SCÈNE PREMIÈRE
JULIETTE, THÉRIGiSY.
JULIETTE. Monsieur de Thérigny, notre jeune notaire!., de si bonne heure chez moi ! . C'est chaimant et trcs-dangereiix ! On est bavard en province, et nue \isite aussi matinale va me conipromctlre.
THtiiiGNY. Vous, Madame!.. Vous savez bien qnc c'est impossible... Vous avez été jusqu'ici, impunément, la plus aiiualile et la plus jolie femme du ilépartement.
JiLiETTE, vivement. Silence!.. Si ces femmes vous entendairnl!
THKiuGNv. Et puis, je viens pour affaire, tout uniment.
JULIETTE, souriant. Tout uniment?
THÉRiov. Oui. .Madame... [ ar malheur!..
JULIETTE. C'est très-°;alant... Eh bien! Monsieur?..
LAtlNY. — Imprime, le de VntiT el Cie. — %>• G.
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OSCAR
Tiii;ru(;jiï.Ehbiou! Madame... l'i'tte belle campagne demi vous avez tant d'envie... ù deux lieues de la ville?..
.iLi.iETTE. Celle (hi préfet?
TiiKRiCNï. 11 vent s'en diTairo.
jin.iCTTE. En étes-vons fJÙr?
TiiÉRir.^v. Il me l'a dit Uii-nième... Et comme plusieurs fuis je vous avais ententlu parler de celle pi'oprielc...
jli.iETTE. C'est moi) rêve!.. J'fetl ferais quelipie chose de délieicnx... mais il faut cpie mon niaià veuille liiru l'aclieler.
TiiÉRiCNY. fjui... filsd'unriitle liailunler et receveur trrurral de notre di'parlrmenl, |>eut IjieHj sans se gêner, et sur son .supertiu...
jci.iETTE. On n'en a jamais.
TiiÉRiGNY. D'accord... Mais,cillii)j il vous aimoépirdument... il obéit à toules VOS volontés.
.irt.iEttE. Pas Ions les jours... 11 y en a m'i j'ai tont crédit, où je puis tout delHarlder, et d'auires ou il faut...
THF.Rlc^v. Céder?
.ui.iETTE. je lié rcde jamais!
■illÉRic.NY. Que fiiles-vous, alors?
JLLIEITE. J'allenils! ce ijiii'est déjà beaucoup... C'est si <>min\elix d'altrndre.
ïnËRioNv. Je le ;a's, i\lailame, el plus ([u'un autre; car près de vous... il est depuis longlemps une p.ersoime dont je voudrais... dont je n'ose vous parler... voire jeune cousine... Atbénaïs.
jLi.iETTE. Est-il possible!.. Vous, MOMsfonr, fpii veniez pour me parler d'atfaires... tout uniment.
TiiÉRiGMY. Un amour pur, véritable... légitime...
JULIETTE. Je m'en doute bien... 11 ne peut pas y eu avoird'aulrcs... par-devant notaire !.. Ainsi, Monsieni', vous aimez ma cousine?..
TnÉRic.NY. Depuis les vacances dernières, depuis les Irois mois (pi'elle est venue passer ici.
JULIETTE. Et malgré l'éloignement et son séjour à Paris?..
iiiÉniG^Y. J'y pense toujours... je la vois sans cesse inrsde moi, dans mon modeste ménage, (.[u'ellu embellit.
jii.iETTE C'est très-bien... Mais vous ignorez fpic ma Julie petite eonsine n'est pas riche... elle n'a i|ne vingt mille IVaiics di; dot.
TiiÉRiK>Y. En vérité ?..Jecroyais(|n'elle u'avaitrien.
JULIETTE. Et vous voiicz 1110 la demander en mariage?
iiiÉRiGNV. Oui, sans donle.
jri.iEïTE. Voire charge est donc payée?
■llu;RlG^Y. Non, Madame. Je ne suis qu'un pauvre uolairc de province.
JULIETTE. Je le voisbien !.. Ceux de Parissont moins romani'si(ues. Et savcz-vons, Monsieur, que je vous trouvi^ sublime, héroïque, admirable! Epouser, sans fortune, une femme qui n'en a pas!
TiiÉRiGîiY, avec joie. Ainsi, vous serez pour moi?
JULIETTE. Certainement... Je le Veux, je ledois... Et,
dès aujourd'hui, vous seriez mon cousin... si ci'la ne
dé|ieiidait fine de moi.
iiiÈRiGXV. N'ctes-vous pas laseule parente d' Atbénaïs?
JULIETTE. C'est vrai! mais, depuis trois mois, mou
mari a éti' nommé son tuteur... à cause de ces vingt
mille francs dont je vous parlais loiit à l'heure... Un
riche négociant., un oncle qu'elle avait à ISi'w-Vdik...
TiiÉRicNV. En vérité?
JULIETTE. Oui! 11 Y a encore des oncles d'.\iiié-
rique... ils sont rares... mais il y en a!., c'est peutêtre le dernier. Cet oncle, dis-je, qui n'avait que deux héritiers, deux parents... au lieu de décéder ùilcKtat, ce qui lui aurait donné bien moins de peine, a tout laissé par leslament à l'autre, et, à ma pauvre cousine, une t;hétive somine de vingt mille francs. ..pour laquelle, comme je vous l'ai dit, il a fallu lui nommer un tuteur, cl le fchoix est loinbé sur mon mari, qui hième s'en délèndait... Et c'est à lui, vous le voyez, qii'il faut vous adresser
TiiÉRu.xY. Pour cela, il me faudrait votre protection...
JULIETTE. Qui vous cst acquisc... et je vi'Ux même qlic M. Ronmvet ajonlu à la dot. Comme tuteur, il a ce droit.
tflÉRiGNY. Quoi! Madame...
JULIETTE. Soyez traiiqniUe, il n'en abusera pas... car mon mari est un lioinme d'ordre, un homme de llnauee , qi(j a des seillimenls exacts et réguliers comnie ses livres de caisse. 11 ne donne pas... il paie... excellent homme, du reste... mais chez qui l'économie est une telle vertu, que, quandon le force à cire généreux, il en est honteux... 11 s'en excuse... il croit qu'il m; dérange! Aussi, et comme avant de penser à vos aftaires, il faut que je ra''occupe des miennes...
TiiÉRiGriY. C'(\sl Iropjusie.
JULIETTE. Je réserve d'abord tous mes moyens d' attaque pour celle campagne avec ses circouslances et dépendances!.. Deiix lievies d'ici... iinpossilile d'y aller à pied tolls les jours... 11 faudra donc de loute iiéces-iilé la calèche et les clievanxqu'il me refusi» depuis si longlemps et que je désire... comnie tout ce qu'on refuse... Ainsi, vous le voyez, Mun^icnr. il est trois clioesque je veux, ipie je saurai dbtenir ..Votre mariage sera la troisième...
Tln■:RlG^Y. lit comment réussir?
JUMETTE. Cela me regarde... Silence! c'est mon mari!