car je venais ici en ce moment... vous dire... que des nouvelles inattendues et cruelles pour moi...

CLÉRAMBOURG, /s reyardwit. En riïet... je n'avais pas remaniné le ciiaiigement de tes traits.

ADRIEN. Ce n'est rien, Monsieur, mais ces nouvelles m'obligent... à partir pour Paris...

CLÉRAMBOURG. Alors, revicus au plus vite... car tu vois bien que je ne peux pas me passer de toi.

ADRIEN. Aussi c'est bien malgré moi que je viens vous rendre les clés de votre caisse... mais il le faut... mon bienfaiteur et mon père, adieu pour toujours. ""^CLÉRAMBOURG, le retenant par la main. Qu'est-ce que j'entends là!.: toi sur qui j'avais compté... toi que je regardais comme ma seule consolation... lu m'aban-

(lônnes au moment où tout le monde me déliisse ou me Ira^it.

j \ ,; ■■' Air de Lantara.

I I îToi, me quitter! c'est impossible! El nie i|uit<er saus motifs, sans raison!

ADRIEN

Si vraiment! un motif terrible- M'ot)ligc à fuir cette maison.

CLÉRAMBOURG

S'il est ainsi, dis-le-moi, parle donc!

Loin d'un ami ipie) caprice t'enli-.iine? Que te faul-ii? Est-ce de l'ur?

[Lui présentant la clé de sa caisse.) Prends, partijeon.;!

{Le reijardant.)

.\iiruis-tu quelque peine?

{Ltii ouvrant les bras.) Alors, viens donc, pt partageons encor!

Oui, si (on cœur renferme quelque peino, Viens sur le, mien et.partageons encor.

ADRIEN, n'élançant &!rs Gléramboury . Ah! Monsieur... (S'arrêtaiit.) Non... non, c'est impossible... adieu... "'^'

CLÉRAMBOURG, regardant Adrieyi qui s'éloigne. Tu as raison!., va-t'en!., va-t'en!., car toi aussi tu n'es ([u'un ingrat!

ADRIEN, revenant sut ses pas. Moi, un ingrat... vous vous trompez, Monsieur... c'est parce que je vous ai juré reconnaissance et respect... c'est parce que je ne

suis pas un ingrat que je quitte cette maison

j'aime votre llUe... je l'adore...

CLÉRAMBOURG. Toi?

ADRIEN. A en perdre la raison... il faut donc que je m'en aille... car cet amour dont je ne suis plus maître.., est une offense pour vous, mon bienfaiteur... qui ne pouvez jamais l'approuver.

CLÉRAMBOURG. Poiirquoî pas?

ADRIEN. Hein?

CLÉRAMBOi-RG. Qu'cst-cc quB j'étais donc, quand j'ai commencé ma forlune?.. un noble ou un grand seigneur? non ! un commis comme toi. J'avais pour réussir du courage.,, du talent... et de la probité... tu as tout cela: nos deuxmaisons peuvent marcher de pair... et si une telle alliance ne dépendait que de moi...

ADRIEN, poussant un cri. Est-il possible!

CLÉRAMBOURG, t'ivemerd. Oui, sans cet amour qu'elle a dans le cœur... amour, qui fera Son iftalheur et le

mien, je te diraj.s, .sup-lft7fJ>»ip^ ,<i ',Çm9l}S.#^,\P;0" gendre. -. t||. ;. . ■: ^ -r.-.:;.;,- ; .-; .; ,,,

ADRIEN. .\h ! Monsieur, quelle reconnaissance ! mais par malheur je ne puis jamais^ çj-vv a,ini^ d'ejj^.^ ^

GENEVIEVE

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Ol!^ETlÉTF, «wnl. Lej larmes qnc ic mari a (ail coul.r... c'ejl 11 Itnin pilcrnelli; qui l<3jfV(J(o,;,., — ircOno 11.

r.LÉRAMBOURG. Jc le sais Dien ! c'est égal^ essaie toujours! c'est ton alTaiic... ça te regarde!.. Tâche de lui l'aire oublier son colonel...

.\DRiEN^ avec chaleur. Et si je pouvais y parvenir... vous consentiriez...

ci-ÉRAMBOURG, uvec embarras. Certainement... nous verrions!.. En attendant... je t'aiderai s'il le faut de mon aveu... de ma protection.

ADRIEN, avec reconnaissance. Ah! Monsieur!..

CLÉRAMBOURC. Tais-tol! c'est elle!

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