SCENE III
OSCAR, MAiSETTE, qui est debout, à l'écart.
OSCAR. Enfin, et grâce au ciel, me voilà seul ! (Se retournant et apercevant Manette qui est immobile.) Qu'est-ce que tu fais là?
MANETTE. Moi?
OSCAR. Oui, toi.
MANETTE, le plumeau à la main. Je range votre cabinet, comme je le fais tous les jours à cette heureci... A moins qu'aujourd'hui Monsieur n'ait des raisons particulières...
OSCAR. Lesquelles?
MANETTE. Je u'eu sais rien... Monsieur peut en avoir. ..-il est le maître!., et s'il veut absolument que Madame s'en aille, lui qui la retient toujours... c'est
qu'il a pour ça des motifs qui ne regardent iiersoniie.
OSCAR, à part. Vuyez-vuus les domestiques... dès qu'une fois, par malheur, on s'expose à leur contrôle. (ffaut.) Vous êtes folle. Manette, et je vous aurais di:jà mise à la porte, si vos suppositions étaient vraies. . mais comme elles ne le sont pas...
MANETTE, retenant du fond, où elle a laissé son plumeau sur un meuble. A la bonne heure... je le veux bien... et puisque Monsieur n'attend personne... qu'il n'a rien qui l'occupe...
OSCAR. Non, sans doute.
MANETTE. J'aurais, avec le respect que je lui dois, une chose à lui demander?
OSCAR. Laquelle?., parle vite!
MANETTE. Est-il vi'ai, Monsieur, vous qui lisez tous les journaux, que le dix-septième léger soit revenu d'Afrique?
OSCAR, étoimé. Pourquoi me demaiulcs-tu cela?
MANETTE. Pour Savoir... parce que Chanteloup, le garçon mercier qui est parti, il y a cinq ans, comme i-emplai ant de M. Thérigny, est dans ce régiment-là... et doit revenir d'Afrique pour m'épouscr... si .Mid-el- Kader le permet, et vous aussi. Monsieur.
OSCAR. Eh bien! on t'a dit vrai,., le régiment adébirqué à Toulon, et d'ici à quelques jours il traversera notre ville... et si tu es sage, lidele, et surtout pas curieuse...
MANETTE, vivement. 11 y a donc quelque chose?..
OSCAR, sévéremeut. Encore!..
MANETTE. Paixloii, Moiisicur !.. ça n'est pas ma faute, j'aime à savoir... c'est plus fort que moi... Et quand on devrait me le rabattre sur mes gages... Après cela, Monsieur aurait des secrets , ce qui arrive dans les meilleures maisons et dans les meilleurs men.iges, qu'il pourrait sans crainte me les conlier. Je suis curieuse tant que je ne sais pas... mais une fois qu'on m'a dit... le silence et ladiscrélioii me gagnent.
OSCAR, à part. Elle veut être gagnée .. c'est clair et facile... (U met la main à son gousset.) Mais, si je lui donne ipielque chose... c'est presque lui avouer... me mettre dans sa dépendance... (Haut.) Va-t'en!..
MANETTE. Déjà!.. [A part.) U avait eu d'abord un bon mouvement... mais il n'a jamais de suite dans les idées... C'est égal... il a beau dire, il y a quelque chose... et je finirai par savoir...
OSCAR. Je t'ai dit de me laisser... de t'en aller...
N.ANETTE. C'cst bicii eiitciidu... Monsieur... et je m'en vais...
OSCAR. Eh bien !
MANETTE. Eh bien! je prends mon plumeau. [Elle sort par la porte du fond, et Oscar court à la porte à gauche, dont il tire les verrous.)
MANETTE, rouvrant la porte du fond. Il a mis les verrous. (Oscar fait un pas vers la porte du fond, que Manette referme vivement , et dont Oscar tire également les verrous.)