SCENE II
THÉRIf.NY, JULIETTE, OSCAR, etilnint viocment.
()fic\]\, à part. Dieu! ma femme! . Je la croyais parlie!
JULIETTE. Eh ! mais... qn'avez-vous dune?
osc.vii. Tu m'avais (|uilté tout à l'beure puur aller au-devant de notre oncle...
JULIETTE. M. Gédéon Honiiivct, qui arrive ce matin par la malle- |)oste, et j'allais s(n'lir ipiand j'ai reiicdii- Iré monsieur Thérigny. noire ami, qui venait me parler pour vous d'une imporlantr^ affaire.
OSCAR, JrouhU. Je l'en remercie. (.1 part, cl regardant avec inquiétude la petite porte à droite.) Si, pei'idant ce temps, on allait arriver! [Haut.) Nous en parlerons dans un antre moment, car notr<' oncle mérite des égards el des prévenances... Un inspecteur des finances a qui j'ai dû, dans le temps, ma place de receveur général... Il est en tournée, et vient visiter toutes les caisses... à commencer parla mienne...
JULIETTE. Ce n'est pas là, ji; l'espère, ce i|ui vous inquiète el vous tourmente depuis quelques jours.
ose.vR. Non, certainement.
JULIETTE. Alors, c'est un antre motif...
osc.iR, à part. Elle .se doiib; de quelque cho.se!... (Haut.) Aucun... aucun motif... mais il y a des moments où l'on est dans des disposilions d'esprit...
OSCAR
jii.iLTTi;. l''àclioiises...ct il faut des idées gaies poulies distraire... Vuus savez liieii, cette délicieuse liaLiitation du préfet... que j'avais tant envie de posséder... et vous de nie donner...
OSCAR , toujours troublé, et regardant ta porte à droite. Certainement... moi, d'abord, tout ce iini peut le faire plaisir... mais pour songer à une pareille folie... il aurait fallu que notre préfet consentit à s'en (léfure... ce qu'il ne voudra jamais... il me l'a dit.
JULIETTE. Et s'il y était décidé...
OSCAR. Ce n'est pis possible...
jiîLiETTE. C'est certain... Alors, Monsieur...
OSCAR, einlxirrassé. .Mors... alors... à coup sur je ne dirais pas non... mais je ne dirais pas oui...
.iULiETTE. lili bien! que diriez-vous donc?
OSCAR. Je dirais (ju'il faut voir...
jui.iKïTE. (;'est aussi notre avis, et voilà M. Thérigiiy, notre notaire, qui peut examiner, prendre tous les renseigneuienls ..
TiiKiuc.NY. Avec grand plaisir... dt'S aujourd'luii, et i|uaiit au prix...
JiLiKTTE. C'e-t vrai! je n'y pensais pas.
TiiÉRiGNV. Cinquante mille francs.
JULIKHE. Ali! c'est bien cher... n'est-ce pas, mou ami?
OSCAR, avec iiniialietice. Oh! le prix! le prix, chère amie, ce n'est piis la ce qui m'arrête... parce que, une fois qu'on est liien décidé... {A part.) à ne pas acheter... [Haut.) Jlais mon oncle, mon oncle, qui ne trouvera personne à son arrivée!
JuuETrE. C'est vr.d. (Elle sonne. A Manette, qui entre.) Mani:tte, mon ombrelle et mon chapeau.
osCAH. U y a bien loin d'ici aux malle.s-postes.
JULIETTE. Très-loin... surtout quand on va à pied... Ah! si nous avions la voiture dont nous parlons depuis si longtemps!.. (Geste d'Oscar.) Pas dans ce moment... ce n'est pas lorsque déjà vous achetez une eanipaguc qu'il me viendrait à l'idée de vous demander... je n'y pense seulement pas... Me voilà prête, mon ami... prête à partir.
OSCAR. Ce n'est pas sans peine.
JULIETTE. Si VOUS venicz avec moi?
OSCAR. Y pensez-vous?.. C'est jour de recette... Et ma caisse, mes bordereaux?..
JULIETTE. C'est bien, c'est bien... je vous laisse. Monsieur Théngny, votre bras. {Geste d'Oscar.) Ah! il faut bien un cavalier quand on a, comme moi, un mari occupé... et qu'on n'a pas de voiture!.. {Elle sort avec Thérigny.)